A lire : notre sélection de livres pour être iconoclaste

Désolé, votre profil ne correspond pas à ce que nous recherchons… Ah la jolie phrase qui nous fait sentir différent et inadapté au monde ! Heureusement, la singularité fait légion en littérature. Voici 3 livres écrits par des femmes exceptionnelles, qui n’ont jamais suivi la norme et se construisent en marge. En les lisant, vous vous sentirez iconoclaste et n’aurez plus du tout envie de rentrer dans le moule. Bonne lecture !

Les extravagants, d’Aurélia Alcaïs

livres pour être iconoclaste
© Corraini / Aurélia Alcaïs

 

Auparavant, elle était actrice dans les films d’Éric Rohmer et de Philipe Garrel. Puis elle est devenue illustratrice. N’ayant pas le trait (de crayon) parfait ni le profil standard, Aurélia Alcaïs se met à rassembler les artistes qui, comme elle, ne suivent pas la norme. De là naît l’idée de son livre Les extravagants : illustrer ce qui rend les artistes si singuliers. Par exemple : Niki de Saint Phalle tire à la carabine sur des ballons remplis de peinture, Balzac mange du café moulu à la petite cuillère, Dalí dessine dans sa baignoire, Sarah Bernhardt dort dans un cercueil…

Le but : glorifier un trait de caractère, une façon d’être. On appelle ça l’extravagance. Et c’est merveilleux. Certes, tous ces gens ne rentrent pas dans le moule mais ce sont eux qui marquent l’Histoire. Aurélia Alcaïs les croque avec humour, pour se donner de l’espoir. Et ça marche ! C’est un petit livre immense. À garder précieusement et à relire dès que l’on vous tacle de ne pas rentrer pas dans les cases. La normalité is so boring. Vive l’extravagance !

Ed Corraini, 2018, 96 pages, 16€ (texte traduit en français, anglais et italien)

 

À jeter, sans ouvrir, de Viv Albertine

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© Buchet Chastel

 

Après son irrésistible autobiographie De Fringues, de musique et de mecs, Viv Albertine, ex-membre du groupe punk The Slits, revient avec un second livre intitulé À jeter, sans ouvrir. Elle se penche sur son éducation féministe et ses rapports conflictuels avec sa famille. Un récit touchant qui mêle souvenirs, anecdotes et réflexions, que l’on pourrait qualifier de version punk de « Je me souviens » de Georges Perec. Car à 64 ans, Viv Albertine n’a rien perdu de sa verve ! Assagie mais toujours rebelle, elle nous éblouit par ses mémoires pleines d’intelligence et d’humour.

Ne vous fiez pas à ce doux nom proustien, Albertine casse de nouveau la baraque ! Bourré de citations inspirantes, À jeter, sans ouvrir dresse le portrait d’une femme libre et talentueuse, musicienne, parolière, productrice, réalisatrice et autrice, et qui a encore tant de belles choses à nous dire.

Buchet Chastel, traduit de l’anglais par Anatole Muchnik, 2019, 320 pages, 22€

 

Que le diable m’emporte, de Mary McLane

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© Ed du sous-sol / Newsberry Library, Chicago; Call no. MMS Stone & Kimball, #1210

 

Comme toutes les jeunes filles de 19 ans, Mary s’ennuie dans sa petite ville natale où il ne se passe rien. Strictement rien. Persuadée d’être un génie, elle attend que son immense talent éclate à la face du monde. Pendant trois mois, elle écrit son journal intime, qui pourrait être celui de n’importe quelle ado d’aujourd’hui. Sauf que l’histoire se passe en 1901 dans le Montana. A sa sortie en 1902, le livre est un best-seller, avec 100 000 exemplaires vendus aux Etats-Unis. Les éditions du Sous-sol ont déterré ce trésor oublié et c’est une formidable nouvelle pour toutes celles et ceux qui ont la même fougue que notre héroïne. Lisez plutôt :

« Moi, membre du genre féminin et âgée de dix-neuf ans, je m’apprête à dresser un portrait aussi franc et complet que possible de moi-même, Mary MacLane, qui n’a pas d’égal dans ce monde. J’en suis convaincue, je suis étrange. Depuis ma naissance, je me distingue par mon originalité et ce n’est pas fini. Je possède une intensité vitale totalement inhabituelle. J’ai le don de ressentir. J’ai une aptitude merveilleuse pour le malheur et pour le bonheur. J’ai une grande ouverture d’esprit. Je suis un génie. »

Oui, elle est mégalo, égotiste et intransigeante, mais son irrévérence est si belle que l’on se met à l’aimer, cette sale gosse. Sa plume nous donne de l’audace rien qu’en la lisant ! Voici un beau portrait de femme avant-gardiste et révolutionnaire. A lire pour sa sublime couverture rouge, et pour toutes les jeunes filles en fleurs qui ont du potentiel.

Ed du Sous-sol, traduit de l’anglais par Hélène Frappat, 2018, 160 pages, 16€