Ces jeunes Parisiens qui cohabitent avec des séniors

Alexandre et Stéphane ont tenté l’aventure de la cohabitation avec une personne âgée à leur arrivée à Paris. Après quelques années, les deux jeunes hommes en gardent des souvenirs impérissables, qu’ils nous rapportent avec tendresse. Mais pour être vécue d’une aussi jolie façon, l’expérience exige quelques pré-requis et attentions quotidiennes. Explications.

 

Une formule rassurante

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Cohabitation intergénérationnelle, Photo by Guille Álvarez on Unsplash

 

Avant de débarquer à Paris en 2011, Alexandre n’a jamais vécu ailleurs que chez ses parents dans les Landes. Alors lorsqu’il tombe sur l’annonce de Pérette, 70 ans, qui cherche à partager son appartement avec deux jeunes personnes, il est immédiatement séduit par la formule. « Cela me semblait rassurant. J’avais l’impression que ce serait un peu une grand-mère bis » explique le jeune homme.

Et il ne fut pas déçu. Car bien que « jeune dans sa tête », Pérette a su lui transmettre son expérience dans bien des domaines. « Elle m’a appris comment recoudre un bouton, comment faire fonctionner une machine à laver ou cuisiner certaines choses », détaille-t-il. Mais malgré l’attitude parfois maternelle de Pérette, Alexandre ne s’est jamais senti ni couvé ni étouffé. « Elle ne faisait pas les choses à ma place, mais m’apprenait à les faire seul », explique celui dont l’un des meilleurs souvenirs avec la septuagénaire reste leur moment de complicité lors du « cours » de couture.

 

« Cela a changé l’image que je pouvais avoir des vieux ! »

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Une transmission à laquelle le jeune homme savait lui aussi participer. « Je l’aidais avec son ordinateur, et je crois que de façon générale, je lui apportais beaucoup de discussions et de fraîcheur ». S’il préférait confier ses expériences sentimentales à son autre colocataire, vingtenaire comme lui, Alexandre abordait beaucoup de sujets avec Pérette : « On parlait culture, de ses petits enfants, de ses sorties », raconte le jeune homme, qui fut d’ailleurs étonné du rythme de vie soutenu de sa colocataire.

« Avec Pérette, j’ai découvert qu’en ayant vécu en ville, tu pouvais avoir plus de 65 ans et être encore à la page ! Cela a changé l’image que je pouvais avoir des ‘vieux’ ». Mais tout n’était pourtant pas rose, tient-il à préciser. Avec le temps, Alexandre a découvert un travers chez Pérette, qu’il a en partie attribué à son âge : une petite tendance à ruminer les problèmes et à radoter. Rien pourtant qui ne le ferait regretter cette douce époque.

Si Alexandre est passé par un circuit classique pour trouver le logement de Pérette, de plus en plus d’associations offrent de mettre en lien étudiants et personnes âgées. Certaines, comme ensemble2générations, proposent même un loyer minime aux jeunes en échange d’une présence et/ou de services, plus ou moins nombreux. « Nous avons par exemple des séniors en perte d’autonomie qui ont besoin d’une aide pour sortir les poubelles, fermer les volets, lire les papiers, porter les courses… L’étudiant ne paie alors que les charges allant de 50 à 80 » nous explique Catherine Garnier.

Un bon plan financier qui ne serait pourtant pas la motivation principale des jeunes, à en croire la chargée de mission de l’association. « Beaucoup souhaitent une compagnie agréable, tout en pouvant étudier sereinement, dans le calme ». Et la demande est très forte. Depuis 2006, l’association a formé à Paris plus de 1200 binômes, parmi lesquels très peu de « ratés ». Il faut dire qu’avant la mise en lien, la compatibilité entre la personne âgée et le jeune est très étudiée. « On se rend chez les séniors pour comprendre leurs besoins, et on reçoit les jeunes (ndlr : de 18 à 25/26 ans maximum) en entretiens individuels. Les propositions se font ensuite par rapport aux lieux d’études et aux affinités ».

 

S’adapter à la personne âgée, et non l’inverse

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Des affinités, Stéphane Audouin en a sans conteste partagées avec Germaine, âgée de 95 ans au moment de leur cohabitation. Et les meilleurs souvenirs que le jeune homme a conservés de cette expérience sont ceux des moments passés dans la cuisine, le « lieu des confidences ».

« Au petit déjeuner, elle nous faisait sa recette du café façon Germaine : une cuillère de café, une de Ricoré et un sucre. C’était le moment où l’on se racontait nos journées et des instants marquants de nos vies », se souvient avec émotion celui qui a écrit un livre sur ce sujet, J’habite au 3e âge, aux éditions Lemieux. Des instants complices et attachants comme lors de leur traditionnel repas du  week-end où elle tenait à se débarrasser des couverts pour manger les frites avec les doigts. Ou lors de l’un de ses anniversaires à l’occasion duquel Stéphane lui avait apporté des pâtisseries.« Devant ses enfants, pudiquement, elle me remercie mais […] me dit qu’elle ne court pas après le chocolat. Deux heures plus tard, lorsque ses enfants partent, elle me regarde et me dit avec des yeux pleins de malices : alors, on se les mange ces éclairs ?»

S’il s’est attaché très vite à elle comme à une grand-mère, Stéphane a permis en retour à Germaine de « retrouver une vitalité et un goût pour ce qui se passait en dehors de chez elle ». Mais sans jamais la brusquer ni rien lui imposer. Car comme il le rappelle lui-même, il est nécessaire de garder constamment à l’esprit que « l’on est chez une personne, et que l’on doit donc s’adapter à elle et à son rythme, et non l’inverse ». A éviter donc pour ceux qui projetteraient de découvrir la vie nocturne parisienne, de vivre en « décalé » ou recevoir leurs bandes d’amis pour des soirées.

Et l’auteur de distiller un dernier conseil à ceux qui souhaitent tenter l’expérience : « être ouvert à l’autre et curieux. Ainsi, les moments de partage viendront d’eux-mêmes… »