Et la femme créa Hollywood

« Il était une fois où les femmes étaient aussi nombreuses devant que derrière la caméra… ». Ceci n’est pas de la science-fiction, mais l’histoire passionnante du documentaire Et la femme créa Hollywood, diffusé cette semaine, et sélectionné à Cannes dans la catégorie Cannes Classique.

Si l’on peut sans problème citer des dizaines de noms d’actrices, il suffit généralement d’une main pour compter les réalisatrices.

Il aura fallu attendre 2010 et Kathryn Bigelow pour qu’une femme soit récompensée aux Oscars dans la catégorie Meilleure Réalisation, en 81 ans de remise de trophées. Si elles sont sous-représentées dans l’industrie du cinéma, les femmes en ont pourtant toujours fait partie.

En 52 minutes, les réalisatrices Clara et Julia Kuperberg nous apprennent qu’elles ont été les pionnières de cet art avant qu’il ne devienne une industrie. Tout commence au début des années 1910, quand les Juifs et les femmes sont interdits de travail dans de nombreuses branches aux États-Unis mais que le milieu artistique leur est complètement ouvert. Parce que le cinéma est considéré, au début du XXe siècle, comme un art mineur et peu lucratif, de nombreuses femmes partent sur la côte Ouest pour devenir scénaristes, actrices mais aussi réalisatrices.

Le documentaire met ainsi en lumière des femmes tombées dans l’oubli : qui sait aujourd’hui que le premier studio de cinéma a été créé par une secrétaire française de la Gaumont venue aux États-Unis pour devenir réalisatrice ? Qu’Alice Guy a réalisé le premier film narratif quelques mois avant George Mélies ? Que Frances Marion a été la plus grande scénariste américaine, avec plus de trois cent films et deux Oscars ? Ou encore que la star du muet Mary Pickford était aussi la première femme productrice à qui l’on doit le plus grand studio indépendant, United Artists ?

« On a fait des études de cinéma, on a réalisé et produit à nous deux quarante documentaires sur le cinéma américain et plus précisément son âge d’or, et ni l’une ni l’autre n’avait jamais entendu parler de ces femmes pionnières et incontournables pour la création même du cinéma !» , explique Julia Kuperberg. Il aura fallu compter sur la curiosité de ce duo de documentaristes pour noter çà et là des noms de femmes et remonter le fil de l’Histoire en se basant sur une mince documentation « quatre ou cinq livres et deux documentaires à ma connaissance, aucun traduit en français », précise Julia Kuperberg. L’histoire avançant, la présence féminine derrière la caméra diminue drastiquement. La Grande Dépression de 1929 et la découverte du pouvoir financier de cette industrie naissante attirent soudainement les hommes cultivés de la côte Est et la syndicalisation de Hollywood fera le reste, pour pousser ces dames vers la sortie.

C’est bien simple, des années 30 aux années 80, on ne compte plus que deux femmes réalisatrices à Hollywood : Dorothy Arzner et Ida Lupino. Il faudra attendre les années 80, pour voir une deuxième vague de “pionnières”, sorties tout droit des universités, reprendre le flambeau. Paula Wagner, interviewée dans le documentaire, crée ainsi la compagnie de production Cruise-Wagner avec Tom Cruise et devient l’une des premières femmes à produire des blockbusters comme Mission : Impossible. Alors, que s’est-il passé pour qu’elles disparaissent du scénario ? Comme le dit dans le film, avec une pointe de provocation, la réalisatrice Ally Acker : « L’Histoire est écrite par les vainqueurs, et dans cette histoire, ce furent les hommes. ». Avec une sélection au Festival de Cannes dans la catégorie Cannes Classique, le documentaire permet enfin à ces pionnières de ne pas disparaître sous le tapis rouge.

Et la femme créa Hollywood, de Julia Kuperberg et Clara Kuperberg (52′). Diffusions sur OCS Géants le 20 mai à 22h40 et le 22 mai à 13h.