Ils emmènent des migrants au ciné, au musée, en balades, grâce à l’initiative Pari(s) à 2

Permettre à des migrants de découvrir Paris et ses secrets en binôme avec des bénévoles, voilà l’objectif de l’association Initiatives et changement avec le programme Pari(s) à 2. Des sorties riches en échanges et en découvertes culturelles qui répondent à un vrai besoin. Nous avons suivi Louise et Saïd-Alam lors de leur visite du château de Versailles vendredi dernier.

<small>Louise et Saïd-Alam à Versailles dans le cadre de Pari(s) à 2 ©Wassila Djellouli<small></small></small>
Louise et Saïd-Alam à Versailles dans le cadre de Pari(s) à 2 ©Wassila Djellouli

Vendredi 8 novembre 14h. Louise a rendez-vous avec Saïd-Alam au RER Château de Versailles Rive-Gauche. Elle est en service civique à l’association Initiatives et Changement. Lui est un migrant, venu d’Afghanistan. Ils se retrouvent pour une deuxième sortie dans le cadre du programme Pari(s) à 2, après avoir arpenté Montmartre et son Sacré-Coeur quelques jours plus tôt. Une activité qui remporte toujours un grand succès auprès des migrants de l’association, à l’instar du « bateau-mouche », selon la déléguée générale Hélène Branco.

Pour oser pénétrer dans les musées, les migrants ont besoin d’une personne qui fait le lien

Ce jour-là, ils envisagent d’admirer la demeure du Roi Soleil, de l’intérieur. « Je suis déjà venu, mais seulement dans les jardins », confie Saïd-Alam, qui reconnaît qu’il est « difficile » pour lui de franchir la porte tout seul. « Les migrants passent parfois devant des monuments sans oser y entrer », explique à ce sujet Hélène Branco. « Ils peuvent se sentir mal à l’aise et avoir besoin d’une personne pour faire le lien ». Louise remplit ce rôle à merveille. Avec elle, Saïd-Alam semble en confiance et ose poser les questions qui lui traversent l’esprit.

« C’est plus facile de faire la visite avec Louise, car elle parle doucement. Si je ne comprends pas, je peux lui demander de répéter, ou je peux lui demander « qu’est-ce que c’est ça ? » ou qu’est-ce que ça veut dire ? », explique le jeune Afghan. Dans le château, Saïd-Alam prend des photos avec son téléphone. Le cabinet de Madame Adélaïde et ses bibliothèques, et l’immense tableau de Véronèse, Le repas chez Simon, dans le salon d’Hercule, semblent lui avoir tapé dans l’oeil. Tout comme bien sûr la magnifique Galerie des Glaces.

<small>salon d'hercule chateau versailles, CC BY 2.0 Jorge Láscar<small>
salon d’hercule chateau versailles, CC BY 2.0 Jorge Láscar

Arrivée devant la chapelle royale, Louise l’apostrophe, en pointant du doigt l’orgue : « Saïd, tu te souviens ? ». Au Sacré-Coeur, elle lui avait déjà fait remarquer la présence de l’instrument, mais impossible pour son binôme du jour de retrouver son nom. Pour celui qui n’est en France que depuis 18 mois, la pratique du français est encore difficile. « C’est très compliqué car je ne comprends pas le verbe, comment le conjuguer etc, j’apprends mais doucement », explique le jeune homme qui suit par ailleurs des cours obligatoires plusieurs heures par semaine.

Découvrir la culture de l’Hexagone et faire des progrès en français

Ses conversations avec Louise lui feront inévitablement faire de grands progrès. C’est d’ailleurs  aussi cela le but de Paris à (2). « On favorise les échanges en français » explique Hélène Branco, qui tient d’ailleurs à ce que les bénévoles le parlent couramment. Si la communication est trop difficile, l’utilisation de l’anglais est bien sûr autorisée. Et en cas d’impossibilité de compréhension verbale, «On prête aux bénévoles un outil avec des images, conçu par le Guide du Routard », ajoute la déléguée générale.

Pour sa prochaine sortie avec Louise, Saïd-Alam a déjà quelques envies : en plus de continuer à visiter Paris et apprendre l’histoire de France, il aimerait aller au cinéma ou boire un café. Avec le budget maximal de 15€ par personne alloué aux sorties, ces souhaits pourraient bien être exaucés.

<small>Louise et Saïd-Alam dans les jardins du Château de Versailles ©Wassila Djellouli<small>
Louise et Saïd-Alam dans les jardins du Château de Versailles ©Wassila Djellouli

D’une manière ou d’une autre, la démarche d’apprivoiser la ville et d’imiter le mode de vie parisien est encouragée. « Boire un simple verre en terrasse, les Parisiens le font tous. Mais la plupart des migrants ne l’ont jamais fait. L’un d’entre eux m’a dit un jour ‘Cela fait deux ans que je suis à Paris et c’est la deuxième fois seulement que je le fais‘ », raconte Louise.

Des sorties utiles et stimulantes pour les migrants comme pour les bénévoles

Cette initiative répond à un vrai besoin. « Tous leurs besoins primaires et de sécurité sont pris en charge, comme la domiciliation, les demandes administratives, les transports etc. Mais comme ils n’ont pas droit de travailler, ils restent dans des centres et ne savent parfois pas vraiment où aller. Ils ont besoin d’une intégration pratique pour se débrouiller», explique Hélène Branco.

Si les migrants semblent ravis de leur participation à Pari(s) à 2, les bénévoles aussi y trouvent leur compte. En plus de la connaissance d’une autre culture, ils récoltent un sentiment d’utilité d’autant plus important que les demandeurs d’asile leur sont très reconnaissants. L’engagement n’est pas très contraignant : il s’agit d’un cycle de 6 à 8 sorties, avec une rencontre toutes les deux semaines environ selon les disponibilités de chacun. Sans compter que ces dernières leur permettent de partager leurs passions et de mettre le nez dehors pour (re)découvrir eux-mêmes Paris avec des yeux nouveaux.

Initiatives et Changement
7 bis, rue des Acacias, 92130 Issy-les-Moulineaux
Tél. 01 41 46 03 60
info@ic-fr.org