Radio Campus Paris, radio confinée, radio animée

Radio associative animée par des bénévoles, Radio Campus Paris aurait pu se laisser abattre par le confinement et l’impossibilité pour ces journalistes et chroniqueurs de se réunir. C’était sans compter la créativité et la résilience de ce média hors-normes, qui depuis 1998 rend hommage aux ondes alternatives à grand renfort de débrouillardise, d’impertinence et d’imagination. Musique, politique, société, rigolade, épidémie, mais aussi émissions inédites et moments d’anthologie, ont nourri le quotidien trépidant du 93.9 FM ces dernières semaines.

On a posé quelques questions à Elodie Hervier, présidente de l’association, pour tenter de comprendre comment, même confinée, Radio Campus Paris est une fête.

Concrètement, que signifie le confinement pour RCP ?

Visuel : Pauline Lecerf

 

Notre présence en temps que station de radio, tout simplement, a été la première inquiétude.

Nous diffusons chaque jour en FM de 17h30 à 5h30 du matin*, 12 heures de productions radiophoniques créées par des bénévoles. Ces derniers, réalisateurs, producteurs d’émissions, créateurs radio en tout genre, membres de l’association viennent en temps normal tous les jours dans les locaux de la radio, vers Bastille, pour accéder aux studios. Les émissions hors les murs, courantes chez RCP, sont bien sûr devenues impossibles également. 

  • et 24h sur 24 via le site et la RNT

Comment s’est organisé le maintien de l’activité ?

L’activité radiophonique et festive de l’association a pu se maintenir grâce à nos trois salariés et quatre services civiques. 

Leur travail a été chargé, il a fallu annuler des événements et des formations (RCP en tant que radio école met régulièrement en place des sessions de formation et d’initiation à la pratique radiophonique) et réfléchir à leur report.

à vous les studios ! Les jeunes reporters du théâtre de la Colline

La radio étant partenaire média d’un grand nombre d’événements culturels et étudiants en Ile-de-France, il y a aussi eu beaucoup d’échanges avec ces partenaires, structures culturelles, universitaires et associatives, étouffées et paniquées par la situation. 

Si l’antenne et son contenu se sont adaptés avec une formidable réactivité, c’est finalement surtout les actions habituelles de notre média, menées en collaboration avec le réseau associatif, culturel, alternatif et engagé d’Île de France, qui ont été atteintes par l’impossibilité de se déplacer et l’annulation d’événements dont nous étions partenaires. Forcément, le rayonnement de RCP en pâtit.

Est-ce que la radio a continué d’émettre ? Quels ont été les principaux chamboulements sur la grille ?

Ce qui a largement permis la métamorphose et le maintien de notre contenu et de nos moyens de production pendant ce confinement, c’est l’incroyable esprit d’équipe qui existe entre les salariés, les bénévoles et les services civiques.

Nous émettons en hertzien sur les bandes FM et numériques. Aucune des deux n’ont été impactées sur le plan technique. Sur le plan humain, ça a été plus délicat, sans pouvoir accéder à nos ordinateurs, nos enregistreurs, nos studios…  J’aime penser que tout s’est organisé comme au début de l’aventure radiophonique du 93.9 FM… A Radio Campus Paris, il y a 20 ans, des fous de sons ont bidouillé avec ce qu’ils avaient sous la main afin de communiquer leurs voix sur les ondes.

Quelques semaines avant le confinement nous avons eu un très important problème de piratage sur notre site internet. La diffusion de notre antenne en streaming et de nos émissions en podcast est intrinsèque à notre radio, qui a d’abord été diffusée uniquement sur le web avant d’obtenir une demie fréquence FM.

Sur le plan technique, le confinement n’a pas vraiment créé de nouvelles difficultés mais a considérablement augmenté nos difficultés existantes. En l’absence de rencontres physiques, nous sommes encore plus dépendants de notre site internet. Nous étions sur le point de lancer un financement participatif pour répondre aux besoins de nos émissions avec un nouveau site. Mais le contexte ne s’y prête plus et les financeurs institutionnels restent dans l’ignorance face à l’importance du podcast et subventionnent surtout les projets qui concernent l’antenne traditionnelle ou l’action éducative de l’association. On peut espérer que l’expérience de confinement les aura sensibilisé à l’indispensable attention qu’il faut porter à ce média.

La grille n’a presque pas changé, c’est un sujet de fierté je dois l’admettre !  

Au fils des saisons cependant, les émissions s’essoufflent et cessent de produire de nouveaux épisodes pour Radio Campus Paris. Les créateurs ont d’autres projets, c’est normal, ce phénomène a eu lieu pendant le confinement mais pas plus que d’habitude pour notre média “tremplin”.

Quelles sont les émissions qui ont dû être arrêtées ou remplacées par des redifs ?

L’arrêt le plus notable dans notre contenu radiophonique est le format de l’entretien. Nous recevons régulièrement des experts et personnalités du monde universitaire, culturel et médiatique. Un grand nombre de nos émissions s’appuient sur les formats d’interviews longues et d’entretiens pour partager et discuter. Nous sommes connus pour la convivialité et l’insolence joyeuse qui qualifie notre couleur d’antenne. C’est simplement le reflet de l’ambiance de nos studios. Nos invités manquent énormément à nos émissions, nous aimons donner la parole indéniablement. C’est ici que le changement s’opère le plus fort je pense, même si nous arrivons quand même à mener des interviews courtes et plus factuelles, à recevoir de très nombreuses chroniques, on a quand même très hâte de se retrouver autour d’une table pour discuter et s’exprimer.

Comment la radio s’est-elle adaptée au confinement ?

Sur le plan administratif, notre chargé de développement André Sghinolfi a travaillé en collaboration avec notre comptable et le cabinet de la Mairie de Paris consacré à la vie étudiante. Cela paraît sérieux et ennuyeux de rappeler ça mais il faut imaginer l’état de panique que le confinement a pu créer pour une structure dirigée par des bénévoles qui n’ont pas d’expertise de gestion. Le calme permis par le suivi administratif nous a certainement renforcé.

Pour ce qui est de la production d’émission, le chargé de l’antenne Christophe Da Cunha a déployé une énergie incroyable pour proposer aux émissions de faire comme elles pouvaient. 

Plateau RCP au Rosa Bonheur en 2018 ©TéléSorbonne

 

Le studio c’est devenu chez nous. Christophe Da Cunha, avec l’aide de Jonathan Carrasse le nouveau chargé de la technique et Ugolin Crépin-Leblond son prédécesseur, se sont tous les trois appuyés sur notre importante expérience des émissions hors-les-murs, c’est à dire quand nous installons nos studios dans des salles de concerts, des théâtres et des bars, pour permettre aux émissions d’envisager des directs depuis leurs appartements.

Dès le 17 mars, nous avons fait une émission par téléphone depuis chez Christophe qui testait le dispositif du direct, et ça a fonctionné ! C’est bête à quel point ça me laisse le souvenir d’un événement magique. Nous étions plusieurs dizaines à participer, réagir et écouter dès la première tentative, tous ensemble depuis chez nous. Je crois que ça nous a sorti de la torpeur. Depuis, on reproduit ce dispositif de direct depuis la maison plusieurs fois par semaine.

Ce dispositif de direct prend le format que l’animateur lui donne depuis chez lui. Par exemple quand c’est moi qui anime c’est un format libre antenne, comme si Marie de l’émission de Difool avait son émission. Brice fait entendre des échanges sur des idées politiques et il a aussi organisé des jeux, Simon et Jacques se sont intéressés à la création artistique… A chaque bénévole son format !

Quelles sont les principales difficultés rencontrées ? 

Confinement Intime // Semaine 1

En plus de la technique en mode débrouillardise, les difficultés sont parfois d’ordre personnel, là où notre fonctionnement associatif nous permettait de l’entraide et une réponse collective à des difficultés financières ou d’organisation, le dispositif de confinement ne nous permet pas d’exprimer facilement nos besoins pour travailler. Mais j’ai entendu un nombre incalculable de fois des copains de la radio me dire  » Je n’ai pas à me plaindre ». J’adore combien ils sont humbles, cependant nous veillons à ne pas oublier que certains sont précaires en temps qu’étudiants ou jeunes travailleurs (souvent dans les milieux de la culture). Sans l’accès aux locaux, les conditions de travail sont très abîmées : imaginez simplement préparer une interview, écrire et enregistrer une chronique sans abonnement internet, sans bureau… 

La force de notre communauté c’est aussi ce caractère étudiant. J’entends par étudiant  » sans formatage terminé » et non « inscrit dans une fac ». Les nouveaux bénévoles arrivent toujours avec l’énergie d’un.e pionnier.e. Ils ont souvent une envie bien précise et pensent de manière spontanée à des solutions. Parfois ces idées sont lentes à mettre en place mais l’énergie est là. 

Des émissions inédites ont-elles vu le jour pendant le confinement ?

Notre émission en direct qui a démarré le soir du 17 mars s’appelle « Confinement Intime« . Le nom a été soufflé par Maxime Le Roch, ancien salarié, alors qu’il participait par téléphone aux premières interventions de ce soir là. J’adore ce nom, ça dit très bien ce que c’est. Maxime a d’ailleurs créé avec Lucie Rondou, productrice de l’émission « En Futur Simone » un format inédit pour le confinement. Il s’agit du premier concept de radio réalité mondial : « En Scred« . C’est je trouve, une réponse drôle et insolente aux analyses médiatiques qui comparaient le confinement avec la télé-réalité et surtout une création très pertinente pour parler de notre réalité du confinement dans un format radio original. Grâce à eux, Radio Campus Paris c’est nettement distingué des journaux de confinement et autres répondeurs des auditeurs qui existaient depuis la préhistoire de la radio. C’était un projet qui mûrissait dans l’esprit de Maxime depuis longtemps et ça a très bien fonctionné.

EN SCRED : quotidienne du 10/04 – La bouffe

Maxime, bénévole et ancien responsable d’administration : « On a profité de l’antenne libre pour faire la première et meilleure émission de radio réalité du monde ! On avait 5 candidats, pendant 5 semaines, avec 5 secrets. On a enregistré tous les soirs une quotidienne, et chaque samedi, un super prime plein d’émotions…  On a eu plein d’auditeurs et auditrices, puisque pour la finale on a eu 80 votes. C’était une super façon de parler du confinement, on s’est fait des nouveaux amis qu’on a hâte de rencontrer quand on sortira de toute cette cohue.

Il a t-il eu des émissions spéciales confinement – épidémie ?

Comme tous les médias, nous sommes envahis par le sujet, c’est plus facile de te faire la liste des émissions qui ne sont pas du tout concernées par le confinement que de faire le tour de combien l’épidémie est active sur notre antenne. Même dans les émissions diffusées la semaine qui précède le confinement, on parlait déjà du confinement.

TFOA reçoit CHASSOL – nouvel album Ludi.

On entend par exemple l’artiste Chassol parler de la quarantaine à venir dans son passage dans l’émission Tout Foutre On Air du 11 mars. Le Chablis Hebdo (émission satyrique) du vendredi 13 mars a été la dernière émission diffusée en direct depuis nos studios avant leur fermeture et on y entend des vannes très drôles sur les rumeurs de confinement.

Le Lobby / Quel après pour les LGBTI ?

L’antenne est très sensible à la réalité de ceux qui la font, c’est un peu notre troisième peau (après nos vêtements). On a parlé du confinement dans les émissions de société et politiques. « Le Lobby » a pris des nouvelles des communautés LGBTQI, « Thelma et Louise » se sont bien emparées de la vie des femmes en confinement, « En Pleines Formes » a consacré son dernier numéro aux “arts confinés”, « Euroscope » a fourni un bon comparatif des réponses des gouvernements européens à l’épidémie…

La distinction entre nous et des médias au modèle économique commercial réside certainement dans le fait que nous ne sommes pas contraints par l’impératif de faire du flux, de l’audience, et de parler plus fort que la concurrence. Résultat, nos émissions rédactionnelles n’ont pas besoin de se répéter ou de divulger des informations fausses dans une optique de sensationnalisme.

Les émissions musicales (la grille de RCP compte une soixantaine d’émissions dédiées à la musique, et cette dernière représente environ 70% du temps d’antenne, rotation et émissions confondues) jouent un rôle très important dans l’accompagnement du confinement. L’émission Carte Grise a immédiatement mis à contribution nos chroniqueurs musicaux pour élaborer des playlists “de survie”. 

Les DJS de l’antenne nous ont régalé de sets depuis chez eux, comme par exemple Hani Rais (qui produit l’émission « Vinyle Trip« ). Des hommages ont été rendus aux figures de la musiques décédées des suites du virus, telles que Manu Dibango.

De manière générale, dans le domaine de la musique ou plus largement du spectacle vivant, nous essayons de rester proches des artistes pour faire le lien avec leur public. « La crise de la quarantaine » est aussi une nouvelle émission de sélection musicale, une excellente proposition de Thomas Guillot (aussi responsable de l’émission Mappemonde) pour accompagner notre doux plongeon vers la folie en confinement. 

Crise de la Quarantaine #4 – Lâcher Prise

La Fraîche Liste, la sélection mensuelle des programmateurs et programmatrices de la radio, continue de renouveler sa curation musicale en faisant la part belle aux artistes émergents et à la musique indépendante.

La sélection de mai est complétement le témoignage de ce soutien à la diffusion des artistes puisque ces 4 programmateurs (Mylène, Christophe, Erwan et Simon) ont craqué et sélectionné pas moins de 60 morceaux. Des émissions littéraires ou de théâtre diffusent les projets des metteurs et metteuses en scène ou des lectures, comme par exemple la « Nouvelle Bouquinerie » qui fera entendre cette semaine un extrait de la prochaine mise en scène de Keti Irubetagoyena.

La Matinale, émission hebdo d’actualité de RCP, a t-elle continué à être diffusée ? 

La Matinale de 19h – Le féminisme n’a jamais tué personne // 10.03.2020

Coordonnée par un service civique en charge de la production, La Matinale de 19h est d’habitude la synthèse éditoriale de l’antenne et sa connexion avec l’actualité : du lundi au jeudi, une longue interview de décryptage d’actualité politique, sociale ou scientifique en compagnie d’acteurs associatifs locaux, de chercheurs et chercheuses, d’expert-e-s en tout genre. En deuxième partie d’émission, on parle davantage d’actualité et de thématiques culturelles. La Matinale de 19h, c’est à la fois le moment d’évoquer les soirées et événements qui nous font vibrer et les problématiques de la jeunesse parisienne, de discuter sérieusement de sujets politiques et sociaux, tout en permettant à nos chroniqueurs et journalistes animateurs, apprentis journalistes et authentiques passionnés, de faire leurs premiers pas.

Jusqu’à Nouvel Ordre // Semaine 7

Nous ne pouvions pas laisser ce créneau orphelin mais il était impossible de réunir la trentaine de personnes qui participent d’ordinaire à l’émission. Beaucoup d’étudiants sont partis rejoindre leurs familles et ont dû trouver des solutions pour continuer leur activité radio là où les plus anciens avaient peut-être plus l’habitude de “la débrouille”. Nous avons donc très rapidement dû croiser nos ressources et demander à tous de produire des contenus pour soutenir ce créneaux d’actualité qui est d’habitude plus investi par les nouveaux bénévoles. On a proposé aux bénévoles de ne pas s’embarrasser d’un format et de remplir cette heure d’actualité avec ce qui se passe pour eux. L’émission s’appelle « Jusqu’à Nouvel Ordre », en réponse à ce désordre imposé par la mise en quarantaine de la population. L’impression laissée par les décisions politiques et le discours médiatique est que rien n’a vraiment été réfléchi pour faire face à l’épidémie. On a donc ouvert ce créneau à ce qui est nécessaire à la réflexion : du temps, des matières hybrides et le droit à l’erreur.

Après ces deux mois d’expérimentation, « Jusqu’à Nouvel Ordre » s’affirme comme une émission au format souple et pleine de vitalité avec des analyses, des chroniques, des interviews et un fort travail d’équipe pour synthétiser la complexité de l’actualité.

Comment le travail s’est-il organisé entre salarié-e-s, bureau, bénévoles ?

Le bureau, qui est l’organe élu par le conseil d’administration constitué de bénévoles, s’est mis à la disposition des salarié-e-s pour créer des rendez-vous permettant de poser les bases de travail en confinement. Je dirai que le temps consacré collectivement au moment des réunions permet de faire exister les espaces de travail auxquels on ne peut plus accéder.  Techniquement l’accès aux ordinateurs de la radio se fait depuis l’ordinateur du chargé de la technique, Jonathan Carrasse, et de Kaoane Goutte, service civique qui soutient les émissions dans leur diffusion. 

Ils sont devenus les intermédiaires essentiels entre les 300 membres de l’association et leur antenne. Ce qui est dingue, c’est que Jonathan a été recruté quelques semaines avant le début du confinement pour succéder à son prédécesseur. Sa toute nouvelle arrivée dans l’équipe ne l’a pas empêché de répondre au défi. C’est un exemple parmi de très nombreux de la confiance qui existe dans nos équipe.

L’association Radio Campus Paris repose sur une organisation par émission mais aussi par partage de compétences, ce qui a je crois beaucoup aidé le travail en confinement. Les questions se répartissent entre bénévoles car ils savent à qui s’adresser. Ce caractère horizontal de l’organisation a permis d’éviter la lenteur de prises de décision.

Quels sont les événements et les projets éventuellement suspendus ou annulés ?

 

Atelier radiophonique dans les studios de RCP

 

Toutes nos formations auprès des étudiants et scolaires ont évidemment été reportées. Nous somme une joyeuse bande d’autodidactes de la radio et ces échanges de compétences sont essentiels pour nous. C’est aussi un geste politique d’ouvrir un média comme on ouvre le capot d’une voiture, sans pré-requis, évaluations, contrôles… Et de montrer comment on bricole là-dedans. C’est l’apprentissage d’une expression, et ça nous permet de rencontrer de nouveaux participants à l’antenne et d’enrichir notre discours.

Cette émulation d’antenne chez RCP aboutit régulièrement à des événements qui sont à la fois des fêtes et des émissions de radio. Sur la période de mars à octobre ce sont des centaines d’heures d’ateliers Radio qui n’ont pas lieu et plusieurs dizaines de rendez-vous festifs et culturels annulés. Nous essayons de prendre du recul par rapport à notre déception. D’abord car les priorités de santé sont trop importantes, mais surtout car nous souhaitons rester à l’écoute des idées qui arriveront. Les mois (parfois les années) de préparation nécessaires pour un événement ne doivent pas s’effacer parce que l’événement est annulé. Les équipes auront changé avant que la vie événementielle puisse reprendre car les nouveaux bénévoles arrivent chaque année avec leurs envies différentes. Notre rôle aujourd’hui est de ne pas laisser le confinement empêcher la rencontre avec ce que nous souhaitions proposer aujourd’hui et les futures envies.

Comment envisagez-vous l’après confinement ? Financièrement parlant, la radio risque t-elle de souffrir de cette période ?

Financièrement, nous avons de nombreux avantages en tant que modèle associatif qui permettent d’être optimiste à court terme. Notre force repose sur l’engagement de nos bénévoles qui est littéralement hors de prix. Aussi nous sommes fragiles et précaires par définition ( « à but non lucratif » dans une société valorisant fortement le profit…) ce qui a surentraîné nos habitudes d’organisation. J’ai l’orgueil de dire qu’on sait parfaitement faire très bien avec très peu. Mais ne soyons pas naïf, si les artistes indépendants, les acteurs et les structures culturelles qui étouffent en ce moment n’obtiennent pas de soutien financiers si nos bénévoles (étudiants, intermittents, jeunes professionnels …) ne sont pas soutenus, alors l’énergie nécessaire à notre travail va être sérieusement impactée. 

Pour ce qui est de l’organisation de notre vie associative, nous réfléchissons aux moyens de rester un solide réseau qui puisse continuer de travailler ensemble et d’inclure une grande diversité de partenaires et d’invités sans nous rencontrer physiquement. Nous devons permettre aux bénévoles qui ne souhaitent pas venir à la radio de le faire. La priorité restera même à la fin du confinement strict que nous venons de traverser, de rencontrer le moins de gens possible et nous avons pour volonté d’accompagner cela.

radio campus paris
La Nuit de l’Incertitude, rendez-vous radiophonique

 

Les liens et événements radiophoniques vont prendre de nouvelles formes et j’ai réellement hâte de voir tout ça émerger. Nous sommes en train de transcrire nos ateliers de formation en tutos, nous préparons notre assemblée générale virtuelle… Mais surtout, nous proposons aux auditeurs de partager la nuit du 8 au 9 Mai avec l’équipe de Chablis Hebdo pour fêter leur 200è épisode. La fibre satirique et le plaisir du jeu des membres de l’émission seront les fils conducteurs d’une nuit de radio consacrée à la question de l’incertitude qui habite avec nous dans nos vies confinées.

Des leçons à tirer de tout ceci ?

Le lien entre les expériences diverses de tous les participants est incontestablement une force. Nous le savions, cela s’est affirmé. Le soutien, voir le retour parfois, d’anciens membres se fait pour créer de l’espace pour les nouveaux.

Maintenant qu’elle a envahi mon appartement pendant le confinement, je connais Radio Campus Paris comme une soeur, une colocataire. Je crois qu’elle a toujours été cette douce canaille qui n’a pas peur de se servir dans la boîte à outils un peu désuète de la radio pour faire rire l’auditeur de son impertinence et l’épater de son intelligence. J’entends cette énergie dans tous les participants de l’antenne.

Quelques témoignages de bénévoles de Radio Campus Paris : 

Kenza, créatrice de “Sample comme Bonjour” et membre de “Jusqu’à nouvel ordre

Pas énormément de changement de mon côté puisque je bosse avec mon zoom et mon super micro, de chez moi, toujours et depuis septembre. Première fois que je produisais une émission d’une heure entière cela dit, donc y avait un côté deadline assez stress mais tellement contente. Pour ça, je dis merci Campus, merci Elodie merci à tous.tes

Jacques, ancien service civique, membre du pôle musique de RCP et du CA : “Ce que j’ai aimé avec ce qu’il s’est passé, et avec ce qui va continuer à se passer cet été, c’est que le confinement a permis une amplification de la liberté et des liens qui caractérisent et animent la radio. On avait jamais vu autant de projets se mettre en place aussi rapidement, autant de personne collaborer pour la première fois, même pour des tests ou des idées éphémères. On a réellement connu une émulsion créatrice comme rarement.”

HISTOIRES DE : David Walters « Soleil Kréyol » // 15.04.20

Mylène, responsable de l’émission “Histoires de”, programmatrice musicale :

« On a continué de faire l’émission « Histoires De » sans direct : on a galéré à enregistrer à plusieurs (accès internet/équipements pas forcément suffisants, créneau…) donc les chroniqueurs.ses envoyaient leurs sons (via Whatsapp souvent) et j’assemblais le tout pour la diffusion. Même si on ne s’est pas réuni.es comme d’habitude : j’ai ressenti plus d’entrain dans le contenu, comme si continuer à faire de la radio était un échappatoire au confinement. Même ressenti, côté interview, (qu’on fait en visio via Messenger, qu’on enregistre et moi je cale un micro externe pour enregistrer mes questions). Les intervenant.es sont moins « stressé.es » que quand il.elles viennent au studio puisque chez eux.elles, et pour les artistes ça permet de témoigner de ce qu’ils.elles ressentent en ce moment aussi. Ce qui est génial en tant que bénévole, c’est de voir comment RCP a réagi très vite au début du confinement en disant « ça ne nous empêchera pas de faire de la radio et de continuer à faire du lien (créatif) avec nos bénévoles »  

Thelma et Louise : féminisme et confinement // 14.04.2020

Marine, co-animatrice de l’émission Thelma et Louise :

« On a fait une émission Thelma et Louise confinée, on s’est toutes retrouvées pendant un appel groupé qu’on a enregistré, et on prépare une deuxième émission dans le même style… C’est une chouette expérience parce qu’il y a ce côté un peu « démerde » et « impro » qui est finalement assez excitant… On bouleverse complètement le déroulé habituel de l’émission ! On a aussi eu quelques obstacles techniques car forcément le son n’est pas parfait via les apps comme Skype ou Zoom… Mais on a bricolé et on est contentes du résultat ! Contentes aussi car en cette période, il y a plein de choses à raconter sur la condition des femmes donc c’était important pour nous de pas lâcher le lien, et merci à toute l’équipe de RCP qui nous a encouragées à être créatives !! » 

Chablis Hebdo // Deux Hollande pour le prix d’un // 24.04.2020

Maxime Fassiotti, membre historique de la radio et animateur pour Chablis Hebdo :

« Malgré le confinement, on continue à faire des émissions toutes les semaines en direct via Discord ou Messenger. Les points positifs, ce sont la plus grande disponibilité des membres de l’émission à cause du confinement et l’abaissement des barrières géographiques des anciens chroniqueurs. Nous sommes tellement nombreux qu’on fait des émissions d’une heure et demi au lieu d’une heure. Et on est heureux de se retrouver toutes les semaines. »