Rencontre avec l’Impératrice : les ambassadeurs de la French Touch sont de retour

Deux ans après leur premier album, les six musiciens de l’Impératrice reviennent avec le clip de Fou, premier extrait de leur nouvel opus. Un single addictif, entre pop, disco et hip-hop, qui prouve que le groupe n’a rien perdu de son sens du rythme et de son charme rétro. Leurs secrets pour faire goover la chanson française ? On en a parlé avec la chanteuse Flore Benguigui et les claviéristes Charles de Boisseguin et Hagni Gwon.

 

Le clip de Fou, premier extrait du nouvel album de l’Impératrice.

Après un an et demi de tournée, vous voilà de retour pour un nouvel album. En quoi ce nouvel opus est-il différent du premier ?

Charles : À la différence de Matahari où on avait la pression et l’envie de bien faire, nous nous sommes donnés une liberté beaucoup plus grande sur cet album. Il est inspiré par notre tournée, et notamment par nos concerts aux Etats-Unis. Sur ce disque, on a exploré des harmonies différentes, on s’est autorisés à beaucoup plus mélanger les styles : disco, musiques de club, hip-hop, jazz.

Quels thèmes avez-vous voulu y aborder ?

Charles : Il y a un thème qui infuse tout l’album, c’est celui de la marginalité et de la norme. Cette dualité entre le fait qu’aujourd’hui, on veut tous être différents, avoir chacun sa petite particularité… Être original, c’est devenu une obligation, et ça finit par nous uniformiser. On passe notre temps à regarder nos téléphones comme si c’étaient des miroirs.

Comment l’écriture des paroles s’est-elle passée ?

Flore : Le plus important pour moi, c’est que ça sonne bien. À la base, je fais une sorte de yaourt avec des mots qui ne veulent rien dire, mais dont les sons vont bien avec l’instrumental. Et quand j’écris vraiment les paroles ensuite, je reste proche de ces sonorités qui me viennent naturellement. On ne fait toujours pas de la chanson à texte, mais sur ce deuxième album, j’ai essayé de faire plus attention à ce que je racontais. J’ai travaillé avec un super rappeur, Fils Cara, qui vient de sortir son premier EP. Avec lui, j’ai essayé de me lâcher un peu, de dire plus de gros mots ! Dans Matahari, le pire que je disais, c’était « imbécile »…

 

« On s’inspire directement de la musique nord-américaine, mais on en ressort  quelque chose qui sonne  terriblement français »

 

Depuis le début, votre musique emprunte beaucoup aux sonorités des années 1970. Vous diriez que c’est votre inspiration principale ?

Charles : Ce n’est pas du tout notre seule inspiration. Notre musique a cela de contemporain qu’elle mélange des codes issus d’époques variées. Si on avait dû faire Fou dans les années 1970, le titre aurait sonné complètement différemment : il aurait été strictement disco. Nous, on y a mis des refrains disco, mais avec des couplets beaucoup plus hip-hop.

Hagni : Dans le groupe, chacun a des influences diverses. Nous sommes trois à avoir une formation classique. J’ai commencé le violon à quatre ans et j’ai été violoniste professionnel avant d’intégrer l’Impératrice.

Flore : Personnellement, j’ai commencé par chanter du jazz, j’écumais les jam à Avignon puis à Paris.

Charles : Et moi j’ai commencé le synthé tout seul, peu avant les débuts du groupe. On est curieux de toutes les musiques qui sortent, mais je suis particulièrement inspiré par la nouvelle scène R’n’B soul californienne.

L’Impératrice © Gabrielle Riouah

Quels sont les albums que vous avez le plus écouté cette année, pendant la conception du vôtre ?

Hagni : Pour moi c’est Ventura de Anderson .Paak, et Igor de Tyler The Creator. Et puis il y a toujours System of a Down… C’est l’un des seuls groupes de mon adolescence que j’écoute encore.

Charles : J’ai aussi pas mal écouté Igor et Ventura. Et il y a un album d’Anderson .Paak auquel je reviens tout le temps : c’est Malibu, qui est sorti en 2016.

Flore : Si je regarde mon compte Spotify, j’ai l’impression que je n’écoute que des vieux trucs, du Ella Fitzgerald… Mais cette année j’ai aussi adoré l’album de Charlotte Dos Santos, celui des Free Nationals, et le dernier EP du groupe de pop japonais Sunset Rollercoaster.

Vous êtes inspirés par des sonorités américaines, funk, disco, hip-hop. Mais on peut aussi reconnaître dans votre musique un aspect « chanson française », avec cette petite voix à la France Gall qui s’impose sur des instrumentaux groovy.

Flore : On n’écoute pas beaucoup de la scène française actuelle. Mais c’est vrai que Michel Berger, ça nous plaît beaucoup, même si on  ne s’en inspire pas directement.

Charles : La démarche est la même puisque Michel Berger voulait s’inspirer de musique américaine. Les arrangements de piano, les cadences… Il a tout pris à Steely Dan ! Toute la variété française vient de là. Nous aussi, on s’inspire directement de ce qui nous a plu dans la musique nord-américaine, mais on en ressort  quelque chose qui sonne  terriblement français. C’est ce qu’on appelle « la French Touch », cette patte difficile à définir mais immédiatement reconnaissable. C’est lié à notre sensibilité, notre façon de vivre, notre culture de l’entertainment qui est tellement différente de celle des États-Unis ! Les Français ont de l’émotion, c’est ce qui fait leur charme. Les Américains, dans leur pop culture, vont bien au-delà de l’émotion. Il y a quelque chose de la performance, de la surproduction. Regarde ce qui cartonne aux États-Unis en ce moment : Lizzo, Billie Eilish, c’est le futur !

En tant que groupe, vous avez un rapport à l’image très particulier. D’abord ce nom, l’Impératrice, qui n’aide pas vraiment à vous identifier. Et puis le fait que vous ne vous montriez jamais dans vos clips, vos pochettes de disque. Pourquoi tant de mystère ?

Hagni : On est un peu nostalgiques de l’époque d’avant internet, où on pouvait écouter un groupe sans connaître la tête des chanteurs, pour peu qu’elle ne soit pas sur la jaquette. Quand j’étais adolescent, les Pink Floyd étaient mon groupe préféré, et pourtant jusqu’à mes 18 ans je ne savais pas à quoi ils ressemblaient. Je trouve ça magnifique, de connaître seulement des gens à travers leur musique.

 

Pendant le confinement, L’Impératrice publie chaque jour une vidéo musicale « faite maison ». C’est à découvrir sur leur page YouTube et sur Facebook

Le groupe présentera son nouvel album sur scène le 30 janvier 2021 au Zénith de Paris.