Ces Parisiens qui boudent la Rive gauche

La Rive gauche, celle des brasseries, des cafés littéraires et des cinémas indépendants, n’a aucun attrait pour eux. Ils sont de la team « Rive droite » et nous expliquent pourquoi !

 

« La Rive gauche, c’est peut-être un peu ronronnant »

Intérieur d'un café parisien
© Valentin B. Kremer on Unsplash

 

Tous les samedis, Estelle part flâner dans les rues de Saint-Michel. Elle y chine des livres, se pose dans un café traditionnel et finit sur une chaise du jardin du Luxembourg. Comme à chaque fois, cette Parisienne depuis quatre ans s’offre ce petit moment en solitaire, bien consciente que ce programme n’excite pas vraiment ses amis. « Mes potes en visite à Paris sont souvent heureux de déambuler dans le Quartier Latin, l’un des quartiers historiques les plus charmants de la capitale. Mais mes amis Parisiens, eux, regardent cela avec un air amusé et un brin moqueur ». Pourquoi une telle réaction ? « Je crois que le Paris carte postale et historique ne les botte pas vraiment. Pourtant la Rive gauche, ce n’est pas que ça. C’est aussi la Gaïté, la Butte aux Cailles, les quais de Seine. Mais c’est peut-être un peu ronronnant. Ils ont besoin de ressentir la vie de quartier… », avance la vingtenaire.

 

Des concepts food plus inventifs Rive droite

Pots de glaces colorés
 ©Ho Hyou on Unsplash

 

Pourquoi dire non à la Rive gauche ? La vie tout court, à en croire Carla, belge d’origine, pas franchement sensible au calme de ces quartiers : « quand je suis là-bas, j’ai l’impression que tout tourne au ralenti ». Aux grandes brasseries de Saint-Germain des Prés ou de Montparnasse, la trentenaire préfère largement les adresses bars et food de la Rive droite, plus inventives à ses yeux : « la population est plus jeune, plus « active » et donc plus encline aux cuisines d’un nouveau genre ». Difficile en effet de nier que les concepts food les plus originaux et dans l’air du temps se dénichent plutôt dans les rues de la Rive droite. A l’image de la rue des Petites écuries qui mêle, sur un segment de quelques centaines de mètres, une impressionnante variété d’adresses : cantine mi-terroir français mi-italienne (La Réclame), street food syrienne (Daily Syrien), troquet vegan (Jah Jah le Tricycle) et bien d’autres.

 

« Je ne vois qu’une seule raison de traverser la Seine »

Cinéma le Champo de nuit
© Rida Choubai – Source Unsplash

 

« Les millennials qui vivent Rive droite voyagent beaucoup, sans pour autant être riches. Ce n’est pas pour rien que la plupart des restos « fusion » s’y trouvent », affirme Carla. Cette trentenaire affectionne d’ailleurs particulièrement Belleville, l’un des spots les plus cosmopolites et vivants de Paris. Un quartier où elle vit depuis peu et où elle a pris l’habitude de boire des verres dans des bars « chouettes et pas chers ». Alors même si elle juge le Paris Rive gauche « beau et propre », la jeune femme avoue ne pas spécialement voir « l’intérêt de traverser la Seine ». A une exception près : « fréquenter une salle de cinéma d’auteur le dimanche ». En effet, s’il y a bien un domaine dans lequel la Rive gauche bat largement la Rive droite, c’est au sujet du nombre de cinémas indépendants.

 

Se rendre Rive gauche ? Compliqué pour certains !

personne dans le métro le jour du blue monday
© Camille Minouflet on Unsplash

 

Mais encore faut-il avoir le courage de s’y rendre pour celles et ceux qui n’y habitent pas… Et ce n’est pas une mince affaire selon le blogueur de itsgoodtobeback.com, qui ironise sur les moyens de transport permettant de rallier le sud de la Seine. Un trajet qu’il n’hésite pas à qualifier de « calvaire ». Très pragmatique, il rappelle qu’il n’existe que 4 lignes de métro « à clairement traverser Paris du Nord au Sud ». « En général on se retrouve sur la ligne 13 ou la ligne 4, soit les deux lignes parisiennes les plus glauques. Pour 45 minutes/une heure de trajet à l’aller comme au retour ce qui, pour un petit Parisien, est une horreur pure et simple ! » écrit-il.

Une petite expédition qui n’arrête pas Estelle, contente d’être « à contre-courant ». « Quand tout le monde se rue dans la nouvelle cantine à la mode du Marais, moi je mange dans un resto un peu vieux mais délicieux du quartier Latin. Et quand le soufflé retombe un peu, je file rive Droite… ».