5 beaux livres parus récemment

Qu’est-ce qu’un beau livre ? Un livre qu’il nous arrive de mettre sous une plante, qu’on glisse allongé dans la bibliothèque. Un grand et gros ouvrage qui prend la poussière sur la table basse mais qui parvient toujours à se montrer, à s’illuminer d’une manière ou d’une autre, devenant un livre que l’on admire et que l’on garde. Voici une sélection de cinq beaux livres qui devraient aisément s’imposer à vous.

 

Marilyn inédite, Milton H. Greene, 50 séances

Photo en noir et blanc de Marilyn Monroe à table
Taken from the book The Essential Marilyn Monroe, published by ACC Editions / Photographed by Milton H. Greene © 2017 Joshua Greene

 

« Un tribut intemporel à une beauté totalement unique ». Un livre Marilyn comme il n’en existe pas puisqu’il rassemble les clichés d’un grand photographe couleur, Milton H. Greene. Ce dernier collabora avec les magazines Look etVogue. Ce n’est pas une accumulation de portraits, ce n’est pas non plus un book, ni un ouvrage au goût de déjà-vu. C’est en fait le récit photo d’une collaboration de cinq ans. Et, finalement, l’histoire d’une amitié entre un photographe et une actrice.

En tout 400 photographies dont 284 images reproduites, parmi lesquelles 154 pour la première fois. « Reproduites », elles n’auraient pu l’être sans un travail de restauration considérable initié par le fils, Joshua Greene. Il s’est ainsi plongé dans les 50 séances Milton-Marylin. De la première « Mandoline » en 1953 à « la Séance en rouge » de 1957. Entre poses organisées et photos prises sur le vif (les magnifiques « Instantanés »), on retrouve les shootings « Ballerine » et « Séance en noir ». Deux des plus emblématiques du travail du duo. Des clichés en milieu naturel ou au coeur des décors de la Fox, costumé, fantaisiste, mais surtout emprunt de simplicité. Voilà Marylin Monroe, la vraie, femme divine aux yeux si expressifs devant l’objectif d’un Greene qui l’avait comprise.

Ed. Beaux Livres Flammarion, traduction Alexandra Maillard, 2017, 372 p., 42€

 

Fragilités

Femme allongée sur un lit avec le regard dans le vide
Bourse du Talent Fragilité, Delpire © Youqine Lefèvre #portrait

 

Le prix Bourse du Talent, qui sacre chaque année de jeunes photographes français et étrangers, s’est à nouveau métamorphosé en livre. Leur récompense devient la nôtre puisqu’il nous est permis de reconsidérer en images cet état de l’être et du monde qu’est la « fragilité ». Ce qui peut sembler vulnérable est à mettre du côté du précieux, de ce qu’il faudrait préserver.

La fragilité – au pluriel – c’était le fil rouge de cette édition 2017. Parmi les lauréats dont le travail est mis en avant : Chloé Jafé et son immersion dans le quotidien de yakusas (visible également dans le récent et très beau n°14 de la revue 6 mois), Youkine Lefèvre qui photographie les coeurs d’adolescents isolés, Laurent Badessi dont les réalisations ont un impact immédiat (il fait le portrait de jeunes américains avec leur arme à feu), ainsi que Myriam Meloni et son regard bleuté porté sur les migrants sub-sahariens confinés dans les enclaves marocaines. Dans cet ouvrage des éditions Delpire, les oeuvres s’affirment au-delà de ce que nous avons l’habitude de regarder. Elles soulignent ainsi l’importance d’un art photographique porté par des sujets actuels et fondamentalement ouverts sur le monde.

Les photos sont actuellement exposées à la BNF site François-Mitterrand jusqu’au 4 mars 2018 (en accès libre).

Ed. Delpire, 2017, 128 p., 30€

 

Egon Schiele, L’oeuvre complet 1909 – 1918 de Tobias G. Natter

Couverture du livre et page 131 du livre Egon Schiele
Cover of the French edition © Taschen / p. 131 Femme agenouillée en robe rouge orangé, 1910 © Leopold Museum, Vienna

 

Vienne, vers 1900. Entre « mélancolie et provocation ». À l’époque peu apprécié en Autriche, condamné pour ses nus et et ses dessins jugés immoraux, Egon Schiele, proche de Gustav Klimt, était pourtant cet artiste porteur de renouveau. Libres, vrais, vivants, mais aussi difformes, angoissés et sexualisés, les êtres pour Schiele se représentent sans voile. 221 oeuvres sont réunies dans ce gros (il pèse huit kilos) et beau livre (un papier magnifique). Autoportraits, peintures érotiques et féminines, maisons et paysages colorés sont exposés selon une présentation chronologique.

Cette dernière revient sur les débuts prometteurs, la construction d’une esthétique proche de l’Expressionnisme autrichien et les dernières années. Deux textes prolongent le tout : une analyse psychologique de l’homme Schiele et un focus sur le poète qu’il était. Un bel ouvrage en somme pour (re)connaître encore aujourd’hui un peintre au talent incomparable. Un maestro qui produisit plus de 3 500 oeuvres en à peine 10 ans de carrière, et qui mourut à 28 ans.

Ed. Taschen, 2017, 608 p., 150€

D’ailleurs, 2018 sera l’année Schiele, centenaire de sa disparition. Klimt, Koloman Moser et Otto Wagner, morts la même année 1918, seront également mis à l’honneur. Notamment au Léopold Museum à Vienne à partir de février. En France, la Fondation Louis Vuitton consacrera à Schiele une exposition dès octobre 2018, en résonance à celle pensée autour de l’oeuvre de Jean-Michel Basquiat qui s’étendra aux étages supérieurs.

 

Ce que le sida m’a fait d’Elisabeth Lebovici

Couverture du livre Ce que le sida m'a fait
Ce que le sida m’a fait, cover

 

L’historienne et critique d’art Elisabeth Lebovici traverse les années 1980 et 1990. De la France aux Etats-Unis. Et cela pour rendre visible la grande créativité artistique et activiste de celles et ceux qui refusaient d’être les oubliés d’événements qui les concernaient directement. Parce qu’affectés par le sida et/ou le deuil. Elle y raconte son expérience, s’impliquant personnellement pour témoigner. Mais elle met surtout en lumière la place que prirent les artistes et la force qui fut la leur à la fin du XXème siècle.

Un livre qui révèle par exemple comment les technologies inventées (le téléphone, le fax pour harceler massivement le gouvernement) furent utilisées pour créer et militer. Comment les représentations et les discours furent réécrits malgré la prégnance d’une censure par le silence. Ou encore comment les expositions se faisaient collectives. Les pages sont peuplées d’oeuvres (les photos de Mark Morrisroe, de Zoe Leonard, les tracs et affiches…), de noms (Nan Goldin, Philippe Thomas, Alain Buffard, Roni Horn, Richard Baquié), de références et d’entretiens qui parlent des luttes contre la maladie, contre le sexisme, l’homophobie et les inégalités. Elisabeth Lebocivi nous offre un texte nécessaire et brillant, récompensé par le Prix Pierre Daix 2017.

Coédition La Maison rouge – Fondation Antoine de Galbert & JRP/Ringier, « Lectures maison rouge », 2017, 320 p., 19,50€

 

Bystander, A history of street photography

Couverture du livre Bystander et photo issue du livre
Bystander Cover ©  Laurence King / Joel Meyerowitz, W. 46 St., New York City, 1976. Image © Courtesy of Joel Meyerowitz

 

Publié pour la première fois en 1994, le livre Bystander (« spectateur ») retrace une certaine histoire du genre de la photographie de rue. Pour cette nouvelle édition, il s’enrichit  de deux décennies supplémentaires. S’ajoutent aux photographies des grands Cartier-Bresson, Brassaï, Diane Arbus, Helen Levitt, Robert Frank, les oeuvres d’artistes contemporains talentueux. Comme Natan Dvir, Jonathan Smith ou Richard Bram. Des objectifs qui continuent de capturer la ville dans sa solitude et en mouvement, les passants pris sur le vif. L’ensemble s’offre comme une somme de clichés couleurs ou noir et blanc. Comme un regard sur des sociétés vues du dehors, une marche dans les streets de l’Angleterre, de l’Amérique, de l’Inde, de la France et d’ailleurs, de 1846 à 2017. Superbe.

Ouvrage en anglais, orchestré par Colin Westerbeck et Joël Meyerowitz.

Ed. Laurence King, 2017, 400 p., 68€