6 choses à savoir sur l’incontournable John Hamon

Vous croisez sa bobine partout. Les affiches où figure le visage de John Hamon squattent tous les arrondissements parisiens. Mais qui est vraiment cet artiste qui, lunettes au pif, a fait de sa face anonyme un véritable emblème ? Focus sur une énigme omniprésente.

Tout part d’une photo d’identité

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John Hamon @ Le Marais @ Paris par Guilhem Vellut (Flickr Creative Commons)

 

Tout a commencé en 2001. C’est cette année-là que l’artiste John Hamon s’initie au placardage viral d’affiches à son effigie. Mais plus précisément, tout a commencé dans un photomaton. Car ce portrait si caractéristique que vous apercevez désormais à chaque arrondissement, entre deux boutiques ou immeubles haussmanniens, est une photo d’identité, prise par l’artiste pour ses 17 ans. On y voit le jeune John – qui n’a plus vraiment la même tête aujourd’hui – looké comme un étudiant sorti des Beaux Arts : les tifs en désordre, le regard très chill, le sourire en amont. A croire que, des métros à Amélie Poulain en passant par les facéties street art de l’hurluberlu, le photomaton est un élément fondamental de l’imaginaire parisien.

 

C’est le pro de l’affichage sauvage

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« John Hamon, John Hamon Mickey Mouse, 2018 » par Retis (Flickr Creative Commons)

 

« Cette photo ne me ressemble pas forcément, je la trouve même un peu bizarre » remarque John Hamon. Toujours est-il que ce polaroid a fait de l’intéressé le serial-affichiste le plus connu de Paris. L’affichage sauvage est-il un art ? Et pourquoi pas ? Après tout, Marcel Duchamp nous démontrait avec brio que n’importe quel objet du quotidien est un chef-d’oeuvre en puissance, même un bête urinoir. La différence est que l’as du photomaton ne désire pas forcément investir les galeries des musées. A l’instar des street artistes comme Banksy (appellation qu’il réfute pourtant régulièrement), son terrain de jeu est bien plus vaste : il est à ciel ouvert.

 

Il incarne « l’art promotionnel »

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« John Hamon @ Near Champs Elysée @ Paris » par Guilhem Vellut (Flickr Creative Commons)

 

« C’est la promotion qui fait l’artiste ou le degré zéro de l’art » scande à qui veut l’entendre John Hamon, paraphrasant le fameux « degré zéro de l’écriture » théorisé par le penseur Roland Barthes. Un slogan qui résume ce qu’il intitule encore « l’art promotionnel« , soit sa conception toute personnelle de la création. Pour Hamon, la promotion exprime en soi une notion, une émotion, un message, et c’est pour cela qu’elle « fait l’artiste« . Une idée pas si neuve, puisqu’elle renvoie aux préceptes avant-gardistes d’Andy Warhol, selon lequel la publicité est une forme incontestable d’expression créatrice. Au Pape du Pop, Hamon emprunte aussi le rituel de la sérigraphie. Ses affiches constituent un motif qui se répète à l’infini, comme peut l’être une simple boîte de soupe Campbell dans un supermarché. De là à en conclure que l’art n’est qu’un produit ou qu’un commerce comme un autre, il n’y a qu’un pas.

 

Il aime se projeter

John Hamon ne se contente pas de se « taper l’affiche » aux croisements des boulevards. Il se permet aussi de projeter son portrait sur les monuments les plus emblématiques de Paris, comme la tour Eiffel, l’Assemblée Nationale et la Bibliothèque Nationale de France. On a même pu voir une affiche géante le représentant place de la Concorde. Une manière de pénétrer le patrimoine historique de la ville, ou plutôt de le pirater, tout en s’offrant la promo la plus mégalo possible. A l’instar de Vidocq ou Belphégor, John Hamon hante Paname. Au cœur de la ville, il concilie le profane et le sacré en s’attaquant aux institutions les plus séculaires. Pour mieux suggérer qu’à force de s’imposer à notre regard, il en est peut être devenu une, lui aussi ?

 

Son geste est politique

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© John Hamon au Mur XIII

 

Les premières affiches de John Hamon ont été collées aux murs de la capitale à l’aube de l’année 2002. C’est-à-dire quelques temps avant le passage du Front National au second tour des élections présidentielles françaises. Qu’il le veuille ou non, son art est politique. L’intéressé n’hésite d’ailleurs pas à comparer son geste à celui des militants qui, lors des courses électorales, placardent les affiches de leurs candidats au sein de leur ville. Mais la dimension politique du geste « hamonien » est plus parodique qu’autre chose. Elle démontre surtout que n’importe quel « nobody » peut, à coups de surenchère, de prétention dérisoire et d’huile de coude, devenir emblématique et prendre possession du territoire urbain. Au gré des années, la société évolue et les candidats se succèdent, mais un seul visage perdure et résiste aux grands bouleversements : celui de John Hamon, immobile dans le temps.

 

Son visage est (vraiment) partout

Des milliers. C’est, sans grande précision, le chiffre que décoche John Hamon lorsqu’on lui demande le nombre d’affiches qu’il s’est plu à coller à travers le globe. Dans une dynamique encore une fois très warholienne, Hamon est donc une machine, qui a fait de son visage un « produit d’observation courante ». L’intéressé ayant ses ami.e.s et ses groupies, ne vous étonnez pas si vous croisez sa bobine aux antipodes de Bastille – d’aucuns disent que ses affiches s’éparpillent dans pas moins de 33 pays différents. En attendant, vous pouvez toujours le suivre sur Instagram. Réseau social oblige, son compte personnel est un réjouissant egotrip, véritable autel entièrement dédié à sa propre personne, dévoilant tous les dérivés délicieusement « pop art » de ce fameux portrait. Ludique à souhait.


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