We Love Green : une programmation qui claque

Avec une programmation riche et variée, We Love Green vous assure un week-end musical de folie.

Seu Jorge 

Il est une vérité qui peut nous réjouir : David Bowie, disparu l’année dernière, va continuer à vivre, comme les Doors, les Beatles ou les Rolling Stones. C’est un champ imaginaire parfait pour des artistes lyriques. Le Brésilien Seu Jorge aime beaucoup le dandy anglais. Ce concert « The Life Aquatic », qu’il présente à l’Olympia, est parti d’une expérience cinématographique très belle dans un film de Wes Anderson, le metteur en scène flamboyant et romanesque de The Budapest Hotel. En 2004, Anderson tournait La Vie aquatique, portrait pastiche d’un océanographe inspiré du commandant Cousteau (bien avant le biopic avec Lambert Wilson), qui se référait à un autre mythe de la mer, Moby Dick. Le chanteur Seu Jorge y jouait un marin et, coiffé d’un petit bonnet rouge, interprétait plusieurs titres de David Bowie, en portugais et à la guitare acoustique, « Rock and roll Suicide », « Starman », « Life On mars ?», « The Jean Genie »…  Seu Jorge, né en 1970, fait partie de ces artistes cariocas ironiques et iconoclastes que nous aimons depuis la grande explosion de la musique brésilienne (années 1970). Le décès de Bowie l’a certainement convaincu de poursuivre sur scène son hommage, devant des écrans installés comme les voiles d’un bateau. Une traversée qui sera poétique.  
 

Justice

 

C’est littéralement la bonne surprise de cette programmation, puisque Justice a annoncé sa venue à We Love Green seulement le 19 mai dernier, soit à peine trois semaines avant le début du festival. La première des rares dates françaises du duo, de retour l’année dernière avec Woman, son troisième album et pourquoi pas son meilleur finalement, avec une année de recul… Un retour tonitruant en tout cas et un live de prestige pour Xavier de Rosnay et Gaspard Augé qui, on l’oublierait presque tant ils sont solidement implantés dans notre paysage musical, fêtent à peine leur première décennie de carrière. 
 

Nicolas Jaar


 

Le mot « génie » peut s’avérer très difficile à manipuler de nos jours, époque de la sacro-sainte immédiateté et qui nous y ramène sans cesse, mais qui empêche aussi parfois de voir les choses avec un peu de recul, il faut bien le dire. Pourtant on le choisirait bien pour qualifier le producteur américano-chilien Nicolas Jaar, parce que si l’on s’en remet à la définition du Larousse, le génie réside en une « aptitude naturelle de l’esprit de quelqu’un qui le rend capable de concevoir, de créer des choses, des concepts d’une qualité exceptionnelle ». On prendra alors à témoin son premier album solo, Space Is Only Noise, sa poésie dansante et ses murmures, ou le plus récent et envoûtant Sirens, sorti l’année dernière sur son propre label, Other People, qu’il a lancé à 21 ans à peine, et puis on repensera aussi au sensuel « Mi Mujer » ou à ses excursions bluesy sous le pseudo Darkside, avec le multi-instrumentiste Dave Harrington… On se dira que c’est brillant, exceptionnel et cohérent, et puis on écrira le mot. 
 

Solange

Après quatre ans d’absence, durant lesquels elle n’aura pas connu que des hauts, celle qu’on compare de moins en moins à sa grande sœur Beyoncé, est revenue à la rentrée dernière avec un disque aux ambitions aussi affirmées que son titre « A Seat at the table ». Accompagnée pour l’exercice, d’un casting impressionnant (Sampha, Raphael Saadiq, Andre 3000, Q Tip…), la diva y délivre un mélange de styles (soul, jazz, R’n’B, électro), de délicatesse et de détermination, en faisant passer les messages politiques et identitaires qu’il faut. 

 

Moderat

Bien plus qu’une simple équation réunissant en un mot-valise le duo Modeselektor (Gernot Bronset et Sebastian Szary) et Sascha Ring alias Apparat, le projet Moderat a quelque part pris le dessus sur leurs carrières respectives, s’avérant finalement être la parfaite symbiose artistique des trois producteurs berlinois. Un trio qui sortait l’année dernière son troisième album, sobrement intitulé III – pas illogique après I et II –, production la plus mélancolique du groupe qui n’en oublie pas évidemment sa verve électronique, un album « mélancolicotronique » donc, parce qu’on sait aussi faire des mots-valises. A noter que l’album en question a été conçu en collaboration avec toute une flopée de graphistes et qu’il est donc accompagné de très beaux visuels dans sa version live. 

DJ Koze

Né au début des années 90 de la cuisse du duo Fishmob qu’il partageait avec DJ Cosmic, héraut des écuries allemandes Kompakt et plus récemment Pampa Records – connue pour avoir entre autres réalisé les sorties de quelque Sophia Kennedy, Axel Boman ou Isolée –, prodigieux créateur des non moins prodigieux Kosi Comes Around en 2005 ou Amygdala en 2013, mais aussi docteur ès remixes particulièrement bien sentis – on pense notamment au « Jamelia » de Caribou ou au « It’s Only » de Matthew Herbert – le producteur allemand Stefan Kozalla alias DJ Koze a également brillamment passé le test de la mixtape DJ-Kicks il y a deux ans, faisant cohabiter Broadcast, Freddie Gibbs, Madlib et Daniel Lanois dans un savoureux cocktail de techno aux saveurs exotiques. Un cador qui sait tout faire, qui a vu du pays et dont le talent est toujours au rendez-vous, et donc un joyeux moment en perspective. 

Parcels

Qu’elle est rafraîchissante la pop de Parcels, qu’ils font du bien les refrains des Australiens ! A seulement dix-neuf ans et des brouettes le quintet établi à Berlin semble totalement maîtriser la formule pour sortir des tubes en un claquement de doigts ou presque, et une poignée d’EPs aura suffi à nous faire plier sous le charme de ces petits précis de feel-good songs que sont « Older », « Hideout », « Myenemy » ou « Gamesofluck ». On y trouve le groove de Jungle, la science de la pop de Phoenix mais surtout une insouciance qu’ils garderont longtemps on espère, un peu comme Peter Pan. Au moins jusqu’à leur premier album en tout cas. Et qu’ils ne couperont surtout jamais leurs tignasses. 
Samedi 10 juin. 
 

Jeremy Underground

Sa popularité, il la doit à une idée, un concept : faire revivre des morceaux de house oubliés, qu’il compile sur son label My Love Is Underground. Depuis trois ans, sa cote ne cesse de monter au fur et à mesure que clubbeurs et festivaliers sont conquis par ses sets enflammés, devenus une garantie de passer un bon moment. Il fait désormais partie des DJ’s les plus recherchés d’Europe, tout ça grâce à son digging fanatique de disques house des années 80-90. 

Agar Agar

Il y a un an, le premier titre d’Agar Agar, nouvelle signature du label Cracki Records, avait été plébiscité de partout. « Prettiest Virgin » un long morceau doux-amer où sur fond d’électro 80’s, se pose une voix de folkeuse nonchalante et presque désabusée, mais aussi piquante et enfiévrée quand elle invite à danser, le valait bien. Peu de temps après, son clip, pensé comme un mix de Windows 95, des Sims et de Sissy Spacek dans Carrie, dans lequel on aurait bien vu aussi quelque référence à Jeff Koons, Kraftwerk et Anish Kapoor faisait le reste, donnant une autre dimension au duo. Etudiants aux Beaux-Arts, arrivés presque par hasard dans la musique, Clara et Armand semblaient du coup bien avoir l’intention de révéler un véritable univers plutôt qu’une succession de chansons qui se ressemblent. Pari réussi avec leur premier EP, Cardan, un voyage entre Amérique fantasmée et vortex de synthèse, qui a de quoi surprendre par ses ruptures de ton et ses lâchages inattendus. Sur scène, Agar Agar sait aussi bluffer son monde par son assurance et la puissance vocale comme scénique de Clara. Une vraie petite claque.  

 

Anderson .Paak

Le jeune chanteur, rappeur et producteur de L.A., autrefois remarqué sous le nom de Breezy Lovejoy, avant d’officier sous son propre nom, a fini par être consacré en 2015 suite à sa participation à l’album « Compton » sous la houlette de Dr. Dre. Entre soul et hip hop, son dernier album, « Malibu » paru l’an dernier, est sublime. 
 

Amadou & Mariam

L’Afrique est à la mode ? Amadou & Mariam le couple star de Bamako rappelle que la créativité musicale du continent n’est pas nouvelle, en présentant avec le DJ James Stewart, The Bofou Safou Mixtape, un grand mix donc, qui rassemble plus de 30 ans d’afro-disco-funk, entre titres rares et pointures incontournables. Bofou Safou, qui désigne en bambara les jeunes qui aiment mieux danser que travailler, est aussi le nom du dernier titre en date des deux amoureux, qui prône les vertus du labeur, tout en donnant furieusement envie de gigoter. Un mot d’ordre tout trouvé pour une grosse fête en perspective.
 

Et aussi…

Perfume Genius, Richie Hawtin, Benjamin Clementine, ABRA, Jon Hopkins, Motor City Drum Ensemble, Damso, Kadhja Bonet, Frànçois & The Atlas Mountain, Action Bronson, Kelly Lee Owens, etc.