Mais qui est Lawrence Rothman ?

On l’avait repéré grâce à des vidéos sublimes et inquiétantes réalisées par la cultissime Floria Sigismondi (David Bowie, Björk, The White Stripes, Marilyn Manson…), puis on avait découvert sa musique qui en était la bande-son parfaite. En préambule à un album prévu pour le début de l’année 2016, le clip du titre « California Paranoia » – beau et effrayant comme il se doit – vient d’être révélé, mettant en scène un Lawrence Rothman comme toujours méconnaissable. C’est qu’à l’instar d’une Cindy Sherman, l’artiste aux multiples talents a pris l’habitude de se montrer sous autant de visages. De quoi donner envie de percer – un peu – le mystère qui l’entoure.

Si en quelques lignes, vous aviez à écrire votre propre biographie, que diriez-vous ?

Salut, je suis Lawrence Rothman et je viens de Los Angeles, Californie. Mon style musical n’est pas linéaire, j’apprécie tous les genres, du hip hop à l’opéra en passant par le psych folk. Je ne me cantonne pas à un type de son, j’évolue jour après jour, selon mes humeurs. Je joue avec la musique depuis que je sais marcher et parler. Mon père m’a offert ma première guitare alors que j’avais six ans et je me suis acheté mon premier sampler à onze ans. Les films ont plus d’influence sur mon travail que n’importe quelle autre forme d’art.

 

Et en donnant quelques détails plus personnels ?

Je suis un musicien et un écrivain qui vit dans le désert de Joshua Tree. On m’a déjà dit que j’étais un bon cuisinier. Ma grande spécialité, c’est le cactus frit. Parfois, j’aime me mettre à peindre et ne rien faire d’autre pendant des mois. Le « binge painting », c’est ma version à moi du « binge watching », vu que je n’aime pas trop la télévision.

 

Vous vous apprêtez à sortir un album sur lequel vous avez réuni de nombreux invités. Vous pouvez nous en dire plus sur ces collaborations ?

Eh bien, Kim Gordon de Sonic Youth chante sur mon titre préféré de l’album, « Designers Babies » et Angel Olsen, entre autres, sur « California Paranoia ». Jenny Lee et Stella du groupe Warpaint jouent de la batterie et de la basse sur quelques morceaux avec Nick Zinner des Yeah Yeah Yeahs. Jim Keltner, qui a été le batteur de John Lennon, apparaît sur une poignée de chansons…  Le reste, ce sera la surprise.

 

Comment s’est passé l’enregistrement du disque ?

Je dirais que pour moi, cela a consisté à me laisser aller à un état de vulnérabilité maximum et puis d’utiliser mes émotions. L’album a été produit par Justin Raisen (Charli XCX, Sky Ferreira…) et nous avons vécu une année assez folle en écumant divers studios de Los Angeles. Ca a été psychologiquement intense pour les musiciens et tous les gens engagés dans cette aventure. Il y a eu des bagarres, de la sueur, des larmes, des séjours à l’hôpital, des « rehab »…

 

Vous apparaissez sous de multiples apparences, via différents « alter egos ». Qu’ont-ils tous en commun ?

Chacun représente une version de moi-même. J’ai tendance à porter mes humeurs comme on porte des vêtements. C’est la meilleure manière pour moi de me sentir à l’aise.

 

Quelles sont vos influences, sans restriction de domaine ?

Je dirais que ma plus grande source d’inspiration pour tout ce que j’entreprends, c’est Mike Kelley (l’un des plus grands artistes contemporains de la Côte Ouest pour la fin du XXe siècle, disparu en 2012, ndlr). Sinon, je citerais aussi en vrac Alejandro Jodorowsky, Orson Welles, Leonard Cohen, Bryan Ferry, Tupac Shakur, l’écrivain Sam Pink, Sylvia Plath, Brian Eno, Carlos Castaneda…

 

Comment travaillez-vous avec Floria Sigismondi ?

Floria arrive avec des idées qui s’inspirent des différentes facettes de ma personnalité, mais je ne sais jamais trop à quoi m’attendre en fait. Travailler avec elle, c’est comme faire une virée à Disneyland les yeux bandés.

 

Au final, qu’est-ce qui est important pour vous, au-delà de cet album ?

Ce qui compte pour moi c’est de me sentir libre d’aller où mon esprit m’emmène. Tant que je suis en vie, je veux expérimenter autant de choses qu’il est possible et repousser mes limites jusqu’à l’extrême.