5 jeux que nous inspirent les artistes

Les musées sont fermés, certes, mais pourquoi ne pas puiser dans le patrimoine artistique des idées pour égayer notre confinement ? Bien souvent au cours de l’histoire de l’art moderne et contemporain, les artistes se sont amusés à créer des jeux improbables… La preuve en 5 exemples, à se ré-approprier sans complexe ! 

Les cadavres exquis surréalistes

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© Philippe Migeat – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP© Adagp, Paris, © Succession Jacques Hérold/Adagp, Paris, © SDO Wifredo LAM-DR, Adagp

 

Qui, quand, comment ? Les « cadavres exquis » ont été inventés par les Surréalistes vers 1925, selon le principe suivant : avec pour tout matériel une feuille et un crayon, plusieurs convives sont invités à dessiner ou écrire chacun à la suite des autres, sans connaître ce qui a été précédemment fait. Le Dictionnaire abrégé du surréalisme le définit ainsi : « Jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes« . Depuis, des romans entiers ont été écrits sous la contrainte de ce drôle de jeu !

Chez vous ? Les « cadavres exquis » ont le chic d’être connus de tous, tout en ayant parmi ses joueurs des personnalités telles que Jacques Prévert (co-créateur du jeu), André Breton, Max Ernst et Frida Kahlo… Un casting plutôt chic, qui ne doit pas vous empêcher de vous en donner à cœur joie : dessinez, pliez la feuille en laissant dépasser un minuscule morceau de votre dessin, et celui ou celle qui prendra la suite pourra, à son tour, agrémenter la chose et créer un fabuleux monstre au corps hors-du-commun. Les littéraires préféreront la version en mots, qui nécessite aussi de plier le papier mais sans laisser cette fois-ci d’indice !

Les postures d’Erwin Wurm

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© Exposition Erwin Wurm Photographs à la MEP

 

Qui, quand, comment ? Certains s’y sont peut-être rendus juste avant le début du confinement : l’exposition que consacre la Maison Européenne de la Photographie (Paris 4ème) à l’Autrichien Erwin Wurm du 4 mars au 7 juin est une réussite, qui nous fait découvrir toute la fantaisie photographique d’un artiste épris de sculpture. Le médium lui permet de figer d’explorer une pratique de la sculpture vivante via des postures improbables, qui mettent le corps à l’épreuve d’une plasticité de l’étrange et de l’insolite : les One minute sculptures. La MEP a eu l’idée géniale d’inviter le public à, lui aussi, entrer dans la danse. Faire tenir des livres en équilibre sur son corps ? Se plier en deux, imiter un chien ? Voilà donc ce qui vous est proposé, rompant définitivement le rythme tranquille de la contemplation.

Chez vous ? Inspirez-vous d’Erwin Wurm et utilisez tout ce que vous avez à portée de main pour faire l’expérience de votre corps et de ses possibles. Sortez fourchettes, carnets, fils, tasses et revues de vos placards, et tâchez d’en faire les accessoires de poses peu ordinaires. Pour, à votre tour, explorer les possibles et les limites de votre corps et de son équilibre. PS : n’oubliez pas de prendre quelques photos de ce jeu épique !

 

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© Erwin Wurm

Les coloriages d’Inès Longevial

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© Inès Longevial

 

Qui, quand, comment ? Elle est née en 1990 et, comme nous tous, est soumise au confinement. La Parisienne Inès Longevial est une jeune peintre contemporaine, qui pratique une figuration mélancolique, à base de visages ornés et de poses silencieuses. Elle a récemment eu l’idée de donner libre accès à 6 de ses dessins, à colorier à volonté, en précisant : « Pour vous amuser, vous donner un peu d’amour et de poésie, voici un lien  pour télécharger mes dessins à imprimer et colorier. Assurez-vous de colorier en dehors des lignes et envoyez-moi le résultat. »

Chez vous ? Rendez-vous sur l’Instagram de l’artiste ou directement sur ce lien, disponible dans sa « bio« , imprimez les feuilles et faites-vous plaisir ! Et rappelez-vous que les coloriages ne sont pas uniquement destinés aux enfants, et sont très efficaces contre les effets du stress…

La maison à dessiner de Pénélope Bagieu

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#Coronomaison © Tim / Pénélope Bagieu

 

Qui, quand, comment ? En pleine promo pour sa dernière bande-dessinée Sacrées sorcières (Gallimard, 2020), l’autrice Pénélope Bagieu (née en 1982) a elle aussi dû stopper brutalement ses activités pour se confiner chez elle. Le 15 mars, elle lance une idée sur Twitter, « Ça vous dit de faire cadavre exquis géant en dessin, les gens qui dessinent ? Pour s’occuper« . L’adhésion est immédiate : un illustrateur nommé Tim conçoit le template de l’étage vide d’une maison, simplement occupé par deux escaliers. L’idée ? Que les dessins réunis forment, ensemble, une maison géante. Quelques jours plus tard, ils sont très nombreux à avoir apporté leur pierre à l’édifice : Julien Neel, Emma, Boulet…

Chez vous ? Ne soyez pas timides ! L’exercice n’est bien sûr pas réservé aux dessinateurs, et peut s’adresser à tout un chacun. Imprimez le template, et remplissez-le à votre guise. À une seule condition : restez chez vous !

Dessiner avec son enfant par Roland Topor

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Nicolas et Roland Topor, Point d’interrogation, 1972, encre sur papier, 15 x 13 cm


Qui, quand, comment ? 
En 1972, le génial Roland Topor (1938-1997) publie le livre Un monsieur tout esquinté, dont les dessins sont réalisés par lui et son fils Nicolas, âgé de 5 ans à l’époque. Ode émue à la créativité des marmots, Un monsieur tout esquinté a inspiré en 2018 une exposition de dessins signés par des parents artistes et leurs enfants, à la galerie Anne Barrault. Forte de cette première expérience, la galerie a décidé d’en reprendre le principe pendant le confinement et d’ouvrir un compte Instagram dédié aux dessins parents-enfants, intitulé Mon enfant peut en faire autant. 

Chez vous ? L’invitation ne nécessite, encore une fois, qu’une feuille et quelques crayons : « Bienvenue donc aux enfants de tous âges, et parents, tantes, oncles, voisines, voisins, grandes sœurs et grands frères…, nous attendons vos réalisations avec impatience à cette adresse : info@galerieannebarrault.com » La galeriste proposera ensuite une exposition virtuelle des dessins en les publiant sur son compte Instagram. Classe ! On s’y met ?