Faut-il lire « White » le nouveau livre de Bret Easton Ellis ?

He’s back ! Après 9 ans d’absence, Bret Easton Ellis revient avec White, son premier livre de non fiction. Un essai qui dénonce le politiquement correct à l’heure des réseaux sociaux. Que vaut le pamphlet écrit par l’auteur d’American Psycho ? On a pesé les pour et les contre.

bret easton ellis
© Chip Kidd et Studio Robert Laffont

 

POUR

White donne un éclairage intéressant sur les millennials, « génération chochotte » selon Bret Easton Ellis, et prolonge ce que l’auteur avait déjà dit dans sa brillante interview donnée en 2014 dans Vanity Fair. La thèse du livre ? Les réseaux sociaux renforcent notre besoin d’être aimé et adulé, au point de nous conduire comme des acteurs en quête de reconnaissance. Difficile ensuite d’accepter la moindre critique sur notre travail, les commentaires négatifs étant jugés blessants et inappropriés. Selon Bret Easton Ellis, cette « vaste épidémie de victimisation de soi » conduit à une infantilisation des comportements. Et si les avis négatifs sont censurés, que reste-t-il de la liberté d’expression ? « J’en suis venu à la conclusion que je ne peux pas écrire sans offenser des gens » disait James Joyce, et c’est aussi le cas de Bret Easton Ellis. Le satiriste de génie s’exprime pour la première fois sur la genèse de ses livres cultes Moins que zéro et American Psycho, sur son passé, son enfance et son processus d’écriture. Les fans se régaleront donc à lire cette semi-autobiographie où l’écrivain se prête au difficile exercice de mémoires sans jamais prendre la pose.

 

CONTRE

Oui, le livre est foutraque et les arguments sur la politique de Trump ne sont pas toujours rigoureux. Mais pas la peine pour autant d’assassiner le livre comme l’a fait The New Yorker. Rappelons que Bret Easton Ellis n’est pas politicien mais auteur, il donne son opinion sur ce qu’il observe dans son entourage, pose des questions sans forcément y répondre, interroge, réfléchit, critique… Bref, il fait son job d’écrivain ! La vraie question est de savoir pourquoi l’un des meilleurs romanciers américains du XXe siècle prend enfin la plume après tant d’années d’absence. Serait-ce uniquement pour régler ses comptes ? Il semble en effet que Bret Easton Ellis écrive sous le coup de l’exaspération et cherche à développer des arguments qui ne dépassent pas les 140 signes sur Twitter. Dommage. White est donc un livre mineur dans l’œuvre de Bret Easton Ellis. Mieux vaut lire ses romans que cet essai légèrement bancal et un peu fourre-tout (on y trouve un plaidoyer en faveur de Kanye West et des critiques de vieux films au même titre que de bons passages sur le rapport à la célébrité et la réalisation de soi).

Robert Laffont, 312 pages, traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina, 21.50€, sorti le 2 mai 2019

 

Extrait du livre :

Avant l’horrible épanouissement de l’appréciabilité – l’inclusion de tout le monde dans le même état d’esprit, la soi-disant sécurité de l’opinion de masse, l’idéologie qui propose que chacun soit sur la même page, ma meilleure page – , je me souviens avoir refusé catégoriquement ce que notre culture exigeait. Plutôt que le respect et la gentillesse, l’inclusion et la sécurité, l’amabilité et la décence, mon but était la confrontation (le fait que je venais d’un milieu conventionnel, même si à bien des égards, il ne l’était pas, avait peut-être encouragé mon désir de voir le pire). La litanie de ce que je voulais vraiment ? Etre poussé dans mes retranchements. Ne pas vivre dans la sécurité de ma propre boule de neige, rassuré par la familiarité, entouré par ce qui me réconfortait et me couvait. Me retrouver dans la peau de quelqu’un d’autre et voir comment il voyait le monde – particulièrement s’il s’agissait d’un outsider, d’un monstre, d’une bête curieuse. J’avais terriblement envie d’être secoué. J’aimais l’ambiguïté. Je voulais changer d’idée à propos de telle ou telle chose, à propos de tout pratiquement. Je voulais être anéanti par la cruauté de la vision du monde, que ce soit celle de Shakespeare, de Scorsese, de Joan Didion ou de Dennis Cooper. Et tout cela avait un effet profond. Cela me procurait de l’empathie. Cela m’aidait à comprendre que le monde existait au-delà du mien, avec d’autres points de vue, contextes et inclinations, et je n’ai aucun doute concernant le fait que cela m’a aidé à devenir adulte. Cela m’a poussé loin du narcissisme de l’enfance vers les mystères du monde – l’inexpliqué, le tabou, l’autre – et m’a rapproché d’un lieu de compréhension et d’acceptation.


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