Maud Geffray en concert à la Gaîté Lyrique

Avec Polaar, on croit d’abord écouter un album électro, mais ça n’en est pas tout à fait un, on croit alors qu’il s’agit d’un disque pop, mais ce n’est pas totalement cela non plus et on se dit finalement que ce disque possède surtout la qualité d’être inlassable.

Quand on a entendu pour la première fois Polaar, précieux premier album solo de Maud Geffray que l’on connaissait jusqu’alors comme moitié du duo Scratch Massive – qu’elle partage avec Sébastien Chenut – on a directement su qu’on tenait là une des grandes révélations de l’année. Quelques semaine et une soixantaine de lectures plus tard d’après notre compteur infaillible, Polaar n‘en finit pas d’être inclassable, avec ses multiples facettes surprenant sans cesse l’auditeur – on pourrait parfois même parler de leurre. On pense ainsi écouter un album d’électro, mais ce n’en  est pas tout à fait un, on croit alors qu’il s’agit d’un disque pop mais ce n’est pas totalement cela non plus et on se dit que le disque possède surtout cette immense qualité d’être avant tout inlassable, du genre à s’écouter dans tous types de moods comme à toutes les saisons. Et d’emblée on évitera tous les jeux de mots et allusions se référant à son titre façon « reine des neiges », parce qu’on arrive certainement après la grande bataille des calembours d’une part, et parce que la clémence météorologique des dernières semaines les rend d’autant plus obsolètes. C’est même à se demander d’ailleurs, si son intitulé n’a pas été finalement choisi en guise de trompe-l’œil, tant l’écoute de Polaar réchauffe les cœurs et donne envie de laisser moisir sa doudoune au fin fond de son placard. C’est que le disque brille de tout son long par sa cohérence, son architecture offrant une plongée dans une électro abyssale se parant tour à tour de reflets pop, à l’image de « Polaar » – le titre – et ses airs de Enya sous acide ou des sonorités très 80s de « Goodbye Yesterday » ou de « Standing By My Door », de couleurs foncièrement club (« Ice Teens » ou « High Side ») ou de textures plus mélancoliques, à l’instar des langueurs fiévreuses de « Sick Of Love » comme des deux très belles versions de « In Your Eyes » réalisées en collaboration avec Flavien Berger, sommets de Polaar et entre lesquelles notre cœur balance toujours. Le dosage entre tout ça s’avère en tout cas parfaitement équilibré pour un album qu’on imagine autant conçu pour oublier que pour s’oublier, et qu’on envisage comme la bande-son d’une grande rave estivale dans une vieille friche industrielle ou en plein air dans un champ, c’est comme on voudra, pour s’aimer ou se « désaimer, au choix… Rappelons d’ailleurs qu’il y a deux ans la productrice française rendait hommage aux raves des années 90 dans un court-métrage intitulé 1994, en récupérant les rushes d’une rave improvisée cette année-là du côté de Carnac en Bretagne, tournés par le cinéaste – qui ne l’était pas encore à l’époque – Christophe Turpin et à laquelle Maud Geffray avait également assisté. La boucle est bouclée comme on dit. 

Le vendredi 9 juin à la Gaîté Lyrique, 3bis rue Papin, 3ème. Métro Arts et Métiers. Places : 19,80 euros. www.gaite-lyrique.net