Qu’est-ce que le brown out, cette perte de sens dans le travail ?

Littéralement traduisible par « baisse de courant », le brown out est la perte de motivation due à une perte de sens dans son travail. Une épreuve loin d’être anodine, qui laisse des traces et provoque souvent des électro-chocs chez celles et ceux qui en sont victimes. Découvrez comment ce phénomène a changé leur vie.

 

« J’étais couverte de plaques rouges… » : les symptômes du brown out

lunettes sur un carnet à côté d'un ordinateur
©Trent Erwin on Unsplash

 

Après quelques années dans le monde du travail, Céline a « commencé à faire des crises d’urticaire du jour au lendemain » : « j’étais couverte de plaques rouges […] Puis j’ai découvert une intolérance au gluten ». Un comble pour celle qui travaillait dans le domaine de la boulangerie. Ces symptômes physiques venaient s’ajouter à un mal être psychologique grandissant : « je n’avais pas trop le moral, j’étais toujours tendue, irritable, j’allais au travail à reculons ».

Et pour cause, d’abord pleine de bonne volonté, la jeune diplômée a très vite perdu la foi dans une mission qui lui paraissait finalement peu utile. « Je me disais souvent il y a des problèmes bien plus graves dans le monde, et moi je suis en train de me mettre une pression de dingue pour qu’un site internet dont tout le monde se fout soit en ligne absolument à telle date, ou bien pour savoir si la couleur choisie pour un fond de photo correspond bien à l’identité de la marque ».

Céline l’ignorait encore, mais elle était en plein « brown out », une douloureuse perte de sens dans la vie professionnelle, pouvant mener à la dépression. Si nombreuses sont les personnes qui traversent cette épreuve, beaucoup ne le réalisent qu’après coup. Selon le psychologue du travail Sébastien Hof, contrairement au burn out, il n’y a pas vraiment de tableau clinique. Si ce n’est un profond mal-être.

 

Quand la réalité du monde pro déçoit : la cause du brown out

Une personne tient un journal dans ses mains
©Olu Eletu on Unsplash

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les personnes ayant choisi leur domaine professionnel par conviction n’en sont pas à l’abri. Le passage de la théorie au concret pouvant s’avérer décevant. Parfois, « elles avaient une représentation de valeurs, surtout dans les domaines de la santé et du social, qu’elles ne retrouvent pas dans l’institution dans laquelle elles travaillent », explique Sébastien Hof. « Ou alors elles se retrouvent dans un travail qui avait un intitulé semblant intéressant, mais qui en fait est creux ». Le psychologue du travail cible par exemple les postes aux noms sexy comme « chargé de mission » : « on croit qu’on aura de multiples responsabilités alors que l’ont fait des rapports et projets qui ne sont pas toujours vus ». Pour ces personnes à la réussite professionnelle apparente, il peut alors être difficile d’avouer s’être trompées.

Au point que beaucoup, comme Aurélia, préfèrent d’abord ne pas s’écouter. Fraîchement diplômée d’une école de commerce, elle décroche un CDI en marketing dans une boîte de cosmétiques. Mais très vite, la jeune femme a le sentiment de « passer à côté d’un truc » : « Je commence à me demander : quelle est la finalité de mon travail ? […] Chuuut, je fais taire cette petite voix au fond de moi. Je me persuade que je suis épanouie ; après tout, on ne cesse de me dire que beaucoup de gens aimeraient être à ma place », raconte-t-elle sur la-carotte-masquee.com.

 

« A 24 ans, je ne savais plus ce que j’allais faire ensuite »

quatre personnes autour d'une table
©Dylan Gillis on Unsplash

 

Mais « après plusieurs mois d’immobilisme », son corps a pris le relais pour lui faire passer le message : « j’ai commencé à faire des malaises dans le métro : je m’évanouissais une station avant d’arriver au bureau ! ».

Après avoir vu son environnement de travail changer radicalement, Emilie du blog foliecurieuse.fr a elle aussi développé de drôles de symptômes : elle connut un enchaînement de « gastrites, problèmes de dos, tensions, accidents du travail et même des maladies dont on ne sait toujours pas ce qu’elles étaient ». Une somatisation impressionnante, qui l’a obligée à s’arrêter. « Je me sentais vidée […] A 24 ans, je ne savais plus ce que j’allais faire ensuite et j’avais cette sensation que ma vie professionnelle était ratée. Pour une ambitieuse comme moi, ça fait très mal ! », explique celle qui a courageusement fait face au vide qui l’effrayait tant.

 

Nul besoin d’aller « élever des chèvres dans le Larzac »

champs à la campagne avec un coucher de soleil
©Federico Respini on Unsplash

 

Bien souvent, cette épreuve du brown out oblige celles et ceux qui en sont victimes à se remettre en question. Mais il leur faut au préalable s’accorder le temps de se remettre sur pieds : « le choc a été violent pour ma part, et j’ai eu besoin de temps pour comprendre, accepter et m’en remettre », affirme Céline. Pour elle, cela est aussi passé par une longue phase d’exploration : « je me suis permise de faire toutes sortes d’activités qui m’ont toujours attirée mais que je n’avais jamais osé essayer, comme le théâtre ».

Après une période de récupération, Emilie a elle réalisé que son brown out lui avait appris à « s’écouter quand quelque chose ne va pas » : « Je suis beaucoup plus ouverte à moi-même et au monde qui m’entoure », observe la blogueuse qui a depuis développé son entreprise. « Cet épisode-là va modifier radicalement quelque chose chez les gens qui en sont victimes », affirme à ce sujet Sébastien Hof. « Ils vont se positionner différemment […] et mettre en place des stratégies de défense individuelles qui vont leur permettre de favoriser un travail pouvant mieux leur convenir ». Mais, le psychologue du travail tient à mettre en garde contre les récits que l’on entend très souvent : il n’est pas nécessaire pour rebondir d’opter pour une solution radicale comme celle d’aller « élever des chèvres dans le Larzac ». Voilà qui devrait rassurer celles et ceux qui voudraient aller mieux sans pour autant devoir tout changer.

 

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