Faut-il lire « Devenir » le livre de Michelle Obama ?

« Devenir », l’autobiographie de Michelle Obama, publié le 13 novembre dernier, est devenu LE livre le plus vendu aux Etats-Unis en 2018. A peine sorti et déjà culte ! Est-il aussi brillant que le sourire de Michelle affiché en couverture ? Son propos est-il à la hauteur de son succès planétaire ? On a compté les pour et les contre. 

Livre Devenir de Michelle Obama Fayard
Devenir de Michelle Obama / Fayard © Miller Mobley

POUR

Le message du livre est clair : contrairement à ce que vous croyez, Michelle Obama n’est pas invincible. Voilà pourquoi elle s’attache à décrire dans le livre toutes les difficultés qu’elle a rencontrées, et ce bien avant d’entrer à la Maison Blanche. En effet, comme tout le monde, elle a eu du mal à  concilier vie pro/vie perso et a exercé un job qu’elle n’aimait pas. Et, comme le commun des mortels, elle a eu très peur de se reconvertir dans un autre domaine. Ouf, voilà qui nous rassure ! Elle raconte aussi ses fausses couches, sa fécondation in vitro, sa thérapie de couple, l’absence de son mari, ses efforts pour éduquer ses deux filles quasiment toute seule… Et cerise sur le gâteau, elle aime glander devant la télé ! Loin de l’image de la parfaite First Lady, Michelle Obama serait-elle une femme normale ? Assez pour nous inspirer de la sympathie et nous faire aimer son parcours. Celui d’une enfant des quartiers pauvres de Chicago, devenue, à force de travail acharné, une brillante avocate diplômée de Princeton et d’Harvard. Mais, loin du conte de fées, le récit est authentique et se lit comme un roman. La démarche est sincère et l’écriture fluide. En prime, de très beaux passages sur l’optimisme et la résilience. Sans compter l’effet page turner du livre, notamment la rencontre entre Barack et Michelle avec une pointe de suspense, alors même qu’on connaît tous la suite de l’histoire ! Bien joué.

 

CONTRE

Il y a tout de même un léger parfum de comédie romantique américaine, avec Barack en prince charmant conduisant notre héroïne à la Maison Blanche. Là encore, Michelle casse la vision idyllique, mais c’est finalement moins intéressant que la première partie du livre consacrée à son histoire personnelle. Enfin, la dernière page du livre remercie le nombre incalculable de personnes ayant travaillé sur « Devenir ». Waouh ! Le récit intime n’est-il finalement qu’un produit bien ficelé ? À vous de nous le dire après avoir lu le livre !

Fayard, 2018, 520p. 24,50€

 

Envie de lire un petit extrait ? En voici un où Michelle Obama analyse l’échec comme un sentiment ravageant South Shore, le quartier pauvre de Chicago où elle a vécu enfant :

L’échec est un sentiment, bien avant d’être une réalité. C’est le fruit de la combinaison entre la vulnérabilité et le manque de confiance en soi, qu’aggrave ensuite, souvent délibérément, la peur. Les « sentiments d’échec » qu’il mentionnait étaient déjà omniprésents dans mon quartier, sous les traits de parents qui n’arrivaient pas à joindre les deux bouts, de gamins qui commençaient à se dire qu’ils étaient condamnés à mener exactement la mêle vie que leurs parents, de familles qui voyaient leurs voisins plus aisés déménager en banlieue ou inscrire leurs enfants dans des écoles catholiques. (…) La conclusion tacite étant que l’échec était imminent, qu’il était inévitable, qu’il était déjà en germe. À les écouter, vous pouviez ou bien vous faire prendre au piège de la ruine, ou bien vous échapper. Ils employaient le terme que tout le monde redoutait -« ghetto »- et le laissaient tomber telle une allumette embrasée.