Mylène Farmer en 6 clips cultes

Il a fallu 24 ans à Mylène Farmer pour se réconcilier avec le cinéma. La star du bizarre sera en effet à l’affiche du film d’horreur Ghostland, à voir en salles obscures le 14 mars. Un choix cohérent tant sa carrière regorge de métamorphoses. La preuve en 6 clips cultes.

 

Le plus hot : Pourvu qu’elles soient douces

Réalisateur et compositeur fidèle de la chanteuse depuis son premier single Maman a tort (1984), Laurent Boutonnat aime inonder ses clips de sensations de cinéma. Suite de Libertine,  son Pourvu qu’elles soient douces est la pierre angulaire de la fresque Farmer. De par sa longueur (18 minutes) et son budget (3 millions de francs). Dans cette excursion d’époque en pleine Guerre de Sept Ans que d’aucun interprètent comme une ode à la sodomie, l’ancien mannequin s’esquisse en corps souffrant, rebelle et sexuel à souhait (« tout est beau si c’est vu de dos« ). Objet de fantasmes sadiques mais femme forte et insoumise, mix de douceur et de violence au regard mutin, la libertine travaille au fouet genres et conventions.

 

Le plus chaotique : Désenchantée

C’est une « enfant à la fois féroce et surdouée« , disait d’elle Juliette Gréco. Avec Désenchantée (1991), Mylène Farmer –  Mylène Gautier, de son vrai nom – souffle ses 30 bougies. Le temps d’un hymne pop générationnel, elle clame le mal-être d’une jeunesse désabusée. D’où la fièvre punk qui implose dans ce clip « à la Oliver Twist » tourné sur les terres neigeuses de Budapest. Y brillent son charme de garçon manqué (celui de Sans contrefaçon) et son sens du stylisme (ici lookée par Thierry Mugler). Mais surtout son goût pour la destruction, la mort et la révolte contre l’autorité – masculine, principalement. Les derniers plans la dévoilent en avatar de La liberté guidant le peuple de Delacroix.

 

Le plus kitsch : Que mon cœur lâche

Adieu les grands accents romanesques de Laurent Boutonnat. Luc Besson s’empare du personnage Farmer le temps d’un clip au mauvais goût illimité. La chanteuse incarne un ange envoyé sur Terre pour raviver l’amour. Et c’est vêtue d’oripeaux noirs très légers qu’elle finira par investir un night-club délicatement nommé « Q ». Fausse candide aux mimiques enfantines et lolita aux paroles provocs, Farmer glisse du diaphane virginal à la noirceur sexy comme elle glisserait du Paradis aux enfers. Une vision chorégraphique où se bousculent costumes de Jean-Paul Gaultier, sosie de Michael Jackson, danseur en slip et crucifix, strass et « stress d’amour, si triste« . L’exubérance de cette ex-élève du Cours Florent fascine et amuse.

 

Le plus sobre : Regrets

Une respiration pour qui s’épuiserait à explorer le monde spectaculaire de la show-woman. Nulle afféterie graphique ici, simplement un noir & blanc épuré au service d’un duo emblématique (Murat/Farmer), amoureux solitaires dont les « lèvres éperdues s’offrent des noces clandestines« . Un écrin parfait pour une Farmer au spleen diffus, égarée dans une forêt aux allures de cimetière, soufflant les « amours mortes » avec une poésie triste toute rimbaldienne. Ses fameuses vocalises souffreteuses et ce lyrisme cristallin qui a fait son style servent ici une balade belle, éphémère et funèbre. Comme un rêve éveillé.

 

Le plus animé : C’est une belle journée

Ce sont les dessins de la chanteuse qui traversent ce clip d’animation signé Benoît Di Sabatino. Douce ironie de voir ces croquis très enfantins s’effeuiller au fil de pensées dépressives – « Une si belle journée/Souveraine/Donne l’envie de paix/Voir des anges à mes pieds/M’faire la belle« .  Ces coups de crayon naïfs et colorés ne rendent que plus perçant le sous-texte suicidaire. Ce « c’est une belle journée, je vais me coucher » qui résonne comme un « …je vais me tuer« . Une douceur du trait qui évoque par sa gravité enfouie Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Pour rappel, l’interprète aux trois Victoires de la Musique a également prêté ses talents d’illustratrice à Michel Onfray pour son conte L’Étoile polaire (2015).

 

Le plus monstrueux : City of Love 

Mante religieuse plantée dans un décor à la Blade Runner (Q.I. de Benoît Lestang), femme-papillon (Comme j’ai mal de Marcus Nispel) ou humanoïde hallucinée (The Farmer Project de Bruno Aveillan), Mylène Farmer a tout été. Ici, Pascal Laugier (Martyrs) la transforme en monstre sensuel – fruit de 6h30 de maquillage. Une incarnation du « beau bizarre » pénétrant dans un cabinet de curiosités pour aller enlacer un pantin de bois. Dans ce petit monde morbide fait de grimoires et de feuilles mortes, la chanteuse s’érige en figure gothique. Et si Mylène Farmer avait toujours été cet hybride intense et frissonnant entre érotisme et épouvante ? Sans surprise, le cinéaste la place au coeur de son prochain film, Ghostland.