San Fermin

On dit les Américains assez ignorants du monde au-delà de leurs frontières. Tout indique pourtant que des musiciens, en particulier à Brooklyn, ont une très bonne connaissance de l’Europe.

Prenez par exemple Ellis Ludwig-Leone, qui a baptisé son projet musical du nom d’une fête qui a lieu en juillet à Pampelune en Espagne : la San Fermín. Mais ici, avec deux chanteurs et six musiciens sur les planches, nulles espagnoleries ni espagnolades. En deux albums, San Fermin sort du lot de la sphère du rock indépendant avec des chansons qui déploient la grand-voile.

Ellis Ludwig-Leone a étudié la composition à l’université de Yale, et quelques orchestrations téméraires (trompette, saxophone, clavier) s’en souviennent. Pour autant, les manières de San Fermin ne sont pas académiques : la chanteuse Charlene Kaye sert une forme de pop baroque assez inédite (dont le single Jackrabbit) et Allen Tate, joli grain de voix grave, se fait crooner folk.
On lui doit les splendides The Woods, Emily (une des chansons de l’année ?), Astronaut, Reckoning et Billy Bibbit. Des séquences où San Fermin évoque assez l’indie folk orchestré de Lambchop, de Sufjan Stevens ou de Timber Timbre.

Quand il hausse le ton (Woman in Red), Allen Tate a un air de famille avec Matt Berninger de The National. Une ressemblance fatale pour le prescripteur Pitchfork qui, pour le coup, est passé d’un bout à l’autre à côté de son sujet…
En somme, cet album de quinze titres intitulé Jackrabbit (“lièvre”, en anglais) signale que Ellis Ludwig-Leone a de grandes oreilles et que, comme il le recommande dans la chanson du même nom, « il court vers les collines sans se retourner…. ». Quant à la première partie, les attachants Fuzeta, leurs mélodies rêveuses et voix mêlées évoquent l’Amérique de Bon Iver à Fleet Foxes. Beau plateau