Ces jeunes Parisiens adeptes du naturisme

Qu’ils le pratiquent à Paris ou ailleurs, qu’ils soient débutants ou plus aguerris, les trois Franciliens que nous avons interrogés sont tous des adeptes du naturisme. Ils se souviennent pour nous de leurs premières expériences et nous parlent de leurs limites et conditions pour être tout nu.

« J’ai couru comme un enfant qui fait une bêtise »

Avant de tenter sa première expérience naturiste en juin 2019, Marion n’avait aucun « penchant » particulier pour la pratique, si ce n’est qu’elle se « baladait parfois nue chez elle ». Mais après s’être vue proposer trois années consécutives un séjour dans un camping naturiste corse par une agence, l’auteure francilienne du blog Maman Prout a fini par accepter. Le déclic pour elle ? La possibilité de « visiter une nouvelle région, profiter de quelques jours de déconnexion toute seule ». Mais aussi une envie de « liberté et de rapport direct à la nature ».

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Photo by Emma Waleij on Unsplash

 

Avant son départ, la trentenaire n’avait qu’une appréhension : le regard de l’autre sur son corps « loin des standards de beauté » selon ses propres termes. Elle a donc opté pour une méthode bien à elle, mi-progressive mi-radicale : « le premier soir, je ne me suis pas déshabillée. Et le deuxième jour, il faisait un grand soleil, je suis allée de très bonne heure à la plage. J’ai enlevé tout d’un coup et je me suis mise à courir comme un enfant qui fait une bêtise ».

« Je pensais qu’il n’y aurait que des hippies tout ridés »

Mais très vite, la jeune femme remarque que les autres naturistes sont très respectueux à son encontre, la saluant de loin et la laissant profiter de sa tranquillité. Tous ses préjugés disparaissent. « Je pensais tomber sur des gens qui sexualiseraient la chose en regardant avec insistance, ou des vieux hippies tout brunis par le soleil et bien ridés. Mais il y avait des couples de vingtenaires et des bandes de copines d’une quarantaine d’années. Tout le monde était très bienveillant ». Ce qui a également agréablement surpris Marion, c’est tout le panel de nouvelles sensations qu’elle a découvertes : « j’avais l’impression de retrouver mon corps, de le sentir bouger et vivre. Je me sentais beaucoup plus légère avec mes seins qui bougeaient, mes hanches et mes poignets d’amour totalement libres »

Un bien-être que la jeune maman, revenue depuis en Essonne, souhaiterait volontiers retrouver lors d’une prochaine expérience naturiste. En île-de-France cette fois ? Pourquoi pas, mais à deux conditions : qu’il fasse suffisamment chaud et que le camp soit bien « préservé du regard des autres», comme l’était le camping dans lequel elle a séjourné en Corse.

Le naturisme à Paris, la pratique qui divise

Contrairement à elle, Mika, naturiste Parisien, est lui plutôt fermé à l’idée de pratiquer en Île-de France. S’il n’est pas contre essayer un jour les séances de baignades naturistes de la piscine Roger le Gall dans le 12e arrondissement, il préfère de loin pratiquer en vacances : « au Cap d’Agde ou dans ma maison secondaire en Auvergne, je me sens moins gêné. Et puis pour moi, naturisme rime avec nature ». Donc pas spontanément avec Paris. A l’évocation de l’espace du bois de Vincennes, ouvert aux naturistes six mois dans l’année depuis 2017, le jeune homme est catégorique. Il n’y mettra jamais les pieds, estimant que ce terrain délimité par des panneaux et également ouvert aux textiles (comprenez, personnes habillées) « n’est pas suffisamment fermé ni protégé des voyeurs ».

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Photo by Simon Harvey | @SimHxrvey on Unsplash

 

Cédric, vice-président de l’Association des Naturistes de Paris, est lui enchanté de pouvoir jouir de cet espace de 7300m2. Et pour cause, il a participé à l’obtention de l’autorisation en 2017. Ses meilleures expériences naturistes, c’est là-bas que ce jeune homme les vit : « j’ai testé de nombreuses plages naturistes, je n’ai jamais connu la convivialité qu’il y a au bois de Vincennes. Les gens se parlent, partagent leur repas, jouent spontanément aux cartes ou au mölkky… ».

La peur de l’excitation, une appréhension qui passe

Aujourd’hui aguerri à la pratique, Cédric se souvient de ses débuts timides. « Au début, les limites de ma pudeur étaient d’être nu tout court, puis nu debout, puis nu jusqu’à la plage » raconte celui qui a franchi toutes les étapes en prenant confiance en lui. « Quand j’ai pu me baigner, je me suis aperçu que c’était extraordinaire, cette sensation avec l’air, l’eau, les rayons du soleil sur soi sans l’humidité du maillot. J’ai cependant mis du temps à me dénuder sur des plages avec plus de monde ».

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Photo by DIΞGO F. C∆RRIÓN on Unsplash

 

Les appréhensions des débutants, il les a connues et peut en parler : il y a d’une part celles liées à la mauvaise image de son corps et la peur du regard de l’autre, puis celles, plus masculines, liées à la peur de l’excitation et ses manifestations. « Les premières fois, cela peut être difficile à gérer, surtout pour les plus jeunes. Mais on s’aperçoit qu’il n’y a pas de regard, pas de conséquence. On se cache, on se retourne, et cela finit par passer… ».

Bientôt la visite de la tour Eiffel pour les naturistes ?

Le 30 juin 2019, un pique-nique géant qui a fait grand bruit a été organisé par l’Association des Naturistes de Paris, à l’occasion de la Journée Parisienne du Naturisme. Mais l’association s’illustre fréquemment par d’autres initiatives audacieuses. L’année dernière, c’est elle qui était derrière la fameuse visite naturiste du Palais de Tokyo, qui a remporté un franc succès. Son nouvel objectif : « organiser la visite nue de la tour Eiffel » pour créer le buzz. « Il faut qu’on parle de nous pour dédiaboliser le message et donner envie de venir essayer », décrypte pour nous Cédric qui se bat pour que la pratique et les droits associés perdurent. « Ce qui fonctionne, c’est l’événement spontané et éphémère, mais pas le permanent », ajoute-t-il. De quoi expliquer la fermeture l’année dernière du premier restaurant naturiste à Paris, O’naturel, après seulement un an d’existence.

A la question de savoir s’il est aujourd’hui devenu presque plus facile d’être naturiste à Paris qu’ailleurs, Cédric modère mais ne dément pas. Selon lui, depuis l’obtention de l’espace du bois de Vincennes en 2017, la pratique est plus aisée dans la capitale que dans de nombreuses villes françaises non côtières. Mais il contraste en rappelant qu’il est possible d’être nu sur pratiquement toutes les plages de la côte ouest de la France, où se concentrent la majorité des naturistes…


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