L’aparté de la semaine : la parité d’une Ile

Le 24 octobre 1975, 90% des Islandaises (soit près de 14% de la population), travailleuses et mères au foyer, sont descendues dans la rue lors de la « journée sans femmes » pour prouver qu’elles étaient indispensables au bon fonctionnement de la société. Avec un des écarts de salaires les plus bas du monde (16,1% en 2016), les femmes ont néanmoins décidé de conserver cette date symbolique, en cessant de travailler à l’heure où elles ne sont plus payées par rapport à leurs homologues masculins.

Islandaises 24 octobre 1975 pour la parité en Islande
Défilés du 24 octobre 1975 © Women’s History Archives

 

Qu’en est-il de la parité en Islande et comment se traduit cet héritage dans le premier pays a avoir élu une femme à la tête du gouvernement au suffrage universel direct ? Nous sommes parties à la rencontre de trois personnes inspirantes qui font figure de modèle dans cette communauté insulaire pour voir comment le combat féministe continue aujourd’hui, à l’heure où les inégalités salariales existent toujours et où les femmes sont encore sous-représentées dans les postes stratégiques.

 

Áslaug Arna Sigurbjörnsdóttir, la force politique

aslaug Arna femme islande
© Baldur Kristjánsson

 

A 28 ans, Áslaug Arna Sigurbjörnsdóttir est l’une des plus jeunes femmes à faire de la politique en Islande. Militante depuis l’adolescence, elle fait aujourd’hui partie des 63 membres du parlement islandais, composé à 40% par des femmes. Elle y est chargée des affaires étrangères et de l’éducation. Avant d’être élue à 25 ans, cette diplômée en droit et représentante du parti de l’indépendance pour la circonscription de Reykjavik Nord, fût journaliste, policière ou encore pêcheuse. Avec sa poigne de fer, son regard droit et son franc parler, elle souligne avec assurance le rôle important des femmes en politique : « il n’y a pas vraiment de différence avec les hommes, si ce n’est qu’il faut parler plus fort et ne pas hésiter à prendre plus de place. Les femmes apportent une version différente de la politique. Elles mettent plus d’effort à trouver des solutions et des compromis », commente l’intéressée.

Concrètement, quelles sont les mesures qui ont été mises en place pour l’égalité ? Une loi de janvier 2018 oblige juridiquement les entreprises de plus de 25 salarié.e.s à payer à compétence égale, salaire égal. Malheureusement, comme le souligne la politicienne,« il est difficile de faire appliquer cette loi sur de petites entreprises qui se retrouvent à devoir augmenter les salaires les plus bas pour les mettre à niveau ». Côté congés parentalité,  le système actuel est constitué de 3 mois de congés pour la mère, 3 mois de congés pour le père et 3 mois à se partager.« Les femmes sont encore beaucoup reléguées à des métiers liés à l’enfance, à l’éducation ou à l’entretien, mais des progrès sont faits et les différentes mesures mises en place s’inscrivent dans une logique vertueuse de changement. C’est important pour la famille et pour le pays que les femmes travaillent autant que les hommes. Et elles n’ont pas peur de se battre pour leurs droits », nous confie cette passionnée dont la première loi proposée et votée fût pour la protection de femmes victimes de violences domestiques.

 

Salka Sol, l’artiste porte-parole

Salk Sol femme islande
Salka Sol © DR

 

Après une école de musique en Angleterre, Salka Sol est devenue la première rappeuse islandaise. Alors qu’elle se produisait à ses débuts lors de women rap nights, le succès de son groupe Reykjavíkurdætur (filles de Reykjavik) fût quasi immédiat. Une vidéo devenue virale plus tard, cette jeune femme solaire qui cite volontiers Charlotte Gainsbourg, Brigitte Bardot ou Sébastien Tellier comme ses coups de cœur français, est devenue le symbole d’un féminisme qu’elle n’avait pas du tout anticipé. « Les gens n’avaient pas l’habitude d’entendre ce type de paroles venant de femmes. Même les rappeurs ne nous aimaient pas. Quand je me suis rendue compte que j’avais une voix, je l’ai utilisée », raconte celle qui a toujours rejeté le diktat des talons hauts et qui n’a jamais hésité à parler d’acceptation du corps féminin et du droit d’avoir une sexualité revendiquée dans ses textes. « On avance petit à petit. Il faut des mouvements drastiques pour changer de petites choses. Alors on offense les gens pour aller de l’avant et pour que le sexisme s’éteigne avec l’ancienne génération. On a fait du chemin mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut s’arrêter », nous confie-t-elle. Et même si ses détracteurs lui reprochent d’être omniprésente dans les médias, cette artiste à la voix délicieusement éraillée multiplie les projets en étant à la fois jury de la version islandaise de The Voice, chanteuse du groupe de reggae Amabadama ou encore interprète du rôle de Ronya dans le spectacle pour enfant « Ronya, fille de brigand », de l’auteure Astrid Lindgren, qui se joue actuellement au théâtre National.

 

Hildur Yeoman, la femme sous toutes ses coutures

Hildur Yeoman femmes islande
Hildur Yeoman © DR

 

Hildur Yeoman a commencé par des études d’art mais s’est vite orientée dans la mode où elle se sentait plus libre, d’abord en se lançant dans l’accessoire et les shows artistiques, puis dans le prêt-à-porter. Dans un pays où les manufactures sont inexistantes, cette jeune styliste qui cite Christopher Kane, Valentino, ou Phoebe Philo comme références, a senti qu’il y avait une forte demande, là où les femmes n’avaient pas un choix très vaste pour se vêtir. Après le succès d’une première collection, cette personnalité timide mais déterminée grandit vite. Son ambition ? Habiller toutes les femmes islandaises quel que soit leur background et mettre en valeur les différentes morphologies, qu’il s’agisse de sa mère, d’une parfaite inconnue ou de Björk pour qui elle a réalisé une robe lumineuse pour l’un de ses shows. Avec un univers très poétique et narratif, chaque collection d’Hildur s’inspire de la nature islandaise, de fleurs, de sorcellerie et de potions magiques ou de récits de sa grand-mère, femme au foyer qui traversa les Etats-Unis avec une bande de bikers. Son conseil pour réussir dans ce milieu majoritairement féminin en Islande ? « Ecoute ta propre voix. Ce ne sont pas les autres qui vont faire les choses à ta place ».

 


Préparez votre séjour à Reykjavik


 

Un hôtel

Idéalement situé à deux pas du centre de la ville sur le port de Reykjavik, l’Hôtel Reykjavik Marina propose des chambres spacieuses à la déco contemporaine. Son restaurant est également une étape incontournable lors de votre séjour, notamment pour sa soupe de poisson ultra savoureuse, considérée comme l’une des meilleures de la ville.

 

Un lieu culturel

Si vous n’avez pas le temps de voir l’intégralité des joyaux naturels de l’Islande lors de votre voyage, le Perlan est l’endroit idéal pour tout connaître de la faune et la flore de l’île. Ancien réservoir où était stockée l’eau chaude d’origine géothermique, ce sublime lieu qui surplombe la ville propose une visite ludique mais également un panorama à couper le souffle, ainsi qu’un restaurant gastronomique qui tourne sur lui-même et qui offre une vue à 360° sur Reykjavik et ses environs.

 

Un restaurant

Parmi la multitude de restaurants proposant un aperçu de la diversité culinaire locale (Apotek Restaurant, Fiskfélagid – Fish Company101 Reykjavik Street Food) on vous recommande chaudement le très contemporain Reykjavik Meat. Ce steak house à la lumière tamisée saura vous séduire grâce à ses viandes de qualité, son grand choix de vins et de cocktails et son service souriant et professionnel.

 

Une balade

La ville de Reykjavik se visite facilement à pied. En partant de l’hôtel, rejoignez le centre pour flâner dans les quelques rues où sont concentrées la majorité des boutiques et attractions culturelles. Sur votre chemin, ne manquez pas le musée de la photographie, le très underground musée du Punk, la bijouterie Metal Design pour repartir avec un collier orné d’une pierre volcanique, la boutique d’Hildur Yeoman, l’église luthérienne Hallgrimskirkja et son architecture atypique, ou encore le voyageur du soleil, une sculpture en forme de bateau, en longeant le bord de mer, de retour de votre balade.

 

Un carnet d’adresses

Promote Iceland est un organisme qui vise à promouvoir le territoire islandais. Il est notamment à l’initiative du Serment islandais, une campagne invitant les touristes à respecter la nature et préserver l’environnement lors de leur voyage en Islande. Leur site recèle de conseils et de bons plans pour passer un bon séjour.

 

Aller en Islande

La compagnie Icelandair propose 3 vols par jour en été et de 1 à 2 vols en hiver pour 335€ TTC (ou 269€ avec bagage cabine uniquement). Reykjavik peut également être une étape pour un voyage aux USA puisque la compagnie vous propose de rester quelques jours sur place, sans frais supplémentaires, avant de reprendre votre voyage.

 


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