A la rencontre de Louis Goulet, fondateur de Noyoco

En créant la marque Noyoco il y a maintenant 7 ans, Louis Goulet se lançait un triple défi. Celui d’entreprendre – entouré d’amis proches – de proposer des vêtements au style élégant, et, surtout, d’y insérer du sens en optant pour une production 100% éco-responsable.
Concilier le style et l’écologie n’était pas son seul objectif. Il a aussi choisi d’innover et de sortir du schéma classique des collections saisonnières, en renouvelant les pièces en permanence – parfois d’une semaine à l’autre – dans des séries limitées.
Créer au gré des inspirations en associant une esthétique et une manière de produire fidèle à ses idées : voilà ce qui caractérise le projet de Noyoco.
Louis court donc dans tous les sens. Tout juste rentré d’une conférence sur l’artisanat en Inde, il nous accueille dans sa boutique concept-store du 41 rue des Dames. Là où tout a démarré.

 

 

Noyoco

 

Peux tu nous présenter ton parcours ? Comment en es-tu venu à créer ta propre marque ?

Nous avons créé ça ensemble avec des amis, en trouvant tout d’abord un espace pour le concept store.  Dès le départ, on voyait ça plutôt comme un état d’esprit, sans forcément avoir l’ambition de devenir créateur de mode. On a commencé avec des pièces très simples : des tshirts, des vestes…

Par la suite on a réalisé qu’en France, il n’existait pas vraiment de proposition de vêtements décontractés avec une véritable qualité. Souvent c’était soit très « Rock » ou « Streetwear », ou bien au contraire très BCBG. On ne trouvait pas d’entre-deux et c’est comme ça qu’on a eu l’idée de proposer cela nous même.

On avait une intention stylistique assez nouvelle, mais il y a surtout une mentalité qu’on a voulu mettre en avant. Notre volonté, c’était de proposer un mode de vie avec une consommation différente. Axée sur la qualité, l’utilisation de matières nobles. Une esthétique commune qui soit simple, minimaliste. D’emblée, on a présenté aussi des objets, car on était fascinés par le savoir-faire de certains artisans. Cette dimension culturelle, traditionnelle, fait aussi partie des détails qui nous démarquent.

 

Quelle est la signification du nom « Noyoco » ?

À l’origine ça s’appelait No Youth Control. Je voyais ça comme un appel à cultiver sa jeunesse intérieure, à ne pas se sentir brimé, mis dans une case. Ce nom pour moi c’était une incitation à cultiver une certaine fraîcheur, une idée de décloisonnement. Ça fait aussi référence aux initiales de la ville de New York, où il y a un vrai brassage culturel, qui m’a beaucoup inspiré lorsque j’y ai vécu.

Mais le nom d’origine n’était pas très simple à prononcer et puis ça évoquait aussi un côté un peu teenage. C’est donc la contraction de No Youth Control qui a donné NOYOCO. Mais pas mal de gens pensent que c’est un nom japonais (rires).

 

 

Qu’est-ce que tu souhaites exprimer par le biais de tes créations ? As-tu des modèles, des personnes qui t’ont inspirées ?

Ce que j’ai envie d’exprimer c’est  justement cet aspect multiculturel dont je te parlais. J’ai grandi à Montmartre, mais la vie à New York m’a aussi beaucoup intéressé et influencé.

Concernant les autres créateurs, ce qui a pu m’inspirer c’est surtout le côté « effort-less », c’est quelque chose que j’apprécie. Ça me parle bien plus que la froideur ou l’arrogance de certaines maisons.

 

Un de tes principaux engagements est d’avoir une chaîne de production et des vêtements éco-responsables : quels moyens utilises-tu pour y parvenir ?

Premièrement, nous n’utilisons aucune matière synthétique. C’est extrêmement important de le souligner. C’est quelque chose d’assez méconnu pour le moment, mais il y a un réel problème avec ces matières là : à chaque fois qu’on les lave à la machine, les vêtements synthétiques libèrent des micro-particules de plastique. Et comme elles sont minuscules, elles ne sont pas filtrées.  Elles s’écoulent alors inévitablement jusqu’à l’océan…Greenpeace estime que ce déversement de micro-particules équivaut à 50 milliards de bouteilles d’eau dispersées dans l’océan chaque année. C’est invisible mais bien réel.

Ensuite, il y a le sujet des pesticides utilisés pour produire les matières qui vont servir à fabriquer les vêtements. Malgré l’image « naturelle » dont jouit le coton, il n’est pas vraiment écologique. Pour te donner un exemple, en Inde les champs de coton représentent seulement 5% des surfaces cultivées, mais 54% des pesticides utilisés dans le pays.

Donc plus de la moitié de leurs pesticides sont dédiés à cette exploitation là, alors que ça ne représente qu’une infime partie de la production globale. Produire du coton bio est un début de solution. Mais ça n’est pas suffisant car cela demande une grande quantité d’eau. Pour que tu puisses te faire une idée, produire un tshirt de 25O grammes ça nécessite d’utiliser 2500 litres d’eau…Pour un seul tshirt ! On privilégie donc les matières dites « low impact », à savoir le lin, le chanvre et l’eucalyptus, car elles demandent beaucoup moins d’eau pour être produites.

Enfin, la dernière méthode et qui est la plus efficace pour réduire l’empreinte écologique, est ce que l’on appelle « l’upcycling » . Cela consiste à réutiliser des tissus déjà existants mais devenus obsolètes; ça peut être des chutes, des surplus de stock dûs à de mauvais calculs de productions… On choisit de les récupérer et de les valoriser en en faisant quelque chose de nouveau. Cela permet de ne rien gaspiller.

 

Noyoco

 

Cette méthode de l’upcycling est assez particulière. Est-ce que cela a un impact sur ta création et ta façon de fonctionner  ?

Je trouve que c’est quelque chose d’hyper intéressant en fait. Pour te donner une image, je compare souvent ça à un chef cuisinier qui va faire son marché avant de composer son menu pour son restaurant.

C’est un peu comme une inspiration à l’envers. Ce choix de  « l’upcycling » est une contrainte, mais finalement aussi une autre forme de créativité. Depuis qu’on a adopté ce mode de fabrication, on s’est affranchi des délais de production et on est donc sur un cycle très court…

C’est ça qui nous permet d’être très spontané dans nos créations.

On a développé une réaction quasi-émotionnelle à la matière, et comme on fait des petites séries, très limitées, on peut explorer plein d’idées et se laisser surprendre par des motifs que l’on aurait pas forcément imaginés.

Il y a une forme de « ping pong » entre ton idée d’origine et ce que tu trouves dans ces rouleaux de surplus. Et le hasard fait bien les choses par moments.

On se retrouve avec un état d’esprit de vrai « lâcher prise », et intégrer cette dimension de surprise permet de faire surgir de nouvelles choses.

Bien  entendu on a toujours une ligne directrice que l’on conserve, mais en tout cas ce fonctionnement est intéressant artistiquement parlant.

 

Vu de l’extérieur, il y a une forme d’engagement presque politique dans ta création et dans tes choix. il y a l’aspect côté éco-responsable, le choix d’avoir un vestiaire unisexe… C’est important pour toi de porter un message dans ce que tu fais ?

Depuis le départ j’ai toujours voulu faire des choses qui ont du sens. D’abord travailler avec des gens que j’aime, dont je partage l’état d’esprit, c’était une première chose.

Après, pour moi c’est juste nécessaire qu’il y ait du sens.  Ensemble, faire des choses qui, à notre humble échelle bien sûr, font avancer la société.

On essaye de transmettre une vision du futur qui nous semble bonne et progressiste.

Cela n’engage que nous, notre point de vue.  Mais en tout cas nous sommes fédérés autour d’une cause commune, et dans la mesure du possible, j’essaye de toujours tendre dans cette direction.

Pour moi c’est simplement la base du bonheur en fait, être aligné avec tes valeurs et tes principes.  Dans un avenir proche, j’espère qu’il va y avoir une vraie prise de conscience généralisée.

Il manque une vraie considération de l’écologie dans le domaine de la mode et du textile, mais les choses avancent. C’est les gens qui petit à petit vont amener cette évolution je pense.

 

Pour terminer, j’ai une question un peu plus vaste : quelle est ta conception de l’élégance ?

L’élégance pour moi, c’est intimement liée à la personnalité de chacun.  Tout d’abord il y a pas UNE élégance. Il y en a de toutes sortes : par exemple, un homme qui porte fièrement un boubou, un vêtement ou une pièce qui a du sens pour lui, c’est élégant.

Peut être que ça ne correspond pas à TA vision ou à ton élégance, mais il y a une dimension qui relève du charisme et de l’aura qui se crée pour chacun. Pour moi tout est lié à cet espèce d’accord avec toi même. Une manière sobre et subtile, mais à la fois hyper intime, fidèle, de restituer de ce que tu es au fond. Le naturel importe beaucoup dans l’élégance.  Quelqu’un qui porte un vêtement qui ne lui ressemble pas, ce n’est pas le prix qu’il l’a payé ou la qualité du vêtement qui le rendront élégant pour autant…

À mon avis, l’essentiel est de trouver un accord entre la personne qui tu es au fond, et l’élégance naturelle que tu as déjà. Tu peux développer, mais elle doit toujours t’être propre, personnelle.

 

Propos recueillis par Aurélien Berne 

 


Boutique Noyoco
41, rue des dames, 17e