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Label indépendant : rencontre avec Howlin Banana

On a rencontré les labels indépendants parisiens,  sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground ! En avril, c’est Tom du label Howlin Banana qui répond à nos questions.

Quels styles de musiques promeut-il ?

Ça n’est pas vraiment ancré dans le marbre. Au départ je sortais beaucoup de rock garage, parce que c’est ce que j’écoutais et parce que ça faisait sens à l’époque (2012, 2013). On était en plein dans l’éclosion de cette scène en France, surtout à Rennes, où j’ai signé pas mal de groupes. Aujourd’hui la ligne s’est pas mal élargie, pour accueillir des choses plus pop par exemple, ou des groupes plus typés indie rock comme Th Da Freak. Si je devais donner une définition un peu globale je dirais que l’idée est de défendre une certaine idée du rock et de la pop à guitares ‘made in france’ en gros. Mais bon, en réalité, je signe les groupes au coup de cœur, donc c’est surtout après coup que je constate que le label a pris telle ou telle direction.

Quels sont les artistes principaux ?

Il n’y en a pas vraiment… Ils sont tous aussi importants à mes yeux, je vois le label comme une petite famille donc j’ai du mal à considérer des groupes comme ‘principaux ». Bien sûr il y en a qui vendent un peu plus que d’autres ou qui ont une visibilité plus importante, comme Kaviar Special ou Th Da Freak en ce moment, mais je prends autant de plaisir à bosser les groupes plus ‘niche’ et des plus petits projets.

Quelles sont les dernières sorties ?

La dernière en date est le premier EP d’EggS, paru en décembre en coproduction avec un autre label monté par des copains, Hellzapoppin’ records. C’est un tout nouveau groupe parisien d’indie pop, ils ont enregistré très vite, et l’EP est génial, très recommandé pour les fans de guitares pop façon Sarah Rds ou Flying Nun. Avant ça, cet automne on a sorti des albums de Cathedrale, Bootchy Temple, Brace ! Brace ! et Slift, c’était une grosse rentrée. Pour les curieux, tout est en écoute sur notre site ou notre page bandcamp !

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

Ça dépend vraiment des groupes en fait. Certains sont très débrouillards et complètement autonomes, d’autres moins. Mais de façon générale je les accompagne sur le long terme, et pas seulement pour la sortie d’un disque. J’essaie de les aider partout ou ils en ont besoin, pour tourner, s’entourer professionnellement, trouver des plans pour enregistrer ou un graphiste pour une pochette… mais bien sûr mon activité principale reste de bosser le disque, sa fabrication, sa distribution et sa promotion. Sur l’artistique, je m’implique le moins possible, je me contente de donner mon avis quand ils me le demandent, mais en général, c’est tout. Il faut que le résultat final du disque leur ressemble et qu’ils en soient contents, c’est l’essentiel.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Non, j’ai un travail à côté, très similaire d’ailleurs. J’y pense des fois mais ça impliquerait pas mal de changements dans ma façon de travailler et d’approcher le label : me concentrer plus sur la rentabilité (et donc laisser tomber certains projets), multiplier les sources de revenus… au lieu de m’occuper de l’artistique, hors c’est la raison pour laquelle j’ai monté un label, donc ça n’aurait pas trop de sens. Le fait de ne pas me salarier décharge donc pas mal l’économie du label, ce qui me permet d’être très libre dans mes choix de sorties. Pour ce qui est des revenus du label ils proviennent essentiellement des ventes de disques et de merchandising, vu qu’on ne fait pas d’édition et qu’on ne touche pas de subventions.

Participez-vous à des événements ?

5 labels à découvrir pendant le Disquaire Day

 

De temps en temps oui. Je fais notamment le marché des labels indés à la Villette Sonique et le Disquaire Day au point FMR chaque année par exemple, des moments très cool pour rencontrer d’autres labels et le public.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

La Mécanique Ondulatoire ne fait plus de live malheureusement, mais c’était mon lieu préféré pour organiser (et voir) des concerts. Il reste le Supersonic et l’Olympic pour les concerts de nouveaux venus. Sinon le Point FMR ou la maroquinerie pour les plus grosses affiches.

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Plutôt bons je dirais… Mais on n’a pas le même rapport au public en tant que label qu’en tant que groupe en fait, on le rencontre peu. J’ai souvent de très bons retours de gens qui achètent des disques en ligne et prennent le temps d’écrire quelques lignes de remerciement pour le travail du label par contre, c’est cool et très encourageant. Sinon à part ça et quelques personnes rencontrées au hasard de salons, je suis un peu dans ma bulle en fait, je mesure assez peu l’impact réel du label et quel public il touche.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

La première est d’être pris au sérieux je trouve. Un label vaut pour ce qu’il apporte aux groupes, et quand tu débutes, c’est franchement compliqué, parce que tu n’as aucune crédibilité ou légitimité auprès des médias, programmateurs de salle… Ça prend beaucoup de temps et d’énergie de se faire une (petite) place donc c’est vite décourageant. Au-delà de ça, évidemment, il y a les difficultés liées aux faibles ventes de supports physiques, mais bon ça, ça ne touche pas que les indés, et je savais avant même de commencer que monter un label aujourd’hui n’était pas forcément l’idée du siècle.

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Honnêtement, de mon côté, aucun. Ou alors s’il y en a, c’est auprès des groupes, vu que je pars du principe que s’ils me confient leur travail, je dois faire le maximum pour le faire écouter et vivre. Mais au-delà de ça, je ne me sens investi d’aucune responsabilité en tant que label indépendant, je fais ça pour moi.

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Oui, totalement ! Du point de vue du public et des médias, c’est même son principal intérêt. Donc l’objectif est d’arriver à un point où les gens vont avoir assez confiance dans le label pour aller écouter systématiquement ses nouvelles sorties. C’est là que tu peux commencer à vraiment apporter quelque chose aux groupes je trouve. Et c’est ce qui fait tout le sel de la construction du catalogue : à chaque sortie, tu rejoues un peu ta crédibilité.

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

Ça dépend vraiment du type de label que l’on veut monter et de ce qu’on veut en faire en fait. L’étiquette ‘Label indé’ regroupe des structures complètement différentes, du micro-label de passionnés à la mini-major type Tôt ou Tard. Mais bon, pour la première option, c’est plutôt simple en fait : il faut être un peu débrouillard et aujourd’hui avec internet c’est très accessible de monter son propre label. Il faut juste en avoir vraiment envie, parce que ça prend vite beaucoup de temps. L’idéal pour commencer en tout cas c’est peut-être tout simplement de contacter d’autres labels pour demander conseil sur le fonctionnement ou des bons plans.

Quelles sont vos actualités ?

Côté sorties, la prochaine est un EP de Carambolage, un nouveau groupe rennais fondé par le batteur de Kaviar Special, Remi Peltier, dans une veine punk 80’s à synthés, en français, chose assez rare sur le label ! Ensuite il y aura le troisième album de Th Da Freak, le 8 mars. Pour les concerts, le prochain ça devrait a priori être la release party du nouveau Th Da Freak justement, le 27 mars au Point FMR. On sera de nouveau au Point FMR pour le Disquaire Day, on y tiendra un stand, le 13 avril il me semble !


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