Sélection de Noël : les 7 livres à glisser sous le sapin

Bien sûr que vous avez le temps d’acheter vos cadeaux pour Noël. Ce n’est pas comme si c’était demain. Vous êtes large. La preuve, vous avez déjà la liste des livres qui feront plaisir à vos proches, selon les goûts et les profils de chacun. Il vous suffit de lire ci-dessous ! Voici notre sélection des sept livres à glisser en douce sous le sapin.

 

Un premier roman français : Fief, de David Lopez

Livre Fief de David Lopez Editions du Seuil
Fief de David Lopez / Seuil

 

C’est décidé, ce Noël, vous offrez un livre original. Pas question de choisir le traditionnel Goncourt ou le prix du Livre Inter. Et pourtant, on ne peut que vous conseiller de le faire ! Car Fief, le premier roman de David Lopez, fraîchement couronné du prix du Livre Inter 2018, est une petite merveille. Inattendu, déroutant, son style ne laissera personne indifférent. Tout le livre est en effet écrit en argot, de quoi secouer les codes du roman classique, et au passage, le lecteur ! Ce joyeux récit relate avec beaucoup d’humour le quotidien d’une bande de jeunes glandeurs, dans la lignée de l’Esquive (d’Abdellatif Kechiche) et des Chroniques de l’Asphalte (de Samuel Benchetrit). Ils ont beau vivoter en zone périurbaine, leur fief, et fumer des joints toute la sainte journée, le lecteur ne les juge jamais et se prend d’affection pour eux. C’est grâce au talent de David Lopez, 33 ans et déjà capable de nous faire aimer l’argot en le rendant musical, littéraire, et même poétique. Un exploit ! C’est, dans le fond, une nouvelle façon d’écrire et de concevoir la littérature, sans essayer de faire des belles phrases à la Flaubert. Brillant et insolent.

Seuil, 2017, 256p. 17,50€

 

Un album graphique : À la recherche d’Andy Warhol, de Catherine Ingram et Andrew Rae

Livre A la recherche d'Andy Warhol de Catherine Ingram et Andrew Rae
A la recherche d’Andy Warhol de Catherine Ingram et Andrew Rae/ Ed. du Centre Pompidou

 

Aaah qu’il est bon le temps où l’on n’avait rien d’autre à faire dans la vie que de jouer à Où est Charlie. Passer des heures à retrouver ce joyeux binoclard à marinière rouge et blanche, puis, rempli de joie, croquer son goûter à pleine dent. La vie, la vraie. A tous les nostalgiques de cette époque, À la recherche d’Andy Warhol est pour vous. Le célèbre artiste se cache en effet parmi la foule, à vous de le retrouver ! Ultra graphique, l’album plaira aux amateurs d’art et aux bobos en quête d’idées cadeaux pour Noël. Non, le livre n’est pas réservé aux enfants, et oui, vous allez forcément attirer l’attention avec. Après tout, c’est votre quart d’heure de gloire comme disait Warhol. Sur chaque double page, amusez-vous à retrouver Andy Warhol vêtu de son plus beau costume : marinière (lui aussi), lunettes noires et cheveux blancs en bataille. Attention, de faux Andy se cachent dans le livre ! Très drôles, les scènes illustrent la vie artistique des années 60-70 et toute l’histoire de l’art. People et personnages historiques s’entremêlent dans ce joyeux bordel, rempli de références arty, de belles couleurs et d’épisodes loufoques. Merci Andy !

Ed. du Centre Pompidou, 2016, 12,50€

 

Un roman US : Les cygnes de la cinquième avenue, de Mélanie Benjamin

Livre Les cygnes de la cinquième avenue de Mélanie Benjamin
Les cygnes de la cinquième avenue de Mélanie Benjamin / Albin Michel

 

Connaissez-vous les « cygnes de la cinquième avenue » ? Dans les années 50, c’est ainsi que l’on surnommait une clique de célèbres new-yorkaises stylées et richissimes, érigées en icônes de mode et de beauté. Ces gentils cygnes avaient un ami commun, un ange blond aux yeux bleus, un ami qui leur voulait du bien. C’est Truman Capote. Pendant près de 20 ans, Truman fut leur BFF jusqu’au jour où il balança à la presse tous leurs petits secrets dans sa nouvelle « La côte Basque 1965 » publiée en 1975 dans le magazine Esquire. Et là, c’est le drame. Énorme scandale littéraire, réputations entachées et amitiés brisées. Moralité : ne confiez jamais vos secrets à un écrivain, surtout s’il s’appelle TRUE-MAN ! Ah ! Grande question que de savoir où placer la limite : un auteur peut-il utiliser tout ce qu’il entend, quitte à trahir et blesser ses proches ? Ou devrait-il prêter serment comme Hippocrate ? Ou hypocrite ? Le débat reste ouvert et le sujet est formidablement bien traité dans ce roman inspiré de faits réels. Derrière le portrait de Truman Capote (merveilleusement dépeint dans toute sa complexité), on découvre un monde, où derrière les apparences se cachent des failles et des blessures. Ces « cygnes » sont en vérité des desperate housewives enfermées dans un rôle d’épouse modèle et soumise. Sans jamais tomber dans le récit (facile) de pauvres petites filles riches, ces destins de femmes sont analysés avec beaucoup de finesse et d’empathie. Voilà un bon roman US comme on les aime, servi par un glamour cruel à la Mad Men.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christel Gaillard-Paris, Poche, 2018, 480 p. 8,20€

 

Un essai : La révolte des premiers de la classe, de Jean-Laurent Cassely

Livre La révolte des premiers de la classe de Jean-Laurent Cassely
La révolte des premiers de la classe de Jean-Laurent Cassely/ Arkhê

 

La semaine dernière, votre meilleur ami vous annonce qu’il quitte son job de consultant senior en banque pour ouvrir une fromagerie ? Classique ! Il fait en effet partie des nombreux cadres sup’ en quête d’un métier qui a du sens. Déçus par la vacuité de leur poste, les jeunes diplômés désertent aujourd’hui l’open space et se tournent vers des emplois manuels liés, par exemple, à la pâtisserie, l’œnologie, la menuiserie ou la torréfaction. Et pour cause, quand le col blanc et la cravate étouffent, les jeunes cadres (qui n’ont plus rien de dynamique) se réorientent vers des métiers plus concrets. Jean-Laurent Cassely, journaliste chez Slate.fr, s’est intéressé à ces « premiers de la classe » qui fuient le « bullshit job » (terme désigné par l’économiste David Graeber). Une enquête très bien menée qui donne un éclairage précis sur la situation. L’auteur livre un regard critique sur ce renversement des codes du monde du travail. L’essai est pertinent et très bien documenté, avec de nombreux exemples, interviews et références pour cerner ce phénomène de société. Accessible à tous, ce petit livre très complet explique comment le « C.A.P est le nouvel H.E.C » !

Arkhê, 2017, 182p. 17,50€

 

L’autodérision pour hypster : Le monde merveilleux du bobo, de Jason Hazeley et Joel Morris

Livre Le monde merveilleux du bobo de Jason Hazeley et Joel Morris
Le monde merveilleux du bobo de Jason Hazeley et Joel Morris/ 10-18

 

Le monde merveilleux du bobo est le manuel incontournable pour bien comprendre les bourgeoisbohèmes, ces êtres aux multiples paradoxes, qui portent un bonnet l’été, repassent leur chemise de bucheron, achètent des produits bio et mangent McDo en secret. Car le bobo est plus complexe qu’il n’y paraît : il aime les objets vintage mais s’offre des gadgets high tech, il recherche l’authenticité mais cultive le même look que ses copains… Rien de tel qu’un petit guide pratique et illustré, donc, pour bien cerner sa personnalité. Traduit de l’anglais « How it works : the hypster », ce livre à l’humour sarcastique en fera rire plus d’un sur un phénomène de société dont on est tous un peu victime. Au fond, n’est-on pas le bobo d’un autre ? Ces drôles de portraits feront à coup sûr sourire ceux qui s’y reconnaîtront. Bien sûr, il ne faut pas rire des autres, le livre n’a d’ailleurs rien de bien méchant. En toute innocence, les images et les textes s’inspirent des albums pour enfants tels que Martine à la plage. Une bonne idée cadeau à petit prix (6.50€), uniquement pour ceux qui aiment l’humour second degré. A coupler avec Le monde merveilleux du premier rendez-vous et Le monde merveilleux de la femme au foyer, parus dans la même collection chez 10/18.

Traduit par de l’anglais par Séverine Weiss, 10/18, 2017, 56p. 6,50€

 

Un bon polar : La Disparition d’Adèle Bedeau, de Graeme Macrae Burnet

Livre La disparation d'Adèle Bedeau de Graeme Macrae Burnet
La disparation d’Adèle Bedeau de Graeme Macrae Burnet/ Sonatine

 

Saint-Louis est une petite ville de province sans histoire, jusqu’au jour où Adèle Bedeau, serveuse à la brasserie du coin, disparaît sans crier gare. L’inspecteur Gorski mène l’enquête et interroge Manfred Bauman, le dernier témoin à avoir vu Adèle Bedeau. Bauman est un banquier timide et solitaire, l’archétype du vieux garçon mal dans sa peau, qui semble cacher un lourd secret… Pas la peine de chercher de la violence ou de l’hémoglobine dans ce livre, les fans de meurtres en série passeront leur chemin. Seul compte le récit des deux personnages principaux, Gorski et Bauman, et la tension qui monte entre eux. Un roman noir qui met l’accent sur la culpabilité et la suspicion qui rongent les habitants des petites villes et les murent dans le silence. C’est comme un épisode de Maigret : on l’aime pour le charme d’une ambiance qui s’installe lentement… Mais sûrement ! Un thriller psychologique dans la lignée des livres de Simenon et des films de Chabrol. Avec en plus, une préface magistrale qui brouille les pistes !

Sonatine, 2018, 280p. 21€

 

Un livre de mode : J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste, de Loïc Prigent

Livre J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste de Loïc Prigent
J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste de Loïc Prigent/ Grasset

 

En bon infiltré, le journaliste et documentariste Loïc Prigent nous donne quelques succulentes miettes d’un monde hystérique et cruel. Le livre est piquant mais pas méchant, il laisse la mode parler d’elle-même : « Ne pleure pas. Pense à ton maquillage », « Elle fait quoi dans la vie ? Semblant. », « Elle est gênante comme du turquoise à un mariage »… Ces « pépiements » comme les appelle Loïc Prigent sont des petites perles entendues lors de la fashion week, dîners et coulisses de défilés. Un régal à petit prix ! Pratique, c’est aussi un remède naturel contre les rides. Lisez-en un passage le soir et admirez le teint frais au réveil ! On rit tellement que les pommettes restent hautement fixées. Donc un livre acheté, un lifting offert !  A consommer sans modération, histoire de « pépiementer » le quotidien. Un conseil : mieux vaut le lire à voix haute, comme Catherine Deneuve dans le documentaire éponyme (elle s’y connaît bien en anti-rides).

Points, 2017, 265p. 6,90€