Rencontre avec Blick Bassy pour la sortie de son album 1958

Blick Bassy est un artiste musicien camerounais. Il est aussi écrivain, il est l’auteur d’un premier roman Le Moabi cinéma publié aux éditions Gallimard en 2016. 1958 est son quatrième album, une coproduction inédite entre deux maisons de disque : No Format (avec laquelle il a déjà signé Akö son troisième album) et Tôt ou tard. A l’approche d’une date de concert très attendue à la Cigale à Paris, seul passage dans la capitale de la tournée 1958, nous avons rencontré cet artiste talentueux qui chante uniquement en bassa, son dialecte parlé aujourd’hui par 5% de la population camerounaise. 

Bonjour Blick Bassy, peux-tu te présenter pour les lecteurs d’A Nous Paris qui peut-être ne te connaissent pas encore…

Je suis Blick Bassy, artiste, musicien, écrivain et j’aime dire aussi que je suis un entrepreneur car je fais pas mal de choses en parallèle à mon métier d’artiste musicien. J’ai par exemple un label de rap au Cameroun. Je suis né au Cameroun et j’ai grandi à Yaoundé. Pendant 10 ans j’avais un groupe de sept musiciens au Cameroun qui s’appelait Macase et nous chantions déjà en bassa. Nous avons été prix RFI en 2001 et suite à cela nous avons eu une tournée internationale. Ensuite, j’avais l’impression d’avoir fait le tour et je suis parti du Cameroun à l’âge de 30 ans pour arriver en France et repartir de zéro en me créant une carrière en Europe. Le voyage est hyper important pour la construction de chacun, en d’autant plus en tant qu’artiste.

Ton dernier album s’intitule 1958, une date symbolique pour l’Histoire du Cameroun car elle marque l’assassinat de Ruben Um Nyobé, célèbre résistant camerounais. Peux-tu nous en dire plus sur cette partie de l’histoire de ton pays natal ?

Oui, effectivement, j’ai consacré mon dernier album 1958 à Ruben Um Nyobé qui était un combattant pour des valeurs universelles et pour l’indépendance du Cameroun. Il a été tué en 1958 par l’armée française lors de la période que l’on appelle le Maquis durant laquelle les résistants à la colonisation étaient pourchassés. Cette histoire a été enfouie car en 1958 il y a avait la guerre d’Algérie et la Guerre du Vietnam et la France a dissimulé cette guerre du Cameroun. Les livres scolaires au Cameroun ont contribué à cacher cette histoire car ils racontent que Ruben Um Nyobé et ses complices étaient des terroristes. Moi j’ai voulu rétablir la vérité en rendant hommage à ce personnage. Et parler de cette histoire me permet de résoudre la crise identitaire que je vis 60 ans après les indépendances. Ca fait parti du processus de réconciliation avec qui je suis vraiment. C’est pour cela que je dois remonter dans le passé pour comprendre mon dilemme identitaire.

Justement, la pochette de l’album 1958 est très belle… Peux-tu nous commenter ce dessin ?

L’illustration est le travail d’un artiste incroyable, Fabien Mérelle. Sur ce dessin, Fabien a représenté la statue d’Um Nyobé posée sur ma tête comme mon héros, comme quelqu’un qui m’inspire. C’est comme s’il sortait de mon imagination pour régner sur le trône du monde. J’aimerais que ce personnage soit remis en lumière au Cameroun, car il n’est pas reconnu officiellement comme un héros national. Il a une statue à Edéa, mais dans les grandes villes les statues sont à l’effigie des colons. Cet album est un travail de mémoire populaire, beaucoup de jeunes camerounais ignorent cette histoire.

 

Pochette de l’album 1958. Dessin Fabien Mérelle. © Tôt ou tard / No Format

 

Blick, tu chantes en bassa, mais tu écris en français. Tu as notamment écrit Le Moabi Cinéma, un premier roman aux éditions Gallimard en 2016. Tu es musicien, mais tu as également beaucoup de talent en tant qu’écrivain. Est-ce que ce premier roman t’as donné envie d’écrire d’autres choses que des chansons ?

Oui je suis animé par une grosse envie de continuer à explorer d’autres formes d’écriture comme la fiction ou des essais car il y a tellement de choses à dire dans nos sociétés. Même si je suis impliqué dans pleins de projets, j’essaie de me garder un peu de temps pour continuer à écrire et essayer d’apporter ma vision à travers l’écriture. J’ai aussi envie de faire du cinéma et je réfléchis d’ailleurs à une adaptation de ce premier roman au cinéma, je travaille actuellement sur le scénario. A travers ce film, je veux que les africains réalisent que leur continent est magique. L’Afrique c’est le paradis mais nous ne sommes pas conscients de cela. Pour moi écrire permet d’améliorer le quotidien de nos sociétés qui sont violentes.

Dans le calendrier de tournées, il y a des dates au Portugal, en Allemagne, en Belgique, mais pas au Cameroun ? Quel impact a néanmoins cet album très spécial qui parle de l’histoire du Cameroun sur tes compatriotes de la diaspora et dans ton pays natal ?

Cet album a un impact très fort au Cameroun. Je sens un engouement incroyable de la part des camerounais car cet album touche à l’Histoire du pays et aux histoires personnelles de chacun. Je reçois énormément de messages, de témoignages de familles, de gens qui se reconnaissent dans cette histoire et me remercient. L’album sort à peine, la tournée se base d’abord sur l’Europe, mais nous irons certainement dans un second temps au Cameroun où le projet est très attendu.

Ce qui revient souvent dans tes textes c’est le terme de sogol qui signifie en bassa le grand-père. Pourquoi les anciens et les traditions sont si importants pour toi ?

Dans mon imaginaire, j’ai un grand-père qui me surveille comme un drone qui vole au dessus de moi. La figure du grand-père est un gardien de la tradition. Il a l’expérience et rappelle la nouvelle génération à l’ordre. Quand je pars dans des envolées lyriques et que je change ma voix, je fais parler ce grand-père imaginaire. Ce sont les traditions qui vont nous sauver.

Le 15 avril prochain, tu vas faire une belle date à la Cigale, comment te prépares-tu et quels sont généralement tes petits rituels avant de monter sur scène ?

Cette date je la prépare sereinement, je suis toujours très excité à l’idée de monter sur scène. C’est une chance de pouvoir prendre le public ainsi en otage qui donne toutes ses émotions et toutes ses énergies. Ce sont des moments hyper précieux de pure sincérité. Quand je suis sur scène, je ne m’appartiens plus je pars dans mon voyage et je me dévoile aux gens. A chaque fois avant de monter sur scène, j’appelle spirituellement ma mère qui est partie très tôt. Je la remercie car c’est grâce à elle que je chante, elle m’anime toujours. Mon rituel c’est de l’inviter parmi nous à chaque spectacle.

Enfin, Blick, peux-tu présenter ton équipe de musiciens qui t’accompagne sur scène en tournée  ?

Deux musiciens étaient déjà dans la précédente tournée, ce sont des musiciens incroyables : Clément Petit au violoncelle et Johan Blanc au trombone et au synthé. Le trompettiste et claviériste Alexis Anerilles, et Arnaud de Casanove nous ont rejoint sur cet album. Au-delà de la musique c’est des gens avec qui je m’entends très bien car ils sont très cultivés. Durant nos tournées nous avons des discussions politiques très animées  et nous cherchons toujours à améliorer le monde dans lequel nous vivons grâce à nos engagements communs. En première partie de mon concert à la Cigale, il y aura une artiste que j’aime beaucoup qui est très talentueuse qui s’appelle la Chica. Je suis toujours très curieux de découvrir des artistes même très éloignés de mon univers artistique. Parfois même je prends le métro exprès pour me tenir au courant des nouveautés à travers les affiches de concert dans le métro. Je suis à la recherche perpétuelle de découvertes et d’influences esthétiques diverses pour améliorer mon propre spectacle.

© Justice Mukheli

La Cigale
Concert le lundi 15 avril 2019 à 20h
120 Bd de Rochechouart, 18e
Tarif unique : 33 euros

Gagnez des places pour le concert de Blick Bassy à La Cigale


Ne manquez aucun de nos bons plans et jeux-concours en vous inscrivant à notre newsletter !