Stranded Horse

L’histoire raconte que Yann Tambour est tombé sous le charme de la sonorité de la kora, sorte de harpe africaine, lors d’un festival de jazz en 2003. Le son cristallin de l’instrument, dont le Normand devient petit à petit assez virtuose, reléguant dès lors la guitare folk au second plan.

Ainsi Stranded Horse, singulier projet dans le paysage musical français, métisse avec tact et finesse un folk moderne et des sonorités nomades, avec un faible pour le Sénégal. Sur Luxe, troisième album tout juste paru sur le label Talitres, le titre intitulé « Dakar », capitale du Sénégal, est d’ailleurs un climax gracieux où les arpèges de kora et de guitare s’harmonisent à merveille. En bon voyageur, Yan Tambour se montre polyglotte et passe de façon fluide de la chanson en français à l’anglais, sans que l’on soit heurté par un accent rugueux. Sur « Monde » et « Refondre les hémisphères », on remarque la voix d’air d’Eloïse Decazes (d’Arlt, qui assure d’ailleurs la première partie du soir), comme à l’unisson avec les visées célestes de Stranded Horse. En anglais, le disque s’autorise quelques fantaisies dont une « Ode To Scabbies » qui évoque les sympathiques Little Rabbits. On se souvient aussi que Yan Tambour, en reprenant sur d’autres disques The Smiths et Joy Division (méconnaissable « Transmission »…), a toujours gardé quelques accointances avec l’indie-rock. En somme, la belle palette sonore et les voix de Luxe ont le don de nous transporter, du paysage intérieur à la grande traversée, toutes voiles dehors. Stranded Horse se présentera au Centquatre en sextet. Yann Tambour sera accompagné d’Eloïse Decazes au chant, du joueur de kora sénégalais Boubacar Cissokho, du violoncelliste Gaspar Claus et des violonistes Carla Pallone et Christelle Lassort. Frissonnant.