Connaissez-vous l’origine de ces expressions ?

Certaines de nos expressions favorites remontent à des temps immémoriaux. Découvrez l’origine de la célèbre arnaque des calendes grecques, la raison pour laquelle on accuse les pauvres ours d’êtres mal léchés et qui diable sont ces moutons auxquels on doit revenir lorsque l’on s’égare en digressions…

Les calendes grecques

Dans le calendrier romain antique, les calendes désignaient le premier jour de chaque mois et le début de la nouvelle lune. À ce jour précis à Rome, toutes les dettes consignées dans les livres de comptes (lescalendaria) arrivaient à échéance et les débiteurs devaient les régler. Mais chez nos amis grecs – qui se fichaient pas mal du calendrier romain – il n’existe pas de calendes. Renvoyer une affaire aux calendes grecques (ad kalendas Graecas) c’est donc la reporter à une date qui ne surviendra jamais, ce qui revient à décréter tout uniment qu’on ne remplira pas son engagement. Aussi, celui qui a prévu de vous rembourser aux calendes grecques se paye ouvertement votre poire. Désolée. Selon le poète Suétone, l’expression aurait été employée par l’empereur Auguste (63 av. J.-C.-14 apr. J.-C.) pour caractériser les mauvais payeurs (Suétone, Vie d’Auguste, LXXXVII).

(Illustration : Calendrier julien (c) DR) 

 

Les ours mal léchés


Gravure ours brun (c) Buffon

Dans les temps anciens — forts, forts anciens —, nombreux pensaient que les oursons, ces mignonnes boules de poils, naissaient informes et que ce sont les coups de langue répétés de leurs génitrices qui leur donnaient leur forme définitive d’ours. Ça parait fou, mais je n’invente rien ! Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour que le naturaliste Georges-Louis Leclerc de Buffon remette les choses au clair dans son Histoire naturelle des quadrupèdes : « Les mâles des ours bruns dont il s’agit ici dévorent les oursons nouveau-nés, mais les femelles semblent les aimer jusqu’à la fureur : elles sont, lorsqu’elles ont mis bas, plus féroces, plus dangereuses que les mâles, elles combattent et s’exposent à tout pour sauver leurs petits qui ne sont point informes en naissant comme l’ont dit les anciens, et qui, lorsqu’ils sont nés, croissent à peu près aussi vite que les autres animaux ». Ah, nous voilà rassurés ! Toujours est-il que l’expression d’« ours mal léché » pour qualifier un malotru, une personne dont l’éducation et la formation sont imparfaites ou inachevées, a longuement persisté.

 

Revenir à ses moutons


Neuf moutons par Wenceslas Hollar (XVIIe siècle)

On parle souvent de revenir à ses moutons, mais si l’on se réfère à l’origine de cette expression il faudrait revenir à ces moutons. Mais lesquels ? Ce sont les moutons de La Farce de Maître Pathelin, une pièce de théâtre composée à la fin du Moyen Âge (mi XVe siècle). Cette charmante comédie pleine d’esprit conte l’histoire de maître Pierre Pathelin, un avocat désœuvré et sans le sou. Pour faire cesser les jérémiades de sa femme Guillemette ce dernier lui promet de lui rapporter du drap et se rend chez le drapier, M. Guillaume, qu’il escroque en embarquant le drap sans le payer. Entre alors en scène le personnage de Thibaut Aignelet, un berger que vient justement de congédier le drapier pour le motif qu’il tuait les moutons qui lui étaient confiés. Il se rend chez l’avocat Pathelin pour que celui-ci se charge de l’affaire. Comme par hasard ! Le jour du jugement, en plein tribunal, le drapier reconnaît en Pathelin son voleur de drap et l’accuse du larcin. C’est alors que le juge, venu trancher une affaire de moutons et n’entendant rien à cette histoire de drap, prononce la mythique réplique : « Suz, revenons à ces moutons » (acte III). Malgré tous les efforts de Pathelin pour revenir aux moutons d’Aignelet il s’embrouille complètement dans sa plaidoirie, passant de l’affaire du drap à celle des moutons, au point de rendre le juge chèvre. La scène est des plus comiques !

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