6 auteurs pour redécouvrir la littérature de jeunesse

Alors que l’immense Tomi Ungerer s’en est allé, gros plan sur six génies qui, à l’instar du papa des Trois Brigands, se sont plu à révolutionner la littérature de jeunesse.  

Roald Dahl

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Phizz-Whizzing Collection par Wee Sen Goh (Flickr Creative Commons)

 

James et la grosse pêche, Charlie et la Chocolaterie, Matilda, Le Bon Gros Géant… Vous connaissez les titres – et très certainement les adaptations cinématographiques – de ces classiques de la littérature jeunesse. Ils sont tous signés de la même plume, celle du britannique Roald Dahl, célébré à travers le monde pour son humour macabre, son attachement immodéré pour les figures enfantines et son sens de l’imaginaire particulièrement décomplexé. Trois volumes plus méconnus sont nécessaires pour saisir la richesse de son univers : Moi, Boy, premier opus d’un diptyque autobio (on y découvre son passif pas si paisible d’écolier et par rebond les raisons de sa hantise du monde adulte) ; Un conte peut en cacher une autre, succession de pastiches délirants et politiquement incorrects ; et bien sûr Sacrées Sorcières, allégorie sur le deuil fourmillant de détails gothiques et morbides.

Dr Seuss

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Dr.Seuss par Concetta S (Flickr Creative Commons)

 

Du Grinch au Lorax en passant par le Chat Chapeauté, ses personnages sont légendaires. Et ses fables, très modernes. Pourtant, l’oeuvre du Dr Seuss demeure relativement discrète chez nous. Elle est donc à redécouvrir d’urgence ne serait-ce que pour s’instruire tout en s’amusant : imprégnée de jeux de mots, de sonorités musicales et de rimes acrobatiques, l’écriture de Seuss – Theodor Seuss Geisel de son entier patronyme – est un parfait moyen pour s’initier aux rudiments de la langue anglaise. De la douce folie très « carvanalesque » de Seuss émane une irrévérence encore intacte. La preuve ? Marilyn Manson en est fan.

Maurice Sendak

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« Max en de maximonsters » par Anneke (Flickr Creative Commons)

 

S’il fallait résumer la réjouissante subversion des livres pour enfants des années soixante – outre-Atlantique tout du moins – la simple évocation de Max et les Maximonstres suffirait à contenter tous les historiens. Cet album au succès planétaire, dont chaque planche est une pièce de maître, synthétise à lui seul le style Maurice Sendak : un crayonné-pastel incisif et précis, une sensation de mouvement perpétuel, une poésie sous-jacente, et, en creux de ces dessins, ce grand mix de sérénité, de burlesque et de violence qu’est l’enfance. Si nombre de ses récits correspondent à cette alchimie, on conseillera avec insistance – par-delà Max et son îlot imaginaire – la lecture de Cuisine de Nuit, digression culinaire enchanteresse et très graphique, mais aussi celle d’On est tous dans la gadoue, l’un de ses plus beaux tragiques albums. Une histoire de solitudes infantiles comme le natif de Brooklyn aimait tant les conter.

Tomi Ungerer

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« Technicolor bat » (From « Rufus, » by Tomi Ungerer, 1961) par Elizabeth (Flickr Creative Commons)

 

Si l’un de ses albums les plus connus reste Otto, évocation des drames de la Seconde Guerre mondiale à travers le regard d’un banal ours en peluche, l’oeuvre du franco-alsacien Tomi Ungerer mérite à plus d’un titre le détour. De l’incontournable Les trois brigands (et ses très épurés jeux de silhouettes) à l’utopique Jean de la Lune en passant par le très cocasse Chapeau Volant, les histoires jeune public d’Ungerer, pendant soft de son versant adulte bien plus underground et trash, dénotent par leurs tonalités clair-obscur, oscillant sans cesse entre une légèreté cartoon faussement candide et une gravité très intime. Les plus curieux feront escale au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg – sa ville natale.

Shel Silverstein

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Where the Sidewalk Ends par Dominique (Flickr Creative Commons)

 

Peut-être le plus philosophe de tous. Artiste multi-cartes capable à la fois de composer une folk song, réaliser un long métrage et imaginer une histoire pour jeunes têtes blondes, Shel Silverstein délivre avec The Giving Tree, The Missing Piece et Where the Sidewalk Ends autant de contes existentiels dont la profondeur suscite encore l’admiration. Parfois minimaliste au possible, le style de Silverstein semble simple et pourtant, les interprétations et messages qu’il porte en lui sont d’une richesse revigorante. Grand ami de Tomi Ungerer, il est l’âme poétique de ces talents qui ont fait la littérature de jeunesse anglophone des « golden sixties ».

Judith Kerr

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And then he looked round the kitchen (Le tigre qui s’invita pour le thé) par Lee Carson (Flickr Creative Commons)

 

Judith Kerr a tout fait. Styliste, enseignante, scénariste pour la BBC, et bien sûr romancière. Son récit le plus emblématique a pour nom Quand Hitler s’empara du lapin rose (1971) et c’est un classique de la littérature britannique. Une histoire très personnelle pour cette native d’Allemagne qui, en compagnie de sa famille, a fui la société germanique des années trente. Les habitué.e.s de l’Ecole des Loisirs connaissent cette illustration pour enfants – mais sans fards – du nazisme et de ses ravages. La littérature de jeunesse y dévoile sa force, sachant aborder les thématiques les plus dramatiques avec délicatesse et subtilité, tout en nuances et en émotions, mais sans jamais prendre son lecteur pour le dernier des nigauds.


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