6 livres à s’offrir en avril : sélection Polars

Alors que s’ouvrent en France divers festivals et événements littéraires autour des genres du polar, du roman policier, du thriller, voici une sélection dans laquelle s’agitent de bons mots. Suspense, enquête, ivresse, meurtre et injustice nourrissent des livres auxquels nous sommes restés scotchés. Des histoires inventées ou retracées, entre fiction et non-fiction.

 

La Daronne d’Hannelore Cayre

La Daronne, d'Hannelore Cayre - Couv.

La Daronne, d’Hannelore Cayre – Couv.

Patience Portefeux a 53 ans et une vie merdique. Elle qui voulait devenir collectionneuse de feux d’artifice a subi les magouilles de son père, la mort de son mari et exerce un métier de traductrice-interprète judiciaire assez mal payé. Sans compter qu’elle doit maintenant s’occuper de sa mère, « juive intrépide » survivante des camps nazis, égoïste et agressive, qu’elle a dû placer en EHPAD.

Sollicitée par la brigade des stupéfiants de Paris, Patience traduit de l’arabe au français des écoutes téléphoniques pour des enquêtes liées au trafic de drogues et au grand banditisme. Rien de très réjouissant mais elle préfère encore ça aux dossiers sur le terrorisme. En ce moment, c’est une affaire avec des Marocains qui l’occupe. La routine. Sauf que la mère du fils trafiquant est une aide soignante attentionnée qui travaille au mouroir de sa mère. La suite… pèse plus d’une tonne de shit. Hannelore Cayre, avocate pénaliste, a un authentique talent et une singularité qu’on adore. Sa Daronne – héroïne au cynisme savoureux, froide mais tout autant sensible et drôle – est une narratrice des plus parfaites.

Ed. Métailié, 2017, 176 p., 17€

 

Quelque part entre le bien et le mal de Christophe Molmy

Quelque part entre le bien et le mal, de Christophe Molmy, Couv.
Quelque part entre le bien et le mal, de Christophe Molmy, Couv.

 

On court ici les rues de Paris selon différents points de vue. Celui de la police et celui de ceux qu’elle recherche. Tous sont amenés à se croiser. Philippe du 36, quai des Orfèvres face à Stéphane et Frank, braqueurs manouches qui mordent la vie à pleines dents. Coline, jeune brigadier d’un commissariat de banlieue, elle, sur la piste d’un tueur en série qui s’en prend à des jeunes femmes. Un tueur qui n’arrive pas à tenir son monstre, son chien noir – personnage peut-être le plus intéressant, dont l’identité nous reste cachée longtemps.

Car Christophe Molmy, en plus de maîtriser son écriture, a le sens du suspense. Lui-même du métier, agent de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), il décortique la fièvre, l’adrénaline, l’intuition, le lâcher prise… Autant de sensations et manifestations physiques et mentales qui façonnent l’ivresse ressentie par chacun des personnages. Avec justesse et réalisme, il s’attarde aussi sur les rapports humains dans un déroulé des évènements pourtant incessant. Les nuances sont chères à l’auteur – qui n’a pas choisi son titre au hasard – et font la qualité de ce deuxième roman sélectionné par plusieurs prix.

Editions de La Martinière, 2018, 352 p., 19€

 

Les Soeurs de Fall River de Sarah Schmidt

Les soeurs de Fall River, de Sarah Schmidt, Couv.
Les soeurs de Fall River, de Sarah Schmidt, Couv.

 

Fall River, 4 août 1892. Un double assassinat sanglant vient d’avoir lieu et occupe tous les esprits. On l’avait vu venir ; dès les premières pages, quelque chose clochait gravement derrière les murs de la maison des Borden. Le sang du père, Andrew, et celui de la belle-mère, Abby, s’écoulent sur le sol. Pour ce qui est du coupable… Lizzie, la plus jeune des filles, n’a rien vu. Emma, sa soeur, était absente. Tout comme l’oncle John. Bridget, la bonne, perdue dans son ménage, n’a rien entendu. Pourtant il est presque impossible qu’un inconnu ait pu s’introduire dans la maison. Et les tensions familiales étaient telles que les mobiles ne manquent pas.

L’histoire se construit autour des récits respectifs de chacun des personnages. Par chapitres interposés, ils se répondent et reconstruisent peu à peu un puzzle inspiré d’un fait réel. Sarah Schmidt a le don pour constituer une atmosphère à couteaux tirés. Finesse des mots et des personnalités, elle fait même exister la maison qui semble trembler, imprégnée de mort. On salue la subtilité de la narration toute nourrie de jalousie, de cruauté, d’une haine sourde que seuls les regards laissent paraître. Le tout enveloppé d’un parfum de poire, de ragout de mouton et de sang séché. Un régal !

Ed. Rivages, traduction par Bach, 2018, 360 p., 23€

 

La femme à la fenêtre d’A.J. Finn

La femme à la fenêtre, d'A.J. Finn, Couv.
La femme à la fenêtre, d’A.J. Finn, Couv.

 

Anna Fox regarde de vieux thrillers et films noirs classiques. Elle joue aux échecs et prend des cours de français en ligne. Elle fait la psy sur un forum auprès de personnes inconnues, et espionne ses voisins. Pédopsychiatre de métier, elle vit seule dans une maison de Harlem dont elle n’est pas sortie depuis près d’un an. En cause, une puissante agoraphobie. Son mari, Ed, dont elle est séparée et sa fille, Olivia, sont partis vivre ailleurs. Depuis, elle suit un traitement médical qu’elle accompagne de nombreux verres de Merlot. Lorsqu’arrivent de nouveaux voisins, les Russel, Anna, évidemment, les regarde s’installer et prolonge son indiscrétion lorsque le fils vient se présenter et la mère boire quelques verres avec elle. Les jours se suivent, jusqu’à ce qu’Anna entende un cri venant de la maison nouvellement habitée.

Là se joue l’essence du crime. Mais un crime dont il s’avère bien difficile de témoigner tant le monde extérieur persiste à dire qu’il n’a pas eu lieu. A croire qu’on voudrait faire passer Anna pour une folle. Le serait-elle vraiment ? Dès lors, les pages se tournent bien vite. Avec ce premier roman – déjà traduit dans 38 langues et en train d’être adapté pour le cinéma – A.J. Finn, éditeur et journaliste américain, laisse toute la place à son attachante héroïne et à son histoire rudement bien menée. Nous voilà, les mains attachées à un thriller qui a toutes les qualités du genre. Parfois, c’est aussi simple que ça et il n’y a rien à dire de plus.

Ed. Presses de la Cité, traduction Isabelle Maillet, 2018, 528 p., 21,90€

 

Surdose d’Alexandre Kauffman

Surdose, d'Alexandre Kauffmann, Couv.
Surdose, d’Alexandre Kauffmann, Couv.

 

Voici ce qui serait un polar du réel. Alexandre Kauffmann, journaliste reporter, a suivi en immersion pendant plus d’un an (entre 2016 et 2017) l’unité Surdoses de la brigade des stupéfiants de Paris. Un groupe de sept personnes appelé lors de la découverte d’un corps sans vie, décédé d’une intoxication aiguë, d’une overdose – des traces de cocaïne, de crack, d’amphétamines ou autres substances illicites, déclarées responsables. Pourtant, il y a toujours un autre coupable à appréhender. Derrière les victimes, des dealers, des revendeurs qu’il faut retrouver et incriminer. Un business, un trafic qu’il faut briser – même s’il semble toujours renaître – pour prévenir les intoxications.

Interrogatoires, garde à vue, interpellations, filatures, Alexandre Kauffmann a tout expérimenté au moment où l’unité enquêtait sur la mort d’un formateur en informatique, d’une jeune fille et d’un dentiste. Et il nous dévoile tout. De son regard subjectif restant au plus près du réel, il écrit un livre miroir de nos “addictions contemporaines”, jusqu’à parler de ses propres soirées d’ivresse et de perte de contrôle. Un reportage au long court qui se dévore et qui nous amène à appréhender le quotidien d’enquêteurs qui fréquentent les êtres qui ne vivent plus.

Editions de la Goutte d’Or, 2018, 275 p., 17€

 

La note américaine de David Grann

La note américaine, de David Grann, Couv.
La note américaine, de David Grann, Couv.

 

Nous sommes aux Etats-Unis, en Oklahoma, en 1921. Devant nous les terres étendues d’une communauté amérindienne, les Osages. Là habitent différentes familles de cette tribu et des Blancs, parmi lesquels des pionniers avides. Ce territoire renferme en fait le plus grand gisement pétrolifère des E-U. Les Osages, ainsi considérés comme des propriétaires fortunés, font l’objet de nombreuses menaces. Entre 1921 et 1926, c’est même un « Règne de la terreur » qu’ils subissent – empoisonnés, abattus pour leurs titres d’exploitation. Vingt-quatre assassinats feront l’objet d’une enquête de plusieurs polices, jusqu’à ce que des agents du Bureau fédéral d’investigation (FBI) soient dépêchés sur place par son directeur d’alors, le terrible J.Edgar Hoover.

Ce sont ces quatre années, du premier meurtre aux procès des coupables, que raconte David Grann. Une histoire incroyable dont l’évolution nous est parfaitement retranscrite et la chaîne des événements finement reconstituée. Nourri d’archives, de témoignages, de documents divers, de photos, il assemble les éléments d’une enquête du passé tout en menant la sienne et redessine les contours d’une terrible affaire presque oubliée. Ce livre est un vrai polar dont la réalité toute glaçante et inimaginable nous saisit jusqu’à la dernière page.

Edition du Globe, traduction Cyril Gray, 2018, 352 p., 22€

 

 

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