Pop cosmique, avant-garde & cold wave : la France synthétique

Les sixties et seventies, ce sont aussi les années reines pour la musique d’illustration. A l’époque, pour accompagner les reportages sur les débuts de la conquête spatiale, les médias ont besoin de bandes-son adéquates.

Ça tombe bien, au même moment, une poignée de musiciens frenchies découvrent les possibilités quasi illimitées des synthétiseurs et leurs sonorités futuristes. Et on ne parle pas ici de bidouilleurs du dimanche mais bien de surdoués qui, s’ils réalisent ici un travail de commande, ne mettent pas de côté leur génie pour autant. La foisonnante compile Cosmic Machine propose une revue de ce mouvement avant-gardiste qui annonçait avec vingt ans d’avance l’électro, French touch en tête. Un voyage vers l’infini et l’au-delà où l’on croise les instrumentaux lunaires et planants des désormais estimés Alain Goraguer, Jean-Jacques Perrey, Bernard Fèvre ou François de Roubaix mais aussi des plus injustement oubliés Didier Marouani  (Temps X qui servait de générique à l’émission des Bogdanov) ou les Droids et leur fabuleux Shanti Dance. Restons au rayon des fantaisies cosmiques avec Space Oddities, la dernière compile Born Bad qui met en lumière trois maîtres de l’illustration sonore à savoir Roger Roger, Eddie Warner et Nino Nardini. Impeccablement documenté et illustré, le disque donne à entendre treize titres rares et bizarroïdes comme joués en direct du rétrofutur.

Plus près de nous, les deux tomes Des Jeunes Gens Mödernes retracent l’épopée discrète d’une certaine jeunesse française du début des 80’s. Plébiscité par la créatrice Agnès B qui lui a consacré une expo dans sa galerie, cette mouvance se démarquait par une esthétique reconnaissable entre mille façonnée à base de synthés et boîtes à rythmes dans un pur style cold wave. En gros, une électro-pop aux arrangements minimalistes et glacials mais empreinte d’un brin de naïveté. Parmi les groupes redécouverts ici citons Kas Product, Mathématiques modernes ou les mythiques Elli et Jacno. La nouvelle scène synth-pop, de Cléa Vincent à The Pirouettes, leur doit beaucoup.