Culte sexuel au Père-Lachaise : la tombe de Victor Noir

Il existe au Père-Lachaise, une tombe devant laquelle les guides s’arrêtent volontiers.
Faisant avancer les dames au 1er rang, ils leur montrent alors d’un clin d’œil appuyé, les parties lustrées du corps en bronze de Victor Noir…

Ce très beau monument que l’on doit à Jules Dalou, présente en effet à certains endroits de l’anatomie du gisant (nez, pieds et sexe notamment), une perte de son oxydation vert-de-gris. Et les guides de confier en baissant la voix, que la tombe de Victor Noir fait l’objet d’un véritable culte sexuel, dont ils énumèrent volontiers les détails. La légende veut qu’en frottant la protubérance à l’emplacement du sexe du défunt, dont la braguette semble bizarrement ouverte, on recouvre fécondité pour les femmes et virilité pour les hommes. Toucher les pieds du gisant permet de rencontrer l’amour de sa vie. Et pour faire revenir l’amour perdu, il faut embrasser son nez, son menton et ses lèvres. Des fleurs fraiches sont toujours disposées sur la tombe. Il arrive même que l’on trouve des chaussons de bébés dans le chapeau du gisant, sans doute pour remercier Victor Noir d’avoir permis une maternité.

Ce culte sexuel n’existe en réalité que depuis les années 1960, au cours desquelles il a été créé de toutes pièces par des étudiants facétieux. La tombe faisait pourtant auparavant l’objet d’un culte, mais politique celui-ci. En effet, Victor Noir, de son vrai nom Yves Salmon, eut son heure de gloire, si l’on peut dire, en étant tué par le prince Pierre Bonaparte, cousin de Napoléon III, en janvier 1870. Ses obsèques réunirent 100 000 personnes, car la mort de ce journaliste d’opposition, devenu martyr républicain, cristallisa le rejet du second Empire, et fut le symbole de la répression qu’il exerçait sur les libertés. Avec la défaite de Sédan, la mort de Victor Noir et l’acquittement du prince Bonaparte lors de son procès, furent à l’origine de la chute de Napoléon III….

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