Tourisme brassicole : sur les traces de la Mort Subite

Force est de constater que la bière reprend ses lettres de noblesse depuis plusieurs années. Au coeur des événements et sur les tables, aux côtés de mets gastronomiques, ce breuvage longtemps relégué au rang de boisson rafraîchissante a toujours été entouré d’un imaginaire fort. Et pour cause, certaines brasseries en exercice depuis parfois plusieurs siècles ont un héritage qui laisse une grande place au récit, au savoir-faire et à une tradition qui ne se sont jamais perdus au fil du temps. C’est au coeur de Bruxelles que nous sommes partis sur les traces d’une brasserie emblématique de la région, la Mort Subite.

L’histoire commence en 1910. Théophile Vossen qui tenait à l’époque l’établissement La Cour Royale comptait dans sa clientèle de nombreux courtiers qui venaient tuer le temps en enchaînant des tournées et des coups de dés au « Pitjesbak », connu plus récemment sous le nom de 421. Quand il était temps de retourner travailler à la fin d’un repas, il était de coutume de procéder à la der des der, une partie en un coup qui déterminait qui allait payer la dernière tournée, d’où le nom de Mort Subite. L’expression étant rentrée dans le langage courant, Théophile Vossen rebaptisa son établissement « A La Mort Subite » et changea par la même occasion le nom de ses bières. Classé en 1928, le lieu n’a pas changé. Les peintures et le mobilier sont d’époque et l’agitation qui y régnait au début du 20e siècle est toujours palpable. Beaucoup d’acteurs de théâtre comme Michel Blanc y venaient régulièrement. Charles Aznavour y avait ses habitudes et Jacques Brel y occupait toujours la même place, non loin de l’entrée de la brasserie ou figure encore son portrait.


(c) Shehan Hanwellage

Pour connaitre les secrets de fabrication des différents brassins, c’est en périphérie bruxelloise qu’il faut se rendre, à Kobbegem, où Bruno, maître brasseur depuis 30 ans, nous ouvre les portes de la Brasserie Mort Subite. C’est ici que sont fabriquées les bières, avec une méthode de fermentation spontanée propre aux brasseries se trouvant le long de la vallée de la Senne, où sont présentent des levures naturelles dans l’air ambiant. De grandes cuves en cuivre sont installées dans un premier bâtiment où sont préparées les cuissons de céréales, de froment et de malt et où sont brassées des milliers de litres pour transformer l’amidon en sucre. Une autre partie de la brasserie accueille des dizaines de grandes cuves où sont fermentées les brassins. Certains sont vieillis en foudre, des énormes fûts de chêne qui permettent aux lambics de maturer et de donner lieux à des textures acides, à l’image de la kriek qui demande pas moins de 30 kilos de griottes pour 25 000 litres de préparation. C’est seulement après le mélange de différents lambics, des combinaisons minutieusement étudiées pour donner les saveurs des différentes bières, que le C02 est rajouté pour habiller leurs robes de pétillance et de leur col de mousse. 6g pour les bouteilles et 4,5g pour de la bière pression.


(c) Shehan Hanwellage

Ces grandes bâtisses aux briques rouges et blanches semblent traverser les âges et la tradition de fabrication de la witte, de la kriek ou de la gueuze y est conservée de manière intacte. Un des bâtiments inexploités pourrait bien, d’ici quelques années, devenir un musée de la bière et y accueillir une table d’hôtes afin d’allier les saveurs des différentes bières à des mets qui en feraient ressortir les plus beaux arômes.

Pour découvrir le nord de la France et la Wallonie sous un autre jour, optez pour une virée brassicole avec L’Echapée bière, une agence de tourisme spécialisée dans la bière et dans le patrimoine gastronomique local.