On a rencontré Papooz, le duo pop qui va égayer votre été

Entre bossa nova, groove des seventies et pop façon Beach Boys, le son des parisiens Papooz est reconnaissable entre tous. C’est l’harmonie née de la rencontre entre Ulysse, grand brun dégingandé, et Armand, petit blond au regard bleu enfantin. Après le beau succès de Green Juice (2016), ils reviennent avec un second album rythmé et mélancolique, Night Sketches. On a déjà fait notre choix : ce sera la bande-son de notre été. Rencontre.

Papooz © Alice Moitié
Papooz, deux garçons dans le vent © Alice Moitié

Papooz, c’est un groupe, mais c’est d’abord une histoire de potes. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Ulysse : Il y a huit ans. Avec une bande d’amis, on voulait créer un fanzine pour parler d’art, de politique… On se donnait rendez-vous tous les mardis dans un bar afghan du quatorzième arrondissement de Paris, Chez Carole. Chacun ramenait ses textes et on se les lisait, on échangeait des pensées. Bon, finalement, on ne l’a jamais sorti ce fanzine, mais j’ai rencontré Armand là-bas ! Moi j’avais arrêté mes études de théâtre, lui était en khâgne. Tout est vraiment né lors d’une soirée un peu folle. On est restés ensemble pendant 24 heures, dans des états pas possibles. Alors qu’on était assis sur les marches du théâtre de l’Odéon, des filles son passées devant nous. On a improvisé un air pour les charmer…  Et on s’est dit : on va en faire une chanson ! En deux heures, on l’avait écrite. C’était notre premier morceau ensemble.

Avant de faire de la musique, aviez-vous d’autres plans de carrière ?

Ulysse  : Gamin, je voulais être footballeur, j’ai même été en centre de formation. Ensuite, j’ai voulu devenir poète. Et puis j’ai fait des études de théâtre avant de me lancer vraiment dans la musique.

Armand : Moi, à partir de 14 ans, je voulais être une rock star.

Le moment de l’éveil musical, c’est souvent l’adolescence. Qu’est-ce que vous écoutiez à ce moment-là ?

Ulysse : Beaucoup de musiques brésiliennes, mais surtout du jazz. Un ami m’a fait découvrir John Coltrane, je trouvais ça incroyable !

Armand : Pour moi c’étaient les Strokes, les Libertines, Jack White… Toute la scène rock du début des années 2000. Et puis j’adorais aussi des choses plus anciennes comme les Doors ou Bob Dylan, dont je suis toujours un immense fan.

Et pour la réalisation de Night Sketches, y a-t-il des disques qui vous ont particulièrement inspirés ?

Ulysse : Ma principale inspiration, ce sont des albums de la fin des seventies, un mélange de pop et groove hyper chiadé, avec de très bons musiciens de studios. J’ai eu un déclic en regardant un documentaire sur Steely Dan, « Aja« . Cela raconte comment ils ont créé cet album, comment ils sont arrivés à cette précision dans le groove. Cela nous a inspiré pour faire quelque chose de plus technique, de plus étudié dans le duo basse / batterie. C’est pour ça que Night Sketches est moins chill, moins farniente que Green Juice.

Armand : Et pour trouver ce son, on a bossé avec Adrien Durand, de Bon Voyage Organisation. C’est lui qui a réalisé notre album, il a amené une vraie esthétique.

On retrouve a au fil des morceaux une ambiance linéaire, envoûtante. L’avez-vous pensée comme un concept album ?

Armand : Non, on a plutôt choisi un canevas. C’était de créer une ambiance nocturne, tant dans les sons que dans les paroles. Cet album, c’est l’histoire de déambulations dans la nuit et des pensées auxquelles ça peut amener. C’est un procédé beaucoup moins instinctif que dans notre premier disque, pour lequel on avait enregistré des chansons sans trop réfléchir à une esthétique commune.

Pourquoi avoir choisi de parler de la nuit  ?

Ulysse : On y vit des émotions que tu ne peux pas vivre le jour, des émotions plus fortes. Les gens qui vont chercher le bonheur à tout prix dans la nuit sont ceux qui fuient leur tristesse. C’est quelque chose qui nous est tous commun, et qui nous a paru intéressant à traiter. Finalement la nuit, on arrive rapidement à des questions existentielles. C’est aussi du vécu : avant l’album je n’avais pas de copine, donc je sortais énormément pour rencontrer des filles. Ça se retrouve beaucoup dans l’album, des histoires de personnages qui cherchent l’amour à travers la nuit.

Puisque vous semblez faire beaucoup la fête, racontez-nous : à quoi ressemble votre nuit idéale à Paris ?

Armand : On fait à peu près toujours la même chose. On est une bande de trente petits vieux qui suivent toujours les mêmes traditions. D’abord, on va chez Jeannette ou au Saint-Gervais, deux bars un peu pourris dans Paris. Ce qu’on préfère, c’est boire des coups et aller là où la musique est bonne, ce qui est assez rare à Paris. Pour danser, on va ensuite au Palace, la dernière boîte ouverte par Lionel. C’est un ami, il ouvre des adresses tous les cinq ans. Quand il bouge, tout le monde le suit et du coup on retrouve les mêmes têtes, c’est drôle !

Papooz © Mica Elig
Les Papooz mangent des pâtes © Mica Elig

 

Revenons à votre musique. Dans Night Sketches, vous parlez de déceptions amoureuses, de désillusions et même de la mort d’un ami. Les paroles sont aussi désabusées que les arrangements sont joyeux. Pourquoi ce contraste ?

Armand : C’est une tradition dans la musique pop, qu’on retrouve beaucoup dans les Beatles par exemple. Cela crée un clair obscur hyper intéressant.

Ulysse : On voulait des morceaux qui groovent, avec une puissance rythmique. Ce contraste-là, ça rend la tristesse sexy, ça la rend cool !

Vous parlez beaucoup d’histoires d’amour qui se passent mal…

Armand : Pour moi, les plus belles chansons d’amour sont des chansons d’amour déçu, sinon ça n’a aucun intérêt ! Tout le monde a partagé une déception amoureuse, il y a beaucoup plus de gens déçus qu’heureux en amour. D’ailleurs, quand je suis heureux, j’ai l’impression de n’avoir rien à dire. Par contre quand je suis triste, j’ai besoin de musique. J’écoute Capri c’est fini et je pleure !

Ulysse : Disons que la tristesse anime plus le besoin d’amour. Moi quand je suis heureux j’ai pas envie d’écrire, j’ai envie de m’allumer une clope et de regarder le soleil !

Armand : T’imagines, si Bukowski avait été beau et heureux ? Il aurait pas eu de problèmes, et il aurait pas écrit du tout ! On n’est pas déprimés, hein. Mais comme tout le monde, on a des moments qui nous animent, et qui nous inspirent.

Pour la suite, quelles orientations musicales aimeriez-vous prendre ?

Armand : On n’y a pas encore vraiment réfléchi. Quand on y pense, la chose la plus difficile, c’est de garder l’innocence des débuts. Quand tu réfléchis trop, que tu travailles trop l’arrangement, tu peux perdre toute émotion. Un mano a mano avec une fille espagnole qui chante, ça peut me faire pleurer dix fois plus qu’un morceau des Beatles, parce qu’il y a une pureté absolue.

(Armand se met à taper dans les mains, et Ulysse entonne une chanson un espagnol. C’est un beau moment pour clore l’interview.)

Les Papooz seront au festival Pete the Monkey le 13 juillet, puis en tournée tout l’été. Dates à retrouver ici.
Night Sketches est paru en mars 2019 sur le label Half Awake.


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