Yanis, l’art du grand écart

Ce jeune musicien et chanteur, à la fois discret et volubile, a tout le talent qu’il faut pour être bientôt très célèbre. D’autant que, fait assez rare, s’il apparaît aujourd’hui comme un nouveau venu, il s’était déjà taillé il y a quelques années, dans un genre certes assez différent, une vraie place dans le paysage pop français. Il revient aujourd’hui sans fard et sous son vrai prénom, Yanis. Plus qu’un retour, une révélation.

Quand on lui annonce que pour nous, il est « presque célèbre », Yanis trouve l’idée très juste, et ne revendique pas une seconde une gloire passée. Il sourit simplement d’être une sorte de cas « à part », puisque la célébrité reste une notion qu’évoquent souvent ceux qui viennent le rencontrer. En 2009, celle-là l’avait attrapé presque par hasard, alors qu’il n’avait que 20 ans et qu’il s’était inventé « un alter ego sans lequel il n’aurait pas osé créer ». Chevelure bouclée, grosses lunettes et costumes colorés, quelque part entre la pop anglaise et le manga japonais, c’est ainsi, derrière le personnage de Sliimy que Yanis Sahraoui a fait ses premiers pas dans la musique. Des covers et quelques compositions assorties d’une poignée de gifs « qu’on mettait des heures à faire à l’époque » postés en ligne, un concours de chant gagné – à Saint-Etienne – suivi d’un single et de petits concerts parisiens ; il n’en avait alors pas fallu plus pour qu’une major décide de miser sur lui et son univers coloré. « Pour moi, ça a été l’opportunité de faire la fête, de créer une immense fête, certainement celle que je n’avais pas eue quand j’étais enfant. »

De la musique avant toute chose

Orphelin à sept ans d’une mère qui aimait tout ce qui était show-off, « de Claude François à Michael » et qui l’encourageait à chanter, Yanis, qui lui dédie aujourd’hui son EP, se souvient d’avoir reçu alors l’affection du public avec gratitude. De cette époque, ainsi, il ne garde presque que de bons souvenirs. Il ne retient pas les critiques, « inévitables », mais atteste tout de même de la violence du « music business » : « J’ai toujours été conscient du fait que l’artiste était considéré comme un produit par les maisons de disques, mais « le produit » n’en est pas moins sensible. » Quand la question d’un second album de Sliimy se pose, Yannis préfère décliner l’offre de son label, et se retrouve de fait « abandonné par des gens avec qui il travaillait depuis des années ». Qu’importe, puisque l’expérience lui a offert des rencontres, et l’opportunité de se constituer sa propre famille artistique. C’est donc sans amertume qu’il sort de la lumière. « J’adore l’idée de disparaître. », dit-il en bon fan de Bowie et de ses multiples facettes, capable de citer aussi en vrac au titre de ses influences, Björk, Kate Bush, Warhol, CocoRosie ou Britney. La musique n’est pas oubliée pour autant, et de Berlin à Paris, il continue de créer, en chantant ou sur son iPad, en prenant – « un luxe ! » – tout son temps.

« Il suffit d’une chanson »

« Il suffit d’une chanson », répète-t-il souvent sans que l’on sache si celle-ci aura pour vocation à lui redonner l’envie d’avancer ou si elle lui permettra de renouer avec le succès. Reste que « la » chanson existe. Le bien nommé titre « Hypnotized » et son clip, où un groupe de gens (dans lequel il apparaît « sans en être la star » et où l’on remarquera la présence de Charlotte Le Bon) danse sous hypnose, fédère immédiatement. « Le jour où la vidéo a été mise en ligne, on était surexcités, on avait préparé un texte à envoyer aux journalistes qui voudraient éventuellement en savoir plus. On n’en a finalement pas eu besoin, parce que sans rien nous demander, de Tsugi à Santé Magazine, tout le monde en a parlé. » Par la suite, le titre a mené Yanis sur pas mal de plateaux télé, du « Grand Journal » à « Ce soir ou jamais ». On suppose dès lors un changement de trajectoire voulu et radical, qu’il balaye pourtant tout de suite sereinement : « Aujourd’hui, on m’invite au « Grand 8 » et sur France Inter. Je n’ai pas peur que ce que je fais devienne de nouveau populaire. Je veux bien sûr toucher un maximum de gens, mais ce qui m’importe surtout, c’est d’éviter les carcans. »

La note bleue

Le premier EP autoproduit de Yanis s’intitule « L’heure Bleue ». Un titre qui lui va bien, parce qu’il évoque la France comme le bleu Majorelle du Maroc dont il est pour moitié originaire, l’inspiration, et puis ce moment « entre-deux », comme une plage de réflexion avant le grand saut. Sur la pochette d’ailleurs, l’artiste apparaît sur le toit d’un immeuble dont il pourrait s’apprêter à s’élancer. « C’est que je ne sais pas ce qu’il va advenir de Yanis ! », rigole-t-il parce qu’il parle de lui à la troisième personne. Dans ses chansons d’ailleurs, il n’est question que de face-à-face avec l’autre ; la musique électro-pop aérienne appuyant la réflexion. Quand on l’interroge au sujet de son futur album, sur lequel il travaille avec son comparse, le toujours un peu mystérieux Apollo Noir, Yanis promet qu’il testera les prochains morceaux encore « in progress » sur scène, mais assure qu’au « planant » viendra s’ajouter le « dansant ». Un champ des possibles à expérimenter dès cette semaine, où on le suivra, pour une fois pas réfractaires à l’idée de le laisser nous hypnotiser.

EP L’Heure Bleue (Y&I Records), sorti le 12 février. En concert le 17 février au Badaboum, 2 bis rue des Taillandiers, 11è. Tarif : 15 €. A partir de 19h30.