10 livres à lire pendant les vacances d’hiver

Les mois de fin d’année, comme ceux d’été, sont toujours l’occasion de belles lectures renouvelées. On passe la saison neigeuse le livre entre les mains blottis au coin du feu pour les plus chanceux, emmitouflés sous la couette, un breuvage chaud posé tout près, et on voyage page après page avec cette sélection de 10 livres à lire pendant les vacances d’hiver.

 

Retourner dans l’obscure vallée, de Santiago Gamboa

 

Retourner dans l'obscure vallée de Santiago Gamboa (c) DR
Retourner dans l’obscure vallée de Santiago Gamboa (c) DR

 

Plusieurs voix, plusieurs histoires avec au centre, un hommage rendu à la poésie, à la littérature et à la vie. Parcourant l’Espagne et la Colombie, les existences qui nous emportent ici, sont marquées de violence, de douleurs, de complexité. Il y a la jeune Manuela à l’enfance désastreuse, Tertuliano et son esprit fou, la mystérieuse Juana et pour les soutenir tous, le consul, qui tente d’écrire un essai biographique sur Arthur Rimbaud. Chacune de ces voix est passionnante, et on ne saurait se priver de les écouter car elles ont l’intelligence de parler de notre monde. Le talent de Santiago Gambia, auteur colombien, qui fut aussi journaliste et diplomate, est tout simplement indéniable et rare.

Ed. Métaillé, Traduction François Gaudry, 2017, 447 p., 21€

 

 

Just Kids, de Patti Smith

 

Just Kids, de Patti Smith Couverture ed. Beaux Livres (c) DR
Just Kids, de Patti Smith Couverture ed. Beaux Livres (c) DR

 

Le désormais classique Just Kids de la musicienne et poétesse Patti Smith doit avoir une place dans toutes les bibliothèques, sur toutes les tables de chevet. Partout. Il peut même prendre davantage ses aises, lui qui vient de paraître au format Beaux Livres, fort de 84 illustrations parmi lesquelles nombre de photos prises par Robert Mapplethorpe. Ce Robert, cet artiste à qui Patti, cette plume incroyable, chuchote des souvenirs mêlant art, rock and roll, liberté, amour, poésie dans un New York 60-70 comme on n’en verra plus.

Ed. Denoël, Traduction Héloïse Esquié, 2010, 336 p., 20,30€ (Existe aussi en format Folio, Gallimard)
Album Beaux Livres, Ed. Gallimard, 2017, 352 p., 35€

 

Un privé à Babylone, de Richard Brautigan

 

Richard Brautigan (c) Michael Ochs Archives/Getty
Richard Brautigan (c) Michael Ochs Archives/Getty

 

Ce roman-là paru en 1977 est sous-titré « roman policier ». C’en est un mais d’une bien absurde et bien drôle manière. Janvier 1942, San Francisco, plongée dans la vie de C.Card, chômeur endetté qui accumule les galères mais persiste à se dire détective privé. Sauf que cette fois, ça y est, il est sur une affaire. La chance va tourner à condition qu’il ne pense plus à Babylone, terre-mère où s’égare sans cesse son imagination. Une intrigue folle, un style fluide, un humour tendre et sautillant qui emprunte à la parodie, tout cela dans ce livre du poète américain Richard Brautigan – génération Beatles et Beat Generation – dont il faudrait en fait, lire toute l’oeuvre.

Ed. 10/18, Format Poche, Traduction Marc Chénetier, 2004, 256 p., 7,10€

 

Le coeur cousu, de Carole Martinez

 

Le coeur cousu de Carole Martinez
Le coeur cousu de Carole Martinez

 

Les pages magnifiques du Coeur cousu de Carole Martinez ont eu dix ans cette année, mais ne devraient jamais mourir. L’histoire commence dans le sud de l’Espagne avec Soledad ; celle-ci raconte la vie de ses soeurs et surtout de sa mère, Frasquita Carasco, transmettant la magie, les croyances et les voyages. La mère a un don pour la couture mais son aiguille crée bien plus qu’on ne le croit ; elle donnera à ses enfants des pouvoirs sensibles qui façonneront la vie de chacun. Avec en arrière plan le paysage de l’Andalousie, on traverse ce livre avec émerveillement, s’attachant aux phrases où se déploie une force poétique et littéraire singulière, et aux personnages féminins qui contiennent en eux une vitalité et une profondeur telles, qu’on les sent vivre à côté de nous.

Ed. Gallimard, Collection Folio, 2009, 448 p., 9,40€

 

Mischling, d’Affinity K.

 

Mischling d'Affinité K (c) DR
Mischling d’Affinité K. (c) DR

 

Côté Actes Sud, la grande sortie fut celle du nouveau Don Delillo, Zero K, (à raison !), quand Mischling, premier roman publié en France de la jeune romancière américaine Affitity K., ne reçut pas autant de compliments (à tord !). Oui, le sujet peut rebuter, tout triste et déchirant qu’il est. Mais il faut lire ce livre car y survivent surtout tendresse, imagination et fantaisie. Avec une écriture et un regard d’une rare lueur poétique, Mishcling fait parler Pearl et Stasha, soeurs jumelles de 12 ans, prisonnières d’Auswitch et sujets d’expérimentation du « Zoo » de Josef Mengele, docteur nazi hautement cruel qui a bel et bien existé (d’ailleurs héros du dernier livre d’Olivier Guez, lauréat du Prix Renaudot 2017). Une magnifique et lumineuse histoire qui dit le lien incroyable entre deux enfants, qui portent en elles tous les disparus.

Ed. Actes Sud, Traduction Patrice Repusseau, 2017, 368 p., 22,80€

 

Vaches Noires, de Roland Topor

 

Vaches Noires, Roland Topor (c) DR
Vaches Noires, Roland Topor (c) DR

 

Il a été célébré cette année par la BNF à Paris au coeur d’une exposition hommage. Roland Topor, grand dessinateur français qui collabora à Hara Kiri ou Libération, était aussi homme de théâtre, de télévision, de cinéma animé, et, on le sait moins, écrivain. Auteur de romans, de pièces, de livres jouets, on retrouve sa plume toute en fantaisie et en cynisme dans Vaches Noires, un recueil savoureux de 33 nouvelles (écrit en 1996, publié à titre posthume). Il s’y déploie avec drôlerie l’imagination invétérée d’un homme qui usait de son art pour appuyer là où la société avait mal, et qui dénonçait le conformisme, l’hypocrisie et les tabous. Indispensable.

Ed. Wombat, Poche comique, 2017, 192 p., 7€

 

Blast, de Manu Larcenet (Bande Dessinée)

 

Blast L'Intégral - Tome 1, p.89 (c) Manu Larcenet
Blast L’Intégral – Tome 1, p.89 (c) Manu Larcenet

 

Il fallait bien pour cette fin d’année ce bel objet qu’est « L’intégrale » de Blast. Quatre tomes sortis entre 2009 et 2014 réunis en un seul à porter à deux, aussi lourd peut-être que l’est le personnage du grand dessinateur français Manu Larcenet. Polza Mancini, 38 ans, écrivain gastronome devenu vagabond après la mort du père, amateur de barres en chocolat et de gin, est accusé du meurtre d’une jeune femme. Dans un décor en noir et blanc où les nuances de gris sont multiples, Polza raconte ses dernières années de voyage solitaire et invisible aux enquêteurs. Un récit halluciné, où se croisent nombre de marginaux, d’une intensité et d’un sublime addictif.

Ed. Dargaud, 2017, 816 p., 49€

 

Vulnérables, de Richard Krawiec

 

Vulnérables de Richard Kraviec
Vulnérables de Richard Krawiec (c) Tusitala

 

Un livre « à tous ceux qui ont un jour été vulnérables, ou ont demandé miséricorde. Autrement dit, à nous tous qui partageons cette existence fragile ». C’est sur cette adresse que s’ouvre le deuxième livre publié de Richard Krawiec. Dans une Amérique de la fin des années 80, blessée économiquement, meurtrie socialement, Billy Pike, paumé en fin de droit, reçoit un coup de téléphone de sa sœur. Les parents se sont fait cambriolés, ou plutôt la maison est saccagée ; ils sont traumatisés, quelqu’un doit rester avec eux. Mais Billy n’est pas retourné dans cette banlieue pavillonnaire depuis longtemps… S’inspirant de la vie de familles, de personnes en marge, d’enfants, l’auteur nous pousse à regarder ce que nous ne voulons jamais voir vraiment, nous-mêmes et ce qui se joue autour. Un roman subtil et étonnant édité par une maison d’édition nécessaire.

Ed. Tusitala, Traduction Charles Recoursé, 2017, 226 p., 20€

 

Girls, d’Emma Cline

 

The Girls, d'Emma Cline (c) DR
The Girls, d’Emma Cline (c) DR

 

Californie, fin des années 60. « Le ranch était la preuve que l’on pouvait vivre à un niveau plus exceptionnel ». Y vivottent jeunes filles et jeunes garçons, le regard fixé sur Russell, chef mansonien de cette meute sans véritables ressources, et qui finira par faire la Une des journaux. Evie, adolescente qui n’a rien vécu et qui bouillonne de combler le vide, est toute hypnotisée par la liberté qui fait le mode de vie du groupe et fascinée par Suzanne, l’aînée insaississable à qui elle veut ressembler. Une obsession qui façonne une étrange atmosphère et conduit une narration envoûtante faisant du premier livre d’Emma Cline, une réussite indéniable et inspirée.

Ed. 10/18, Poche, Traduction Jean Esch, 2017, 360 p., 8,10€

 

C’est le coeur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood

 

Margaret Atwood (c) DR
Margaret Atwood (c) DR

 

Margaret Atwood, célèbre romancière canadienne, auteur de La Servante écarlate et Captive (dont les adaptations en série sont de vrais succès), a vu paraître cette année son tout nouveau livre. L’histoire de Stan et Charmaine, contraints de vivre dans leur voiture après la crise économique américaine et qui vont se laisser séduire par le projet Consilience, une petite ville coupée du reste du monde où le chômage n’existe pas, où ils n’ont à s’occuper de rien. Mais le système parfait n’existe pas et le couple se retrouve bientôt pris au piège. Un roman qui transpose une froideur étonnante et toute malicieuse, de celle qui s’installe quand on oublie de respirer. Haletant, donc !

Ed. Robert Laffont, Traduction Michèle Albaret-Maatsch, 2017, 450 p., 22€