Versailles au cinéma : 5 films à ne pas louper

À l’occasion de l’exposition Les visiteurs de Versailles (à explorer jusqu’au 25 février au Château), retour en cinq films sur ce lieu qui a fasciné Sofia Coppola comme Woody Allen. À s’y promener, on croise aussi bien Isabelle Adjani que Léa Seydoux ou Kirsten Dunst.

 

Camille Claudel (Bruno Nuytten, 1987)

C’est au théâtre du Montansier, magnifique monument à l’italienne situé à quelques pas du château, qu’ont été été tournées certaines scènes de Camille Claudel. Le domaine du Roi Soleil fascine les cinéastes depuis les frères Lumière (Molière en 1909, L’Affaire du collier de la reine en 1911) et son architecture fut toujours associée à un idéal de beauté « starifiée » :  Danielle Darieux (Madame de…), Michèle Mercier (Angélique, marquise des anges) et Morgan (Marie-Antoinette, 1955). Là, cette féminité s’incarne en Isabelle Adjani, insolente artiste aux airs de tragédienne lyrique, « sculptée » par son idylle Rodin (interprété par Gérard Depardieu, qui foulait déjà Versailles du pied dans le Danton d’Andrzej Wajda). L’actrice retrouvera la dramaturgie de l’imaginaire royal dans la peau de la Reine Margot.

 

Valmont (Milos Forman, 1989)

Versailles, c’est l’harmonie. Celle du Salon des Porcelaines et de la Cour de Marbre. Mais c’est aussi le lieu des cruautés viles de la vie en société. Du libertinage, des jeux de l’amour et du hasard. Des Liaisons Dangereuses de Stephen Frears (1984) au Valmont de Milos Forman, le domaine national, hanté par les mots de Pierre Choderlos de Laclos, se dévoile en petit théâtre des passions aristocratiques. À l’aura fantasmagorique des décors se mêlent la sensualité des corps et le venin des vanités qui s’y meuvent. Versailles y exprime tout son attrait romanesque, socle d’amourettes et adultères marivaudes, d’intensité dramatique digne d’un opéra.

 

Marie-Antoinette (Sofia Coppola, 2006)

Des plafonds des Grands Appartements du roi émanent une singulière sensation de vertige spirituel. Ce vertige-là chez Sofia Coppola devient un vague à l’âme. Celui de l’envoûtante Kirsten Dunst dans l’iconoclaste Marie-Antoinette. Du mariage en pleine Galerie des Glaces à la révolution de 1789, on y suit les plaisirs opulents (gourmandises, garde-robe, baisers volés) et les déroutes mélancoliques de l’archiduchesse d’Autriche. Les déambulations dans les jardins du Trianon ont quelque chose du spleen adolescent dans cette relecture anachronique. Relecture où l’on parcoure 800 hectares en écoutant les balades new wave de New Order.

 

Les Adieux à la reine (Benoît Jacquot, 2011)

« C’est comme si je voyageais dans un pays merveilleux » susurre Léa Seydoux dans cette variation des derniers jours de Marie-Antoinette, perçue à travers le regard inquiet et admiratif de sa lectrice. D’où cette vision à la fois émerveillée et angoissée de Versailles. Celle d’une spectatrice impuissante vivant la « vie de château ». Sous le coup de l’ivresse, on danse dans la cour du palais. Dans le Grand Appartement de la reine, on se languit. Habitué par l’opulence, on constate à peine les immenses lustres, tableaux et statues dorées qui constituent les intérieurs de l’espace royal. Soudain, une vision d’horreur éclot des bassins : le cadavre d’un rat y flotte. Au sein de cette cage dorée résonnent les sonorités de l’oraison funèbre.

 

Minuit à Paris (Woody Allen, 2011)

Dans Midnight in Paris, on se délecte du noctambulisme d’Owen Wilson, explorant le temps d’un rêve éveillé les lieux iconiques de la capitale, dont l’atemporel Château. À Versailles, tout est spectaculaire. Du Salon d’Hercule (où sont représentés les Dieux olympiens) à la Chapelle royale. Mais l’humour de Woody Allen attribue à ce monument historique une légèreté salvatrice. Glisser du bassin d’Apollon à la Galerie des Glaces revient dans Midnight in Paris à éprouver ce que l’on ressentait déjà face à Manhattan : la contemplation pure entrelace le décalage comique, la magnificence sacrée épouse les contours d’une ironie burlesque.