Que lire en février : la sélection érotique

« À cinq heures de l’après-midi, l’air de Paris semble imprégné d’érotisme. » Alors que s’avance une fête placée sous les auspices d’un Saint nommé Valentin, partageons, comme Anaïs Nin, des frissons de sensualité au coeur de la capitale. Reconsidérons nos corps et cédons à tous les plaisirs. Voici une sélection érotique des plus aphrodisiaques à s’offrir vite, et à consommer plutôt à la maison (ou pas) pour fuir les regards inquisiteurs.

 

L’Art de l’érotisme par Rowan Pelling

L'Art de l'érotisme © 2017 - Phaidon Press Ltd
L’Art de l’érotisme © 2017 – Phaidon Press Ltd

 

Un objet magnifique dont la couverture bleu nuit, équivoque, s’ouvre au centre. Glissez les doigts dans la fente pour accéder à cet intérieur doré luxuriant… 170 oeuvres (entre 470 avt J-C et 2016) y sont réunies. Parmi les artistes curieux de cet art de l’Eros : des peintres connus de la Renaissance et leurs scènes inspirées des mythes antiques, des créateurs d’images et d’estampes perses, japonaises, ou chinoises, les dix-neuvièmistes Ingres, Géricault, Courbet, Degas, etc., et des plasticiens du XXème. En dernier lieu, des artistes contemporains avec une série d’oeuvres – plusieurs photographiques – dont la découverte est délicieuse.

Les pages se tournent sans interruption, les légendes étant placées à la fin. Le lecteur-spectateur s’attarde d’abord sur ses sens, sans influence aucune. Pour chaque oeuvre ensuite, quelques phrases passionnantes sur son histoire, son époque et son créateur. Des détails qui renvoient, au-delà de celle de l’art, à une certaine histoire de la sexualité. Sensualité, tentation, séduction, les mots reviennent dans ce beau livre qui émoustille et qui permet d’être au plus près de tableaux, de gravures, de photos que jamais notre bouche ne pourrait effleurer dans un musée.

Ed. Phaidon, 2017, 272 p., 75€

 

Aventures magazine

© Aventures magazine n°1 et n°2

 

Une publication affriolante des plus accessibles. Aventures, magazine bimestriel, vient de faire paraître son n°2 « Tout feu tout flamme », le 16 janvier dernier. Pour convoquer l’imaginaire des lecteurs, l’équipe aventureuse plonge dans le bain d’une culture érotique populaire et use d’une esthétique imagée, du suggéré au plus explicite. Photographies, dessins et oeuvres graphiques attisent forcement la curiosité. On craque dans ce dernier numéro pour les dessins rougeoyants de Myriam Mechita. La lecture est plaisante et amusante : Aventures s’offre comme un subtile équilibre entre un esprit adolescent et une pensée mature.

À embrasser tous les deux mois : le récit explosif de Mère Braguette, une sexologue pas comme les autres, de belles pages BD (dont un hommage aux héroïnes du genre), un extrait littéraire, une playlist, des petits jeux cochons et des chroniques culture sexy. Du léger, avec ce qu’il faut de rétro pour l’autodérision. Le tout couronné par un poster central à détacher. Préparez la pâte à fixe et faites de la place sur les murs !

En Librairie ou sur commande : Aventures, 82 p., 10€ le numéro (Abonnement)
Prochain numéro le 16 mars 2018

 

Féros, Cahiers érotiques

Couverture de Féros
© Féros #3

 

Féros, un objet papier de raffinement et de suggestion érotique publié un fois par an. Elégance et subtilité dans des pages qui croisent, autour d’un thème donné, textes littéraires évocateurs – récits, poèmes – écrits par diverses plumes et oeuvres d’artistes contemporains dont le travail n’est que peu connu. Ces cahiers érotiques ont des airs de petit catalogue d’exposition. La lecture, toujours renouvelée, se fait expérience. On ne saurait caresser une page d’un seul coup d’oeil, il faut y revenir tel un désir inépuisable.

Travail artistique et quelque peu philosophique initié en 2015, Féros fait une place aux représentations de l’Eros issues de notre siècle, aux créations d’artistes différents qui comptent dès lors parmi nos coups de coeur. Pour son troisième numéro, sorti en janvier, le beau cahier se pare d’un ruban rouge et d’une couverture noire. Il se fait plus mystérieux avec le « Flottement » comme thème de lecture. Les corps y sont plus absents, l’érotisme toujours fort. Il demande « Et toi, qu’est-ce que tu vois ? ». Oh, nous voilà tout à fait séduits.

Dans chaque numéro, des objets fétiches (une carte postale, un poster…)
Disponible dans certaines librairies et lieux culturels, ou sur commande
Féros n°3, Ed. Presses du réel, 36 p., 15€ / Offre spéciale Féros #1, #2 et #3 (30€)

 

L’ADN, n°13 « Sexe, une question de genre »

Couverture de l'ADN
© L’ADN couverture n°13

 

Technologies, marketing, data, culture numérique… Derrière ces mots, disons-le, rien de très sexy. Et pourtant le 13ème numéro de L’ADN, revue trimestrielle thématique sur l’innovation, a de quoi éveiller nos sens et notre curiosité. Sa rédaction s’est en effet penchée sur le sexe et l’érotisme du futur. Love dolls, cybersexe, réalité virtuelle en mode porno, intelligence artificielle au service de nos émotions… Ce qui se fait, ce qui se dit sur internet et sous la couette, dans nos corps et dans nos coeurs.

Avec un numéro pareil, on tombe de notre chaise. L’objet « sexe » nous réserve bien des surprises. À condition de bien vouloir en parler et de l’aborder aussi comme une question de genre. Sexisme, inégalités, stéréotypes, L’ADN rassemble dans ses pages ceux qui veulent faire évoluer les discours et qui ont des solutions pour. Organisée en plusieurs chapitres, pour différents angles, la revue, intelligente et passionnante, évoque avant tout nos sociétés et la manière dont nous les (dé)construisons chaque jour.

On la trouve en librairie. À se procurer au plus vite avant la sortie en mars d’un numéro « Transmission »
L’ADN, 160 p., 25€ le numéro (Abonnement)

 

Vénus Erotica d’Anaïs Nin

Couverture du livre Venus Erotica
Venus Erotica Couverture © Livre de Poche

 

« J’ai décidé de publier ces textes érotiques, parce qu’ils représentent les efforts premiers d’une femme pour parler d’un domaine qui avait été jusqu’alors réservé aux hommes » explique Anaïs Nin en 1976. Amante du poète Henry Miller, l’écrivaine au grand Journal s’engage en 1940 à fournir à un collectionneur anonyme des écrits érotiques d’abord réclamés à Miller. Des nouvelles qui nous emmènent au Pérou, au Brésil, en Suisse ou aux Etats-Unis et qui nous font frémir de désir.

Si un livre ne vous a jamais fait de l’effet, celui-ci pourrait bien être le premier. Efficaces, visuelles et très bien écrites, ces éroticas aux ambiances vaporeuses transpirent la liberté, le fantasme et la sensualité. Femmes, artistes, en quête de plaisir, d’orgasme et de surprise, seules ou mariées, elles s’appellent Mathilde, Marianne, Lilith, Elena et voudraient qu’on les prenne. Anaïs Nin dessine le sexe de personnages féminins et masculins dont les histoires, au-delà de la jouissance, parviennent à dire aussi la violence charnelle, les obsessions, la complexité du désir et la frustration. Non, aucune place pour les tabous dans ce recueil maintes fois salué. Et si vous nous en demandez encore, la suite s’appelle Les Petits Oiseaux, Erotica II !

Ed. Stock – Livre de Poche, traduction Béatrice Commengé, 2016, 317 p., 6,90€

 

Oeuvre érotique de Pierre Louys

Couverture de 'Oeuvre érotique
Oeuvre érotique, Pierre Louÿs, couverture © Bouquins / Robert Laffont

 

Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation.Catalogue chronologique et descriptif des femmes avec qui j’ai couché. Histoire du Gonzalve et des douzes princesses… Une petite étendue de l’oeuvre érotique de l’écrivain dix-neuvièmiste Pierre Louÿs, découverte seulement après sa mort et disséminée. L’érotisme romancé, poétisé, conté, théâtralisé, expliqué avec audace !

Dans un langage cru, parodique, obscène et sans tabou, le sexe est ici ramené à ce qu’il renferme de plus physique et placé au sommet des plaisirs de la vie. « Branler », « baiser », « bander », les mots s’accumulent et s’introduisent les uns les autres selon un rythme frénétique. On s’amuse de la fantaisie débordante du roman Trois filles de leur mère qui conte les aventures charnelles sans limite d’un narrateur de vingt ans qui rencontre ses voisines. Nous nous extasions comme au spectacle, devant les dialogues, petits textes courts et farceurs où l’on ne cesse de jouir. On trouve leur prolongation dans une partie Théâtre qui fait la part belle aux partouzes et aux incestes, toujours avec humour. Et on se demande si les explications pratiques (Manuel, Méthode…) et anatomiques tenant « aux préceptes de moralité érotique » de Louÿs ne seraient pas, quelque part, utiles. Fantastique !

Ed. Robert Laffont – Bouquins, par Jean-Paul Goujon, 2012, 1088 p., 30€

 

L’Amant de lady Chatterley de D. H. Lawrence 

Femme nue devant un miroir
L’Amant de lady Chatterley, Couverture © Gallimard / Eugène Huc, Femme nue devant un miroir (détail) © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda

 

Un chef-d’oeuvre reconnu du genre qu’il faut signaler pour celles et ceux qui ne l’ont toujours pas lu. Et pourtant, ce roman du britannique Daniel H. Lawrence, écrit en 1928, n’est pas, aux yeux d’aujourd’hui, d’un érotisme exacerbé – à l’époque il fit scandale et fut censuré. Il est ce qu’a voulu y mettre son auteur : « Je veux qu’hommes et femmes puissent penser les choses sexuelles pleinement, complètement (…) Même si nous ne pouvons agir sexuellement à notre pleine satisfaction, sachons, au moins, penser sexuellement avec plénitude et clarté. »

Ainsi, l’histoire de Constance, jeune femme frustrée et ennuyée – vivant dans la campagne anglaise aux côtés de son mari rendu infirme par la guerre – tient davantage à cette idée de libération de la pensée sexuelle. Libération érotique qui va de pair avec la prise de conscience des effets néfastes de la mondialisation, de l’industrialisation et du manque d’égards des classes dirigeantes.

Selon un rythme assez lent mais subtilement fiévreux, nous vivons la relation charnelle (et pas tellement amoureuse) de Constante et Oliver Mellors, le garde-chasse, dont les caresses doivent préserver la douceur de la vie, loin du néant et de l’argent, et protéger la richesse naturelle du désir, source de liberté. Une lecture poétique et intelligente qui titille en nous l’utopique besoin de ne vivre que d’amour et d’eau fraîche.

Ed. Gallimard – Folio Classique, traduction F. Roger-Cornaz, 2017, 542 p., 5,90€

 

Et aussi…

9 semaines 1/2 d’Elisabeth McNeill, Livre de Poche, 5,60€

Le grand siècle déshabillé, Anthologie érotique du XVIIe siècle, Bouquins, 30€

Censored, de Diane Doan na Champassak, RVB Books, 60€