Comment passer de Louis Chedid à Bambounou en 6 morceaux

Théorisés par le hongrois Frigyes Karinthy au siècle dernier, les six degrés de séparation reposent sur un principe simple : nous sommes tous liés sur cette Terre à travers six relations intermédiaires. Bien sûr, la règle vaut aussi pour les musiciens. De Carlos à Eminem, de Chantal Goya à Metallica, d’Enrico Macias à Aphex Twin : avec sa série d’articles Six Degrés, A Nous Paris vous propose de découvrir chaque mois comment passer d’un extrême à l’autre en six morceaux seulement.

 

De Louis Chedid à Bambounou : T’as beau pas être techno

Personnalité atypique de la chanson française, capable de nourrir son style de bossa, de jazz ou encore de pop synthétique, Louis Chedid est l’auteur de plusieurs classiques indémodables, tels que Ainsi Soit-il, Hold Up, T’as Beau Pas être Beau ou encore Boucbelair. Loin du monde de la variété, Bambounou appartient lui à la nouvelle génération montante de la techno hexagonale, avec des pépites taillées pour faire danser âprement les noctambules. Deux univers inconciliables ? Pas vraiment.

 

Louis Chedid – Enchanté 

1973 est une année qui voit sortir un paquet de futurs albums cultes (Innervisions de Stevie Wonder, The Dark Side of The Moon de Pink Floyd, Aladdin Sane de Bowie…). C’est cette même année que Louis Chedid sort chez Barclay son premier long-format, Balbutiements. Bien qu’il ne rencontre pas un grand succès auprès du public, le disque regorge de plusieurs pépites permettant de déjà se faire une idée de la douceur et de l’éclectisme de l’artiste, comme le morceau d’ouverture Textatan, mais aussi EnchantéSabot-Magot et Moi et mon Boeing. À la direction musicale et crédité sur de nombreux titres, on retrouve un certain Alain Labacci.

 

Renaud – Laisse Béton

Valeur sûre de la chanson française, le guitariste (et multi-instrumentiste) Alain Labacci a contribué à façonner plus d’un tube au hit parade. Collaborateur studio et live de Bashung, Dutronc, Eddy Mitchell, Pierre Vassiliu, Michel Jonasz ou encore Dick Rivers, Labacci a aussi beaucoup fréquenté Renaud. Sa science du banjo trouva notamment preneur sur le morceau titre du Laisse Béton de la « chetron sauvage » qui, dans les années 1970, portait encore l’étiquette de gamin de la banlieue de Paris.

 

Booba – Pitbull

La banlieue, le rappeur Booba en a fait son fonds de commerce. Pilier du hip-hop français « dopé au shit, à la soul, au riz, à la semoule », l’ancien complice d’Ali au sein du duo Lunatic a su construire une carrière solide en solo, nourrie de punchlines laissant ses concurrents sur le carreau. Pour autant, et même s’il affiche très souvent ses muscles, le Duc de Boulogne sait aussi jouer de la corde sensible et s’amuser de l’image qu’il véhicule. Meilleure preuve de son sens de l’autodérision, l’utilisation de la ligne de piano du célèbre Mistral Gagnant de Renaud pour son morceau Pitbull.

 

TTC – Dans le Club x Booba & Rim’K – Banlieue

Internet a de fantastique qu’il permet à certains titres « pirates » de nourrir de nombreux fantasmes. C’est ainsi que le morceau Banlieue réunissant Booba et Rim’K du 113 sorti en 2002 va connaître une seconde vie en devenant La banlieue débarque dans le club. Incluant également un couplet de Rohff tiré du C.B.R. de la Mafia K’1 Fry, ce mash-up à l’origine inconnue voit les rappeurs poser leur flow sur la géniale instrumentale du non moins culte Dans Le Club de TTC. Une façon de se faire rencontrer deux facettes du rap français trop souvent opposées : celle « authentique » de Booba, Rhoff et Rim’K, et celle plus underground et expérimentale des trois MC’s de TTC, toujours à la recherche de nouveaux défis musicaux à relever. Depuis, Rohff et Booba se sont brouillés et TTC n’existe plus, rendant impossible aujourd’hui une telle réunion sur microsillon. Au grand dam des amateurs du rap hexagonal.

 

Modeselektor – 2000007 feat. TTC

À l’inverse, si l’on devait citer un exemple de réunion réussie (et réelle) entre deux univers musicaux, nul doute que les multiples collaborations franco-allemandes entre le duo Modeselektor et TTC nous viendraient tout de suite en tête. Puissante, groovy et glitchée, la musique électronique vrombissante des berlinois Gernot Bronsert et Sebastian Szary sied à merveille aux lyrics pondus par Cuizinier, Teki Latex et Tido Berman. Une association qui donnera naissance à trois morceaux d’anthologie au fil des années 2000 : Dancingbox, Une Bande de Mec Sympas et ce 2000007 venu d’un autre monde.

 

Bambounou – Brim

En 2005-2006, alors que TTC terminait son aventure en sortant un dernier album plus pop que les précédents (3615 TTC), Modeselektor en commençait une nouvelle en montant 50Weapons, un label destiné à sortir 50 « armes » pour le dancefloor, ni plus, ni moins, avant de fermer ses portes. Autant dire que la sélection des artistes se voulait sérieuse de la part des deux associés. D’où la présence de Bambounou. Talent pur, d’une maturité folle dans ses créations techno/house malgré son jeune âge, le producteur parisien a multiplié les pépites sur 50Weapons, dont ce rugueux Brim, cumulant ainsi six maxis et deux albums (Orbiting et et Centrum), tous recommandables.