Pourquoi il faut absolument lire « Chez Soi » de Mona Chollet en ces jours de confinement

Pourquoi notre société méprise-t-elle tant les casaniers ? C’est la question de départ de Chez Soi, essai lumineux écrit par Mona Chollet en 2015, avant son célèbre Sorcières (éditions La Découverte, 2018). Dans son « odyssée de l’espace domestique », la journaliste montre ce que nos intérieurs renferment d’enjeux sociaux, politiques, architecturaux et féministes. Et nous prouve que oui, bien sûr, rester avachi dans le salon peut s’avérer enrichissant. C’est forcément l’ouvrage à dévorer tant que nous sommes confinés chez nous. 

Mona Chollet, journaliste au Monde Diplomatique et autrice de Chez soi © éditions La Découverte

 

Nous ne sommes pas les seuls à nous être rués sur l’essai de Mona Chollet il y a quelques jours. « Puisqu’on me reparle beaucoup de Chez Soi », twittait l’autrice dès le 15 mars, « je rappelle que, grâce à l’excellente politique des éditions Zones, il est lisible gratuitement » en ligne. Une aubaine. Car en cette période de confinement national, la journaliste suisse pourrait nous aider à voir les choses du bon côté.

« J’appartiens donc à cette espèce discrète, un rien honteuse : les casaniers, habitués à susciter autour d’eux la perplexité, voire la pitié ou l’agressivité« , confie  l’essayiste dès les premières pages. Avant de se demander : pourquoi est-il si mal vu d’aimer rester chez soi ? Son essai est là pour défendre ceux qui restent devant leur écran d’ordinateur des journées entières, ceux qui peuvent poser des vacances pour glander à la maison, ceux qui trouvent des excuses pour décliner les invitations du samedi soir.

Contrairement à la plupart de ses confrères avides de reportages lointains, Mona Chollet n’aime rien tant qu’écrire depuis chez elle, entourée de livres et après d’interminables recherches sur internet. « Une vision étonnamment réductrice de l’esprit humain laisse donc croire que le voyage suffit à faire le voyageur« , note l’essayiste. « De même, elle empêche d’envisager que l’on puisse s’épanouir dans un environnement restreint et monotone. » Car selon elle, on peut faire de grands voyages sans se déplacer d’un millimètre – comme on peut aller à l’autre bout du monde sans rien découvrir de neuf. La curiosité n’est pas l’apanage des collectionneurs de Miles, loin de là.

Quand les enjeux féministes s’invitent dans notre salon

Chez Soi n’est pas seulement une incitation à profiter de la chaleur du foyer – de toutes façons, ces jours-ci, on n’a pas vraiment le choix. Dans un deuxième temps, l’essai décortique les enjeux politiques et sociaux installés dans nos salons à travers les siècles. Comment les grandes villes occidentales ont restreint le droit à un habitat décent à un petit nombre de privilégiés. Comment on aliène la vie des plus pauvres en les confinant à des logements humides, étroits, inconfortables. Comment les femmes ont été enfermées dans l’espace domestique, contraintes à des tâches ménagères artificiellement considérées comme « féminines ». Comment, dès le XIXe siècle, les médias et la littérature ont créé le stéréotype de la « fée du logis » pour essentialiser la servitude des femmes. Et pourquoi ce modèle est toujours omniprésent, jusque dans le blog de la mère bien trop parfaite Mimi Thorisson.

Plein d’humour et d’autodérision, Chez Soi emprunte autant à la pop culture, de Bridget Jones à Harry Potter, qu’à Virginia Woolf et Gaston Bachelard. Au fil des pages, nous réalisons à quel point notre intérieur nous habite, influence nos rêves, nos sensations, notre rapport au monde et nos activités quotidiennes. Nous avons plusieurs semaines de cet étrange confinement pour y réfléchir. Profitons-en, Mona Chollet est là pour transformer notre enfermement en matière à penser.

Chez soi, Une odyssée de l’espace domestique, éditions La Découverte, 2015

Un ouvrage disponible en librairie et en version numérique ici