5 idées de livres pour un joli mois de mai

Ce week-end, derniers jours du mois de mai, on fonce à la librairie la plus proche pour s’offrir un livre lumineux et fleuri. Et plutôt que de se tortiller devant les étagères à ne pas savoir quoi acheter, on note les titres des cinq ouvrages de cette sélection dont on peut se délecter au soleil ! 

Dans la forêt, de Jean Hegland

Dans la forêt de Jean Hegland © Sam Ward
Dans la forêt de Jean Hegland © Sam Ward

 

La parution en format poche d’un magnifique roman écrit en 1996, qui nous transporte à 50km de la petite ville américaine de Redwood, Minnesota. Là, aux confins d’une clairière vivent Eva et Nellie, jeunes femmes ambitieuses : la première est une danseuse passionnée qui espère intégrer une compagnie de ballet classique, la deuxième est studieuse et rêve d’étudier à Harvard. Malgré leur ténacité, elles doivent mettre leur vie entre parenthèses alors que les alentours se font de plus en plus déserts, que les magasins se vident, qu’une pénurie d’essence s’installe et que les maladies menacent. Nellie raconte un quotidien où tout vient à manquer, qu’il faut nourrir de patience et de vigilance. Quand elles ne font pas l’inventaire des pièces de leur maison, mettant de côté ce qui pourrait devenir utile, elles s’occupent à soigner la substance de leurs rêves. Eva danse, Nellie lit et écrit. Mais dans un récit qui prend son temps, Nell se retourne sur le passé, la disparition de sa mère puis de son père, les soirées entre amis, les jeux de l’enfance, l’amour entre soeurs, les premières fois, puis les dernières. Jean Hegland écrit avec finesse et puissance ; la poésie est ici celle des détails, des émotions sensiblement dessinées, du souffle d’une forêt protectrice. Nous voilà transportés, accroupis devant un poêle dont se dégage la chaleur du feu, en compagnie de personnages dont le naturel nous fait croire à leur existence et renforce la nôtre.

Ed. Gallmeister (Totem), traduction Josette Chicheportiche, 2018, 380 p., 9,90€

 

Juliana les regarde, de Evelio Rosero

Juliana les regarde, d'evelin Rosero © A. Martin UW Photography/Getty Images
Juliana les regarde, d’Evelio Rosero © A. Martin UW Photography/Getty Images

 

Juliana est une petite voiture faisant du grand jardin un circuit, elle nourrit les canards, façonne mentalement animaux et créatures. Elle fait la fierté de son père, ministre d’un pays colombien bancal, mais insupporte sa mère, sans grande raison, et redoute que celle-ci ne la traite encore de garçon manqué. Juliana a dix ans et une imagination débordante, grandiose même qui envahit chaque phrase de ce récit qu’elle prend en charge pour dire son enfance au milieu d’adultes étranges qui font n’importe quoi, et pour dire Camila. Camila a presque son âge, barbotte avec elle dans la piscine et dégage « une fièvre éternelle ». Juliana voit en elle une lumière, mais on ne saurait décrire cette affection comme le fait Evelio Rosero. C’est-à-dire avec intensité, justesse ; on est surpris de lire des mots qui pointent aussi bien ce qui fait la naissance d’un premier amour. Il y a beaucoup dans ce livre et il ne faut presque rien en dire pour le conseiller, comme un secret qu’on garde pour soi, comme une tendresse qui nous fait souffrir et grandir, comme une ivresse qui nous dépasse.

Ed. Métailié, traduction François Gaudry, 2018, 144 p., 20€

 

Des Ailes au loin, de Jadd Hilal

Des ailes au loin de Jadd Hilal © Héla Chelli
Des ailes au loin de Jadd Hilal © Héla Chelli

 

Des ailes au loin est le premier roman de Jadd Hilal, un auteur d’ici et d’ailleurs, d’origine libano-palestinienne, né en Suisse, vivant à Lyon. Il dessine ici quatre destins de femmes : Naïma, Ema, Dara et Lila, chacune étant la fille de la précédente, la mère de la suivante. Entre la Palestine, le Liban, la Suisse et la France, voici un récit à plusieurs voix qui s’élèvent entre 1930 et le milieu des années 2000. Les chapitres s’égrainent, nos héroïnes racontant leurs vies et leurs fuites au gré des conflits, des exils qui font naître la nostalgie du lieu quitté, la perte de vue d’un ciel palestinien ou libanais qui ne peut plus protéger. Il faut de la délicatesse pour dire tout cela et une maîtrise encore plus grande pour façonner des caractères qui se complètent mais diffèrent, exprimant à leur manière le carcan familial, l’impossible insouciance, la responsabilité maternelle et le besoin furieux de vivre et de s’élever – malgré la dureté des pères, des maris et la violence du monde. Yalla !

Elyzad, 2018, 216 p., 18,50€

 

Madame la Présidente, d’Helene Cooper

Madame la Présidente, d'Helene Cooper / © Silvia Francia // Keystone/EPA/Nic Bothma
Madame la Présidente, d’Helene Cooper / © Silvia Francia // Keystone/EPA/Nic Bothma

 

« Au Libéria, la place d’une femme était au marché, à l’église, à la cuisine ou au lit. Mais une petite fille allait faire exception. » Ainsi, s’ouvre le livre d’Helene Cooper, grande journaliste, qui retrace la vie d’Ellen Johnson Sirleaf, devenue présidente du Libéria en 2006 – première femme présidente du continent africain – et dont la gouvernance a pris fin en janvier dernier. Son histoire, que l’auteure fait commencer à sa naissance, est étonnante. Mais elle ne peut être contée sans que s’y mêle celle de son pays, le Libéria, rarement évoqué dans l’actualité, dont les fondements sont marqués d’un paradoxe et d’une complexité décrits ici avec intelligence et clarté. Ce livre rythmé et équilibré se lit avec dynamisme et avidité, les étapes dans la vie d’Ellen transpirant de cohérence. S’y dessine la personnalité attachante d’une femme insoumise et rebelle, persuadée de devoir lutter pour son pays. Elle n’a cessé d’avancer, se faisant d’abord une place dans la hiérarchie de la finance planétaire avant d’être assignée à résidence, puis emprisonnée et enfin de remporter les élections. Commence là le plus dur peut-être : gouverner. Nous vous laissons découvrir comment Ellen a fait. Helene Cooper évidemment, raconte tout cela à merveille.

Zoe, traduction Mathilde Fontanet, 2018, 448 p., 23€

 

Anthologie Misty

Anthologie Misty
Anthologie Misty

 

Misty était une revue BD britannique à grand tirage qui paraissait à la fin des années 70 et offrait un bain de surnaturel et d’horreur sans chichi. Cette année, Délirium en propose une anthologie qui regroupe plusieurs histoires, à l’origine publiées en feuilleton. « Histoires fantastiques que vous auriez rêvé lire, adolescente » nous annonce-t-on et c’est vrai qu’il y a quelque chose d’exquis dans ces pages aux dessins tout d’un noir et blanc vintage et angoissant. Le contraste accentue le cauchemar quand la finesse des traits fait l’expressivité des visages… Les jolies héroïnes des différents récits, curieuses et tenaces, sont en prise avec leur esprit : Rosemary est doté d’un étrange pouvoir qui lui vaut la maltraitance de sa mère et les moqueries de ses camarades, Eve se réveille à l’hôpital, amnésique, face à des parents bien silencieux sur les circonstances de son accident.. jusqu’à ces rêves étranges qui lui font douter de son identité. Quant à Jan, elle se retrouve contrainte de vivre dans une tour lugubre et inquiétante dont les premiers habitants ont disparu et, dès le premier soir, elle a des hallucinations. C’est di-vin ! On l’offre à sa mère sans crainte mais on lui pique dès qu’elle a fini.

Délirium, 2018, 176 p., 24€

 

 

 

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