Comment mieux vivre le confinement ? L’avis d’un psychologue

Vous vous sentez angoissé à l’idée de rester entre quatre murs, privé d’air frais et de rayons du soleil ? Rien de plus normal. Pour surmonter cette épreuve inédite pour beaucoup d’entre nous, nous avons consulté  Sylvain Letuvée, psychologue et psychothérapeute. Pourquoi rester chez nous nous coûte-t-il autant ? Que faire contre les idées noires ?

À midi aujourd’hui, la France est entrée en confinement total. Plus de promenade au bord du canal saint-Martin, plus de file d’attente à l’entrée du Pink Mamma, mais des escapades au compte-gouttes. Il faudra montrer patte blanche pour aller s’acheter du lait. L’exemple récent de la Chine a démontré que l’enfermement dû à la propagation du virus Covid-19 avait eu des conséquences sur la santé mentale collective. Une étude conduite auprès de 36 provinces chinoises dévoile ainsi que 39 % des répondants ont affirmé subir un stress modéré et sévère suite au confinement. La France qui lui emboite le pas devrait souffrir des mêmes résultats.

Pourquoi l’idée de rester chez soi est-elle si pénible pour certaines personnes ?

Sylvain Letuvée : Tout d’abord, la semaine qui vient de s’écouler a vu notre quotidien complètement bouleversé. Tout ce que nous avions l’habitude de faire ou prévu de faire, est modifié. La plupart des activités à l’extérieur sont impossibles. À la peur d’être contaminé et malade s’ajoute l’incertitude de ce nouveau quotidien. Il est normal que cela génère de l’angoisse. L’individu ressent une privation de liberté qu’il juge de manière négative. Il y a donc immédiatement l’idée que la vie confinée va être une souffrance.

Rester chez soi c’est rester avec soi.

Le bien-être ne se trouve jamais en dehors de la situation dans laquelle je me trouve. Si je suis obligé de rester chez moi, je dois faire des choses chez moi pour aller bien. Les gens se plaignent souvent de ne pas avoir de temps pour eux, pour leurs enfants, de trop travailler et là, c’est souvent ces mêmes personnes qui vont s’inquiéter à l’idée d’être chez eux avec leurs proches. C’est qu’en réalité, le confinement expose à la difficulté d’être en relation avec les autres et avec soi-même. Rester chez soi c’est rester avec soi. On est la plupart du temps tourné vers l’extérieur, toujours pris dans les relations sociales mais assez peu avec soi-même en fait. En fait, on cherche très souvent à se distraire des aspects de soi-même ou de sa vie que nous n’aimons pas.

Ainsi la perspective de rester chez soi avec soi-même ou ses proches crée une anxiété variable d’une personne à l’autre.

 

Ben Blennerhasset / unsplash

Des personnes sont-elles plus à risque que d’autres ?

Il est difficile d’établir quelles vont être les réactions de chacun dans ce contexte singulier. Cela dépend de la qualité du lien avec soi-même et avec les autres. Par exemple, pour un couple qui a des difficultés relationnelles importantes et qui y réagit en s’évitant la plupart du temps, se retrouver confiner dans le même espace va faire réagir chaque conjoint. Pour une personne sujette à l’angoisse, le confinement devient un nouvel objet d’angoisse.

De même, certaines personnes peuvent trouver un intérêt et un plaisir inattendu à cette situation qui les inquiétait tant au départ. Il serait intéressant d’avoir leur témoignages de cette expérience.

Qu’est-ce qui est difficile pour ces personnes en particulier ?

Elles vont devoir se confronter à ce qu’elles cherchent à éviter la plupart du temps : un sentiment de solitude, une relation de couple insatisfaisante, une relation difficile avec son enfant, la peur de l’avenir.. Finalement, ce nouveau cadre de vie peut faire apparaître la réalité du rapport qu’on entretient avec soi-même et avec les autres. Paradoxalement, même si cela est difficile, cela crée l’occasion de voir réellement où on en est et éventuellement de faire quelque chose pour que ça change.

 

Un temps d’adaptation sera nécessaire pour trouver un rythme de vie qui nous convienne.

Sasha Freemind / Unsplash

Peut-on « bien » vivre le confinement ?

Un temps d’adaptation sera nécessaire pour trouver un rythme de vie qui nous convienne. Mais partir de l’idée qu’on ne peut pas bien le vivre, que c’est une catastrophe, cette simple pensée créera un mal-être. Si on accepte pleinement que c’est le cadre de vie actuel, on trouvera de nombreuses choses à faire satisfaisantes plutôt que de rêver ou de regretter ce qui n’est plus possible de faire. C’est en quelque sorte dire oui au confinement, un oui joyeux qui permettra de le vivre mieux. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y aura pas de moment de solitude ou de souffrance.

Ce que j’observe déjà, ce sont que les gens commencent spontanément à communiquer d’avantage , à prendre des nouvelles de leurs amis, à créer une vision humoristique de leur situation.

On peut également regarder cette période comme une expérience de vie inédite qui va créer de nouvelles habitudes et de nouveaux comportements dans le sens de prendre soin de soi et des autres.

Quels gestes ou rituels peut-on faire pour se prémunir d’angoisses et d’idées noires ?

L’angoisse et les idées négatives sont issues de l’activité mentale, des pensées. Actuellement, les réseaux sociaux véhiculent de nombreuses informations vraies et fausses, alarmantes et catastrophiques qui nourrissent les peurs et alimentent l’angoisse.

Que pouvons-nous faire ? Nous servir des moyens de communication de manière utile : pour communiquer avec ses proches, prendre de leurs nouvelles. Ne pas hésiter à partager ses ressentis, ses peurs, son mal-être et ses joies avec eux. Éviter de lire et de relayer toutes les nouvelles alarmistes qui circulent et qui ne font qu’accentuer sa propre angoisse et celle des autres. S’informer par le biais des sources officielles.

Si je dois rester chez moi la seule question à me poser est « qu’est-ce que je peux faire d’utile pour moi et mes proches ? » c’est-à-dire faire des tâches concrètes : aménager son environnement pour le rendre plus agréable, ça peut-être ranger son armoire, faire un ménage plus en profondeur, lire, prendre soin de son conjoint, jouer avec ses enfants, réparer un objet, faire un peu d’exercice physique et.. ne rien faire !

C’est agir dans le présent qui apporte de la satisfaction. Penser à ce qu’il va se passer dans le futur crée la peur et amplifie l’angoisse. Vouloir que la situation soit autrement que ce qu’elle est génère de la souffrance.

Sylvain Letuvée
Psychologue – Psychothérapeute
www.cabinet-psychotherapie.fr