6 bandes dessinées en sélection officielle à Angoulême

À quelques jours de l’ouverture du Festival d’Angoulême, du 25 au 28 janvier, nous avons choisi quelques bandes dessinées parmi les 45 albums qui font la liste de la sélection officielle 2018. Il n’a pas été simple de choisir. Voici donc une sélection non exhaustive soutenue par six oeuvres que nous avons beaucoup aimées.

 

Les Amours suspendues de Marion Fayolle

 

Les Amours suspendues © Marion Fayolle
Les Amours suspendues © Marion Fayolle

 

C’est le dernier livre de Marion Fayolle, jeune dessinatrice et illustratrice de 29 ans. Une bande dessinée née de l’envie de questionner le sentiment amoureux, et qui pense le mouvement des personnages en empruntant aux arts de la danse et de la musique. Un homme de théâtre nous ouvre son coeur. Il confie la complexité des sentiments et de la relation à deux, et se demande à propos de sa femme : « à quoi aurait pu ressembler ma vie si je ne l’avais pas choisie, elle ». Pour la première fois, les personnages de Marion Fayolle prennent la parole, évoquent l’amour, le désir et pour chacun leur caractère fugace. Reste toujours la délicatesse de dessins colorés au mode d’expression singulier, très imagés, autonomes et poétiques. Voilà une oeuvre suspendue à sa tendresse.

Ed. Magnani, 2017, 256 pages, 35€ 

 

 

Crache trois fois de Davide Reviati

 

Crache trois fois p.47 © Davide Reviati
Crache trois fois p.47 © Davide Reviati

 

Guido raconte une histoire nichée dans un petit village italien. La sienne surtout. Son enfance aux côtés de ses amis Grisou et Annalita, puis son adolescence entre ennui et échecs. Des souvenirs mis en liberté pour que soit conté un récit élargi à la grande Histoire. Grisou se remémore la vie des tsiganes installés dans son village. La cohabitation avec les Italiens n’est pas simple. Le racisme des parents transmis aux enfants rappelle une persécution qui court depuis longtemps. Et qui a pris de la hauteur en 1936 lorsque les tsiganes et les roms furent considérés par les nazis comme une menace à éliminer. Davide Reviati le rappelle : plus de 500 000 exterminés et aucune reconnaissance après la guerre. Crache trois fois est éblouissant. Le dessin est bien ancré, comme si c’était lui qui soutenait la page, d’un noir et blanc intense qui sort parfois du cadre. La narration, elle, s’offre sans longueur, magnifiée par les décors et le souci du détail. Il s’engage finalement une discussion entre les êtres, chacun porteur de l’histoire de l’autre pour que renaisse le vrai.

Ed. Ici Même, 2017, traduction Silvina Pratt, 568 pages, 34€

 

Une Soeur de Bastien Vivès

 

Une soeur © Bastien Vivès
Une soeur © Bastien Vivès

 

Une soeur, roman graphique aux ombres autobiographiques, respire une fraîcheur estivale tout en gris et blanc. Antoine, 13 ans, et son petit frère, Titi, 9 ans, sont en vacances avec leurs parents en Bretagne. Mais les premières pages s’ouvrent sur une fausse couche. Celle de Sylvie, amie des parents, qui rejoint la petite famille, accompagnée de sa fille. Antoine et Titi partagent donc leur chambre avec Hélène, 16 ans, belle adolescente désinvolte et impudique. Sa présence va ajouter au programme, plage, pêche au crabe, dessin, vélo, une once d’excitation et de sensualité. Bastien Vivès livre une oeuvre vivante. Une histoire qui se regarde autant qu’elle se lit, et qui dévoile des êtres troublés si différents des adultes. Lauréat du prix Révélation d’Angoulême il y a 10 ans, ce dessinateur nouvelle génération de 32 ans dégage une maturité qu’il faut indéniablement saluer.

Ed. Casterman, 2017, 216 pages, 20€

 

La Petite Couronne de Gilles Rochier

 

La Petite couronne © Gilles Rochier
La Petite couronne © Gilles Rochier

 

Une efficacité narrative, un humour fait de petits riens, une bande dessinée qui nous amuse ! Gilles Rochier – qui a commencé à dessiner en scrutant son quartier d’origine – puise dans ses souvenirs pour créer une série de situations qui se déroulent en banlieue parisienne et qui tiennent à la vie de personnages masculins. De sacrés loustics que l’on accompagnait déjà dans deux précédents albums, Ta mère la pute (enfants) et Temps Mort (jeunes adultes). Dans La Petite Couronne, on les appelle « les anciens ». Désormais pères de famille, ils vont chercher les mômes à l’école, font les courses, se payent une bière achétée à l’épicerie d’Ali. Bien loin des clichés et des représentations récurrentes de la banlieue, la BD de Gilles Rochier se construit sans prétention. Selon un imaginaire personnel, soulignant qu’il faut bien se réveiller un jour et se dire qu’on a grandi.

Ed. 6 pieds sous terre, 2017, 50 pages, 16€

À découvrir également en février 2018, En attendant, un livre dessiné par Gilles Rochier, composé avec l’auteur Fabrice Caro.

 

Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien d’Ulli Lust

 

Alors que j'essayais d'être quelqu'un de bien, p.56 © Ulli Lust
Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien, p.46 © Ulli Lust

 

Dans cette nouvelle aventure autobiographique, Ulli Lust livre le récit tumultueux de ses premières années d’adulte. Vienne, 1990 : Ulli a 23 ans et tente de s’en sortir sans diplôme. Entre petits boulots et aide sociale, elle continue à nourrir sa passion pour le dessin. Le week-end, elle rend visite à son fils Philipp, 5 ans, qui vit chez ses parents à la campagne. Durant la semaine, elle fréquente Georg, comédien plus âgé, mais aussi Kimata, jeune nigérien tempétueux. Deux amoureux pour une Ulli qui laisse libre court à ses envies. Dans un décor en rose, noir et blanc, scènes de sexe d’un érotisme vibrant et grandes planches florales s’ajoutent à une construction narrative d’une grande intelligence, qui aborde de nombreux thèmes tels que le racisme, la sexualité et la condition féminine. Prix Révélation d’Angoulême en 2011, celle qui conte avec franchise ses débuts difficiles en tant que dessinatrice n’aurait pas tord d’espérer recevoir une nouvelle récompense.

Ed. çà et là, 2017, 367 pages, 26€ (Finaliste pour le Fauve d’Or)

 

La Saga de Grimr de Jérémie Moreau

 

La Saga de Grimr © Jérémie Moreau
La Saga de Grimr © Jérémie Moreau

 

Jérémie Moreau nous transporte en Islande, au XVIIIe siècle. Le pays, sous l’autorité du Danemark, compose avec bien des contradictions : un paysage majestueux mais dangereux où les volcans imposent leurs éruptions et la terre ses tremblements ; un peuple sous domination étrangère, partageant une haine commune pour les Danois mais qui en vient quand même à rejeter ses propres membres. C’est là que Grimr tente d’évoluer. Devenu orphelin, le jeune garçon rencontre Vigmar, un sans-le-sou un peu voleur et philosophe. Ensemble, ils bâtissent leur maison et s’improvisent passeurs. Les années filent. Vigmar meurt et Grimr, grand garçon tempétueux à la force physique impressionnante, doit construire seul un avenir qu’il désire ambitieux. Mais dont le chemin sera parsemé d’embûches. Soutenu par l’aquarelle, le dessin magnifiquement coloré se déploie sur plus de deux cents pages et s’offre comme une immense peinture où la nature inspire autant que la saga de son héros.

Ed. Delcourt, 2017, 232 pages, 25,50€ (Finaliste pour le Fauve d’Or)

 

Et aussi…

  • Bangalore de Simon Lamouret (Warum), un premier livre qui voyage en Inde de manière très personnelle.
  • Megg, Mogg & Owl, Happy Fucking Birthday de Simon Hanselmann (Misma), les aventures folles d’un chat, d’une sorcière et d’un hibou.
  • Hip Hop Family Tree, Tome 3 1983-1984  d’Ed Piskor (Papa Guede), la suite d’une saga très colorée qui conte l’histoire du mouvement hip-hop.