Rentrée culturelle : Sons

Jazz ou classique, les mélomanes vont s’en donner à cœur joie en cette rentrée 2015

La rentrée offrira d’emblée bien des come-backs et autres retrouvailles. A commencer évidemment par celles de Pete(r ?) Doherty et Carl Barât, à nouveau ensemble pour réamorcer l’histoire des Libertines. Leur concert au dernier Rock en Seine juste avant la sortie de l’album « Anthems for Doomed Youth » était évidemment l’un des moments les plus attendus du Festival. Au résultat, peu de surprises même si quelques nouveaux titres comme le très ska « Gunga Din » avaient déjà presque déjà l’allure des hymnes annoncés. Autre retour prompt à faire parler, celui du pionner de la French Touch St Germain. En retrait depuis ses succès phénoménaux du début des années 2000, il réapparaît aujourd’hui un album aux influences africaines inédites (le 9 octobre), à l’instar du couple électro-pop OMR, disparu depuis presque dix ans, qui revient avec un album éclectique, sombre et lumineux, « The Bright Side » (28/09).

St Germain (c) Benoit Peverelli

Dans la série renaissance, on notera encore celle du groupe Aufgang, qui s’il n’avait pas vraiment quitté nos écrans radar, avait dû faire face au départ en février 2014 du pianiste Francesco Tristano. Pas grave visiblement, à l’écoute du nouvel EP du désormais duo, porté par un titre éponyme, le disco et joyeux « Summer ». Mais notre plus grande joie sera sûrement d’avoir remis la main sur les Américains de Mercury Rev, plus entendus depuis 2008. Le bien nommé « The Light In You » (02/10) et son délicat titre de saison « Autumn’s In The Air » seront les meilleurs arguments pour démontrer les vertus de la patience. Au chapitre des très belles réussites aussi, on notera le nouvel opus des Rémois de The Shoes, « Chemicals » (02/10) plein de featurings bien pensés. Un hommage pas poussiéreux aux années 90, et des tubes incontestables, à l’instar de « Drifted » (avec Sage), et « Give It Away » (avec Postaal). Imparable.

The-Shoes (C) Romain B James

Le sublime album de Noiserv, de son vrai nom David Santos, « Almost Visible Orchestra » (30/10) nous fera quant à lui tendre une oreille vers la riche et méconnue scène de Lisbonne. Nul doute que son duo avec Cascadeur fera le boulot pour mettre sur lui la lumière qu’il mérite. Et puis, avec leur premier album « Times » (18/09) les tout jeunes Hyphen Hyphen quoique pas nouveaux venus, nous ramèneront chez nous (enfin, à Nice) pour nous montrer qu’il s’y passe de belles choses. Alors que Lou Doillon tient partout le haut de l’affiche pour faire avec « Lay Low » (09/10) ce qui est désormais reconnu comme du Lou Doillon, on sera davantage séduits par la sublime voix de Juliette Armanet ou celle, caverneuse, de Yan Wagner, sur un superbe EP du très électro Saycet, « Mirage B-Side » (09/10) capable de s’ouvrir joliment à d’autres influences.

Hyphen Hyphen (c) Fanny Schilchter

De leur côté, les amateurs d’intense négligeront les rejetons des Rita Mitsouko, Minuit, et voteront Bagarre (EP « Musique de Club » le 18/09) et Feu! Chatterton (16/10). Enfin, à la rentrée, il nous arrivera souvent de voir double. La faute à Ibrahim Maalouf qui sortira simultanément deux albums dont un, hommage à Oum Kalsoum (le 25/09) mais aussi à de très belles alliances inattendues, de Alela Diane et Ryan Francesconi (« Cold Moon » le 16/09) à Krystle Warren et Julien Decoret, réunis sous le nom de Joon Moon (EP « Cheers » le 09/10). Affaires à suivre.

Jazz

« Le Jazz est la seule musique dans laquelle la même note peut être jouée nuit après nuit tout en étant différente à chaque fois », disait le saxophoniste free Ornette Coleman disparu cet été. Une belle promesse que devraient tenir le chanteur soul Leon Bridges (8 septembre au Trabendo), et Dee Dee Bridgewater, qui poursuit sa tournée hommage au jazz de la Nouvelle-Orléans (23 septembre à l’Olympia). Le mois d’octobre sera tout aussi riche grâce au festival Jazz Sur Seine, entre le 9 et le 24, dans les clubs de la capitale pour y découvrir le pianiste Laurent Coq (13 au Sunside), ou le crooner Anthony Strong (16 au New Morning). Paris accueillera aussi le bluesman octogénaire John Mayall, de retour avec un disque assez tonique, Find A Way To Care (4 à l’Olympia), et le jeune accordéoniste en pleine ascension, Vincent Peirani (6 à la Cigale). Les amateurs de country folk iront voir un protégé de Jack White, Pokey Lafarge (15 à la Maroquinerie), les passionnés de légendes, le prestigieux bassiste Stanley Clarke (16, Maison de la Musique à Nanterre), et le bluesman Lucky Peterson, sur la lancée de son superbe album soul, The Son Of A Bluesman (19 au New Morning). L’Olympia demeure un haut lieu du jazz. La chanteuse Melody Gardot viendra y montrer cet attachement à la France qu’elle affirme dans ses interviews (26 et 27). Un mois plus tard, une autre grande voix onctueuse de soul jazz, Gregory Porter, se produit dans la célèbre salle du boulevard des Capucines (30 novembre).

Coq-Smith (C) Eric Garault 

 

Classique

Depuis l’ouverture de la Philharmonie de Paris en janvier dernier, la vie musicale classique penche à l’Est, et ce n’est pas la foisonnante saison qui s’ouvre lors d’un week-end Arvo Pärt, avec l’Orchestre de Paris, et Paavo Järvi (19 et 20/09) qui remettra en cause cette tendance. Mais il ne faudrait pas pour autant négliger les superbes propositions du Nouvel Auditorium de Radio France où l’Orchestre National et Daniele Gatti, puis l’Orchestre Philharmonique et son nouveau directeur musical, Mikko Franck, font leur rentrée (17 et 18/09). Les amateurs d’atmosphères plus intimistes prêteront attention à l’affiche de la Salle Gaveau : Jean-Philippe Collard y donne un récital (17/09) et les Concerts Parisiens de Philippe Maillard le premier concert de leur saison avec Damien Guillon et Café Zimmermann (6/10). Les mordus de musique de chambre guetteront par ailleurs les concerts de l’Auditorium du Louvre (le violoniste Chad Hoopes le 7/10) et ceux du musée d’Orsay (récital de Félicity Lott le 1/10), tout comme la saison de Jeanine Roze au TCE (un « Happy birthday Michel Portal ! » le 20/09), celle du Théâtre de la Ville (Benjamin Alard dans les Goldberg le 19/09) ou les découvreurs Concerts d’Esther à la salle Adyar (à part. du 26/09). Événement de l’automne, l’ouverture (21/11), à l’initiative du violoncelliste Jérôme Pernoo, du Centre musique de chambre de Paris dans l’écrin de la Salle Cortot va aussi faire des heureux.

 

Côté opéra, tandis que la Salle Favart et l’Athénée ferment pour de longs travaux, les amateurs de lyrique se tournent vers l’Opéra de Paris qui, après un mois de septembre plein de reprises (Madama ButterflyPlatéeDon Giovanni) confie le Moses und Aron de Schönberg à Romeo Castellucci et Philippe Jordan pour la première nouvelle production de sa saison (du 23/10 au 9/11). Au Théâtre des Champs-Élysées, la programmation lyrique démarre avec le Freischütz de Weber dirigé par Thomas Hengelbrock (14/09), suivi de L’Enlèvement au sérail de Mozart sous la baguette de Jérémie Rhorer (21/09), en attendant Theodora de Haendel avec Philippe Jaroussky et William Christie (10, 13, 16, 18 et 20/10).

Enfin, n’oubliez pas les ouvertures du Festival d’Île-de-France, au musée de Cluny avec l’Accademia del Piacere (11/09), et du Festival Marin Marais, au Temple du Foyer de l’Âme (11/09),  ni la seconde partie du Festival de Royaumont (du 3 au 11/10). Quant au Festival Terpsichore de Skip Sempé lancé l’an dernier, il prend de l’ampleur et s’impose désormais comme un incontournable rendez-vous pour les férus de musique ancienne et baroque (5-30/11).