Nos coups de coeur de la programmation Calvi 2017

Des artistes connus ou moins connus, cette année Calvi nous invite à découvrir de petites pépites musicales les pieds dans l’eau !

Maud Geffray

Il est des voyages dont on ne revient jamais indemne. Lorsque Jamie Harley et Maud Geffray s’envolent pour la Laponie il y a deux ans, c’est d’abord avec l’idée loufoque mais bien réelle de capter sur disque et en images la beauté suspendue des longues nuits d’hiver de Rovaniemi, dernière ville avant l’immensité polaire de l’Arctique et pays d’adoption du Père Noël. De ce périple au-delà des mots, Maud Geffray a rapporté le lumineux film musical Kaamos en 2016. Surtout, la moitié du duo parisien Scratch Massive a emmagasiné des souvenirs et des sensations inédites, nourries par la découverte de paysages lunaires habités et majestueux, d’atmosphères irréelles teintées de couleurs rêveuses et de mélodies en apesanteur. 
Trois ans après ce premier voyage vers son futur, Maud Geffray livre la gestation de cette expérience sensorielle totale avec Polaar, premier véritable album solo de la productrice/DJ techno où mélodies glacées, rythmiques aux ralenti et voix sous chloroforme capable d’emballements extatiques signent un alliage sonique singulier et éblouissant. Entre ambiant rêche, pop vaporeuse et techno minimaliste, Polaar (en norvégien, que l’on pourrait traduire par polaire) plonge l’auditeur dans un espace-temps que l’on devine aussi froid qu’accueillant, hanté de nappes synthétiques dérangeantes où se cachent les ombres torturées des Cure, Liquid Liquid, Depeche Mode et l’indie-rock fiévreux des 90’s rugissantes. On devine maintenant que Polaar sera l’une des attractions du festival Calvi on the Rocks, place forte idéale pour donner vie au cœur de l’été à la froide beauté de cette musique mêlant feu et glace, torpeur lancinante et énergie éthérée. Merci à Maud Geffray pour déjà nous promettre un été en forme de voyage vers la lumière cold.

Boston Bun

Au choix, son pseudo se réfère à un dessert néo-zélandais ou à une position sexuelle, soit deux des grands plaisirs en ce bas monde. Produit par Ed Banger, Boston Bun a fait ses premiers pas dans des petits clubs de Lille alors qu’il y étudiait le cinéma. C’est une rencontre avec Brodinski qui amènera par la suite Thibaud Noyer, au civil, à signer puis sortir une poignée d’EPs dans la maison de Pedro Winter, à l’instar des très remuants Housecall, We Got Soul ou des deux volets de Just For Freaks. Une house solaire et musclée qui prend même des allures “r’n’biesques” dans “Get Into It”, dernier maxi en date du producteur sorti en 2016 et sur lequel la chanteuse Loreen pose sa voix.
Dimanche 2 juillet à la Villa Schweppes.

Paradis

Les processus sont parfois inversés et, une fois n’est pas coutume, c’est d’abord aux États-Unis que le duo français Paradis s’est fait connaître, dans Beats In Space, l’émission du producteur Tim Sweeney. C’était fin 2010, et il aura donc fallu trois grosses années avant que Simon Mény et Pierre Rousseau ne commencent à faire un peu de bruit en France avec le titre “Garde Le Pour Toi”, ode hédoniste où Étienne Daho croiserait les hérauts de la French Touch sur un dancefloor nostalgique. Une électro adoucie façon variété – ou peut-être de variété enrobée d’électro – chantée en français et joliment déployée en un premier album au romantisme dansant, Recto Verso, paru l’année dernière.
Lundi 3 juillet au Rouge Coco Club – Espace Chanel.

Romare

On aurait tendance à prononcer son nom à l’italienne, en roulant bien les “r” et en laissant chanter le “é”, or il est plus convenu de le dire à l’anglaise, car Romare fait avant tout référence à Romare Bearden, artiste américain du xxe siècle spécialiste du collage et fasciné par l’Afrique. Pas étonnant donc que la house du producteur britannique soit autant habitée par la chaleur du continent, ses racines et ses cultures. Mais Romare, c’est surtout une certaine définition de l’amour, une sensualité noire, parfois loufoque, aux samples astucieux et aux humeurs blues que l’on retrouve dans Love Songs Part Two, son deuxième album sorti l’année dernière chez Ninja Tune et second volet de l’EP paru en 2013, Love Songs: Part One. Et ça nous donne encore plus envie de rouler les r, mais on sait se tenir.
Vendredi 30 juin au Théâtre de Verdure.

Superpoze

La jeune carrière de Superpoze est fascinante. On a d’abord connu ses humeurs tropicales en 2012, avec un EP au titre paradoxal, From the Cold, qui faisait découvrir tout le talent de ce magnat de la MPC. Une recette faite de beats joueurs qui donnait des envies d’ailleurs et dont on retrouvait les couleurs dans Jaguar, son deuxième EP sorti un an après. Ce n’est que plus tard que Gabriel Legeleux opérera un virage esthétique audacieux – et amplement réussi –, plus précisément avec Opening, premier album solo à l’architecture majestueuse et aux lignes plus étendues qui ouvrait une voie royale à son successeur, le très mélancolique For We the Living et ses airs de BO apocalyptique, paru au début de l’année. Un gars passé de jeune producteur talentueux à compositeur de marque en moins de cinq ans si on résume bien, qui ne se repose jamais sur ses acquis et qui semble toujours porté par ce besoin presque viscéral de se réinventer.
Vendredi 30 juin au Rouge Coco Club – Espace Chanel.  

Les Yeux Orange

Le collectif parisien s’est choisi un nom plutôt évocateur… Les plus pointus d’entre vous reconnaîtront en tout cas ceux qui se cachent derrière ce pseudo à la poésie certaine puisqu’ils écument les soirées de la capitale depuis quelques années déjà. Mais on connaît aussi les Djs du crew pour un de leurs édits particulièrement remarqué, celui du tube de 1987 de Maya, “Lait de coco” : « L’ombre des oiseaux caressait sa peau, elle bronzait au lait de coco… », des paroles qui se fondront parfaitement dans le décor de l’Île de Beauté pour un instant absolument chill.
Lundi 3 juillet à l’Octopussy.

Las Aves

Ils sont jeunes, mais semblent avoir déjà eu plusieurs vies. Parce qu’on a d’abord connu les Toulousains en 2012 avec des idées foncièrement punk sous le nom de The Dodoz. Trois ans plus tard le groupe a effectué sa mue, et on le retrouve alors avec des idées plus exotiques sous un autre nom, celui de Las Aves, et avec un EP aux textures plus pop, Los Angeles. Une mue que le quatuor n’avait pas totalement fini d’opérer semble-t-il, en témoigne le premier album du groupe et ses accents électroniques, parfois même trap, paru l’an dernier. Vous avez dit logique ? Une belle prise de risque nommée Die In Shanghai, en tout cas, pour un groupe qui n’en finit plus de surprendre.
Mardi 4 juillet au Rouge Coco Club – Espace Chanel.

Yuksek

Il vient tout juste de souffler ses 40 bougies et a déjà su se forger une carrière extrêmement solide. En à peine plus de dix ans, Pierre-Alexandre Busson aura contribué à donner une vraie impulsion à la scène de sa ville, Reims, où il partage ses studios avec d’autres fiertés locales comme The Shoes, ALB ou Léonie Pernet, et où il a lancé feu le festival Elektricity en 2003 ; créé son propre label, Partyfine, sur lequel on retrouve entre autres Black Yaya (moitié du duo Herman Düne), le groupe Juveniles ou Peter & The Magician, duo qu’il partage avec l’ancienne moitié de Aeroplane ; Yuksek aura même tourné un clip dans l’espace (ou presque) grâce à sa collaboration avec l’astronaute Thomas Pesquet pour le titre “Live Alone”. Ne lui restait plus qu’à parfaire son triptyque d’albums initié en 2009 avec l’excellent Away from the Sea et poursuivi deux ans plus tard avec Living on the Edge of Time, facette la plus pop du producteur… C’est aussi chose faite avec le très complet Nous Horizon, paru en début d’année et sur lequel on retrouve pas mal de titres en collaboration avec la chanteuse grecque Mónika Christodoúlou, alias Mónika.
Samedi 1er juillet au Théâtre de Verdure

Red Axes

Formé sur les cendres du groupe de rock Red Cotton, découvert par une certaine Jennifer Cardini puis repéré par la maison parisienne I’m A Cliché, Red Axes, le duo israélien composé de Niv Arzi et Dori Sadovnik, se fait rapidement remarquer avec une poignée d’EPs sortis sur le label de Cosmo Vitelli, mais surtout avec un premier et unique album à ce jour, Ballad of the Ice, sa techno mélodieuse et tribale, sa science du rythme et ses complaintes langoureuses, à l’instar de l’exotique “Road to the Hills” ou de la très belle “Papa Sooma”, réalisée en collaboration avec leur compatriote Abrão Levin. Red Axes a, depuis, augmenté la cadence de ses sorties, parmi lesquelles on retrouve notamment “Sun My Sweet Sun”, maxi rappelant ce que peut faire Dan Snaith sous son alias Daphni, ou Caraxes, collaboration-valise particulièrement judicieuse avec Chloé Raunet, ancienne moitié de Battant qui officie aujourd’hui sous le pseudo C.A.R.
Lundi 3 juillet au Théâtre de Verdure.

Clément Bazin

Ce ne serait certainement pas lui rendre service que de citer Jamie xx en l’évoquant, mais il est vrai qu’on y pense en écoutant les productions du Français Clément Bazin ; peut-être est-ce dans ces textures tropicales, ou alors dans cette volonté d’apporter un peu de mélancolie sur le dancefloor. Instrumentiste sur la tournée de Woodkid et professeur de steelpan au conservatoire – ce gros tambour d’acier originaire du Trinité-et-Tobago –, connu grâce à son solaire Inner Voices, paru à l’été 2012, puis surtout reconnu grâce à son mini-album Return To Forever sorti en 2016, il devient dans la foulée lauréat du Fair. Dernier fait d’armes en date, il sortait Us en début d’année, EP plus orienté hip hop sur lequel on retrouve le rappeur ThisisDA et la chanteuse Lia.
Vendredi 30 juin à la Villa Schweppes.

KZA

Encore une histoire avec des yeux orange ; celle du Troublant témoignage de… Paul Martin et de cette « fille vraiment étrange », tube de 1977 remixé trente-trois ans plus tard en un « Troublant Acid » par le producteur japonais Ikuzumi Kitazawa, que l’on connaît surtout sous les trois lettres KZA, et qui fera véritablement décoller sa jeune carrière. Autant passionné de culture française que de vieille pop allemande, c’est toute sa curiosité que l’on retrouve dans ses deux albums de remixes, Dig And Edit et Dig And Edit 2, respectivement sortis en 2009 et 2014 sur le label japonais qui répond au doux nom de Endless Flight. Il partagera la scène de l’Octopussy avec le collectif parisien… Les Yeux Orange. On soulignera là l’extrême cohérence du line-up.
Lundi 3 juillet à l’Octopussy.