Prix Goncourt 2019 : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » de Jean-Paul Dubois

Verdict ce jour à 13h : Jean-Paul Dubois reçoit le Prix Goncourt 2019 pour son roman Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. Réponse du lauréat suite à l’attribution du prix : « Ça ne change pas grand-chose dans la réalité d’une vie »… Devant tant d’enthousiasme, on se demande que penser de ce roman, qui succède, 100 ans après, à Marcel Proust pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

L’histoire du Goncourt 2019 : deux hommes emprisonnés au Canada

« Il y a une infinité de façons de gâcher sa vie » nous dit le narrateur du dernier livre de Jean-Paul Dubois. Il en existe également pour la réussir ! C’est en tout cas ce que l’on souhaite à l’auteur, fraîchement récompensé du Prix Goncourt 2019. Ancien grand reporter au Nouvel Observateur, il a séduit l’Académie Goncourt. Bernard Pivot, son président, a salué la modernité de sa vision du monde et de son écriture. Un style qui évolue toujours entre le tragique et le comique, porté par des récits oniriques, dont l’intrigue se passe souvent au Canada.

C’est le cas ici, où Paul Hansen, un adorable gardien de maison de retraite, se retrouve incarcéré au pénitencier de Montréal. Paul partage sa cellule avec un Hells Angel emprisonné pour meurtre. L’histoire narre cette amitié entre deux hommes que tout oppose, forcés de vivre dans le même cachot. Peu à peu, on découvre le passé de Paul, sa vie aux côtés de personnages extraordinaires et la raison de son incarcération. Attention, n’y cherchez pas de raisonnement logique ! L’histoire n’essaye pas d’être crédible mais bien inspirante et portée par le rêve, même si l’auteur se défend d’avoir de l’imagination. Le point de départ de ce roman lui a été inspiré par un gardien d’immeuble qu’il a vraiment connu, et qui l’a fasciné par «sa douceur, son intelligence, sa générosité, son aptitude à résoudre des problèmes ».

Une étrange méthode d’écriture : 30 jours pour rédiger chaque livre ! 

Le saviez-vous ? Jean-Paul Dubois a écrit son roman en un mois, comme tous les autres, et toujours en mars. Il livre 8 pages par jour, qu’il rédige de 10h à 3h du matin. Au total : 30 jours d’écriture et un jour de correction. Une méthode qu’il juge efficace, même s’il affirme que « la crainte de ne pas y arriver » est présente au début du processus. Pourquoi s’astreindre à une telle discipline ? Par challenge ! L’auteur avoue qu’à ses débuts, il voulait battre le record de vitesse de Boris Vian, qui a écrit J’irai cracher sur vos tombes en moins d’un mois. Pari perdu mais rigueur de travail et rapidité d’écriture acquises. Depuis, il écrit un livre tous les 4 ans environ. Il précise être « venu à l’écriture car c’est le moyen de gagner sa vie le moins douloureusement possible ». Avis aux amateurs !

Et les autres prix littéraires ?  

Elle y était presque… Amélie Nothomb, pressentie pour le Goncourt avec son livre Soif, a perdu au deuxième scrutin à 4 voix contre 6 pour Dubois. Pendant ce temps, Sylvain Tesson, qui avait déjà gagné le Prix Femina en 2004 pour Dans les forêts de Sibérie, reçoit le Prix Renaudot 2019 pour La Panthère des neiges, et Eric Neuhoff gagne le Prix Renaudot dans la catégorie Essai pour Cher cinéma français. Le tiercé gagnant n’est pas encore fini puisque le prix Femina 2019 sera dévoilé demain, le 5 novembre, suivront le prix Médicis le 8 novembre et le prix Interallié le 14 novembre.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, de Jean-Paul Dubois, Editions de L’Olivier, 256 pages, 19€

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Extrait du livre  :

Il neige depuis une semaine. Près de la fenêtre je regarde la nuit et j’écoute le froid. Ici il fait du bruit. Un bruit particulier, déplaisant, donnant à croire que le bâtiment, pris dans un étau de glace, émet une plainte angoissante comme s’il souffrait et craquait sous l’effet de la rétraction. A cette heure, la prison est endormie. Au bout d’un certain temps, quand on s’est accoutumé à son métabolisme, on peut l’entendre respirer dans le noir comme un gros animal, tousser parfois, et même déglutir. La prison nous avale, nous digère et, recroquevillés dans son ventre, tapis dans les plis numérotés de ses boyaux, entre deux spasmes gastriques, nous dormons et vivons comme nous le pouvons.