Raphaël Imbert

Le saxophoniste Raphaël Imbert propose, dans le cadre du festival Sons d’Hiver, un ambitieux projet blues Music Is My Home, une superbe œuvre joyeuse et racée, qu’il a enregistrée avec de fines gâchettes, la Créole haïtienne Leyla McCalla et le guitariste Alabama Slim.

Comment s‘est monté ce projet blues ?

Je voulais étudier la musique traditionnelle américaine, sans faire la route du Mississippi qui a été empruntée tant et tant de fois. J’avais envie de m’arrêter à la Nouvelle-Orléans, et de prendre la route de la montagne, les Appalaches, la Georgie, l’Alabama, la Caroline du Sud.

Vous avez invité un superbe bluesman Alabama Slim, âgé de 77 ans, qui sera présent à Créteil. Comment l’avez-vous rencontré ?

Par l’intermédiaire de cette fondation à but non lucratif, Music Maker, qui aide les vieux bluesmen. Alabama Slim vit à la Nouvelle-Orléans, dans l’un de ces HLM construits pour reloger les victimes de l’ouragan Katrina. Je l’ai appelé, avec difficulté car Alabama a un accent américain assez ardu. Je suis allé le voir. Je crois que je l’ai dérangé dans sa sieste. Je lui ai dit que je voulais l’interviewer. Et puis j’ai empoigné mon saxophone, lui sa guitare, et nous avons joué. Il se moque des normes, des mesures du blues. Quand nous l’avons invité à enregistrer en France, il nous a donné à nous, musiciens français, une leçon. Il place ses changements d’accords en fonction de ce qu’il raconte et non d’un schéma pré-établi. Il était heureux de nous accompagner. Ces artistes ont mené des existences difficiles, brisées. Ils ont du mal à vivre de leur musique. Alabama travaillait comme agent d’entretien.

Avec Leyla McCalla, vous avez emmené un autre trésor de la musique noire.

Elle est de la Nouvelle-Orléans aussi. Leyla joue les Suites de Bach dans les rues de la ville avec son violoncelle. Nous avons accroché tout de suite. Le blues signifie pour elle travailler sur le Créole, le Cajun. Avec les invités que nous avons – ajoutons Big Ron Hunter – nous présentons un blues méconnu et vivant. J’aime bien raconter une histoire.

Vous menez des projets originaux, accessibles, comme cet album, autour de Bach et de Coltrane, et aujourd’hui, ce projet blues. D’où vient cette volonté de surprendre ?

J’essaie de secouer le cocotier. La musique meurt des académismes. Pour le disque Bach-Coltrane, j’ai eu davantage de bonnes critiques de la part du milieu classique. D’ailleurs, les festivals de jazz me programment moins, comme s’ils ne me considéraient plus comme un des leurs. Pourtant, je me définis à 100% comme un jazzman. Je cherche toujours le lyrisme pour essayer de toucher des auditeurs très différents. Avant de partir aux Etats-Unis pour rencontrer les bluesmen, beaucoup de puristes m’avaient dit : ta musique ne leur plaira pas ! Et ça s’est merveilleusement bien passé !

Music Is My Home, Harmonia Mundi.