L’aparté de la semaine : la bande son d’une époque épique

 

Romain Duris incarne Vernon Subutex
Romain Duris incarne Vernon Subutex dans la série de Cathy Verney © Canal +

 

La plus grande qualité de Virginie Despentes, au-delà de son style d’écriture et de sa capacité à incarner ses nombreux personnages, est certainement la force de sa narration pour nous ancrer dans une époque. Dans Apocalypse Bébé déjà, on avait l’impression d’être spectateur et acteur de sa prose, tant les détails et l’atmosphère nous étaient familiers. Avec Vernon Subutex, l’autrice est allée encore plus loin dans l’exercice en happant complètement ses lecteurs, pour les recracher trois tomes plus tard, encore abasourdis par la métaphore filée d’un personnage et de son entourage, vestiges paumés d’une époque post-crise qui a laissé sur le carreau de nombreuses industries et ceux qui les portaient à bout de bras.

Les inconditionnels qui ont dévoré les pages des livres au point de prendre un peu de temps pour se remettre complètement de leurs émotions, étaient ravis à l’idée qu’une adaptation voit le jour. Au final, chacun aura son avis sur la question. Sur la pertinence de la retranscription, le choix des acteurs, ou le parti-pris scénaristique de la réalisatrice Cathy Verney. Mais ce qu’il est certainement plus difficile à retirer à la série, c’est la justesse de sa bande originale et la façon dont elle est introduite dans l’histoire, incarnant à elle seule un pilier central de l’intrigue, que ce soit dans les écouteurs de l’ancien disquaire à la dérive, Vernon Subutex, les enceintes d’un studio, le tourne-disque d’une boutique ou la scène du Bus Palladium.

A force de 38 morceaux d’une playlist à grande majorité rock, on se projette nous-même ailleurs, le casque vissé sur les oreilles, le sourire aux lèvres et le pas assuré. Ce morceau bien particulier, il nous rappelle à nous aussi un lieu et ses détails un peu flous, une odeur dans ses moindres nuances, un visage et ses traits si singuliers, une euphorie collective, une situation vécue, dans laquelle on s’est senti en vie, ou au dépourvu. Triste, heureux, mélancolique ou déterminé. Un pan de vie entier. Une autre époque. Et à l’instar da la dernière scène du 9e épisode qui clôt cette saison, brillamment accompagnée par une version live de A New Error de Moderat, on n’est pas sûr qu’il faille se dire que c’était mieux avant. Il n’en reste pas moins qu’on ne sait pas trop non plus ce qu’on va faire à présent.


 


 

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