Doit-on réhabiliter les cartes postales cet été ?

Malgré son caractère simple comme bonjour (taille uniforme, rigidité, courte zone de texte), la carte postale revêt bien des visages : délires entre potes, rituel, manière de tenir au courant ses proches sur sa présente destination, relique désuète d’enfance… Mais pourquoi s’obstine-t-on encore à envoyer ces bêtes bouts de carton à l’heure des réseaux sociaux ? Témoignages.  

« Les cartes postales les plus moches ! »

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« Romanian Stamps Postcard » par KLMircea (Flickr Creative Commons)

 

Dans les mois qui vont suivre, elles vont certainement investir vos boîtes aux lettres. Trouvables au centre-ville de n’importe quelle bourgade, la carte postale est un point de repère, un fétiche touristique, une manière de tenir au courant ses proches de sa dernière destination. Mais alors que les classiques diaporamas de vacances ont laissé la place aux stories Instagram, on se demande bien pourquoi elles perdurent envers et contre tout. Aguerrie des timbres-poste, Mélodie l’explique par la diversité des usages. La vingtenaire s’éclate régulièrement à envoyer « les cartes les plus moches, improbables et kitschs » à ses ami.e.s. Entre allusions sexys et petits chatons, les kiosques lui offrent l’embarras du choix – et surtout l’embarras. « Je pense toujours à la personne qui a réalisé la carte en question et ça me fascine » s’amuse-t-elle. Mais lorsqu’elle écrit à une tante lointaine, elle privilégie le beau panorama, en mode National Geographic. L’éventail des cartes disponibles lui permet de personnaliser chacun de ses envois pour une poignée de centimes.

Envoyer une carte postale, c’est assurer au destinataire que l’on connaît bien ce qui le caractérise – ses goûts, sa sensibilité, son autodérision. Un envoi tantôt nécessaire – pour les mamies qui y tiennent vraiment – tantôt plus léger – sur le ton de la blague d’ados. Un rituel auquel tient Victoire, qui envoie des cartes postales à chaque vacances et déplacements. Si elle affectionne les plus ringardes (« une paire de fesses, un dauphin en relief, des moules frites ! »), c’est surtout l’intention qui compte à ses yeux. « J’en choisis pour ma famille et mes amis… ou pour l’homme que j’aime. Et je suis touchée s’il pense à m’en envoyer une aussi ! » confie-t-elle. Même mood pour Camille, qui en poste des ribambelles chaque année par fétichisme de l’objet, mais surtout « pour tisser un lien, transmettre des petites pensées, par sentimentalisme ». Car à l’instar des petits mots glissés aux amoureux et amoureuses dans la cour de récré, la carte postale est un moyen d’expression mignon et romantique.

« Je les lis avec patience et amour »

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« Postcards » par Sarah (Flickr Creative Commons)

 

C’est d’ailleurs ce qui anime Manon au gré des envois. Quelle que soit la saison, la globe-trotteuse a fait de la carte un passage obligé.  Stylo bic noir ou bleu à la main, pointe de couleur rouge ou verte pour la touche de fantaisie, elle s’applique à ne pas déborder de la zone de texte mais y ajoute parfois un smiley ou un petit cœur. « Écrire une carte postale permet de laisser une vraie trace, avec bien plus d’impact qu’un DM  sur Twitter, un SMS ou des stories sur Instagram : c’est beaucoup plus symbolique » assure-t-elle. Cette idée de trace obnubile Camille, qui savoure le plaisir quelque peu narcissique de poser sa patte sur un support et un endroit en « traçant des lettres, en envoyant des petits mots ». Sorte de version ultra-concise et rapide du journal de bord, la carte postale répond à un besoin : « peut-être qu’on m’oubliera moins si je laisse de d’objets derrière moi ? » s’interroge notre jeune interlocutrice.

Quant à celles qu’elle reçoit tout au long de l’année, elle les lit « avec patience et amour » et leur consacre carrément toute une séance de lecture, « sacrée, lente et précautionneuse ». Observer l’adresse et son crayonné d’abord, puis essayer de deviner l’identité du destinataire, scruter l’illustration, s’amuser du verso plus ou moins ordonné de la carte, où les phrases éparses s’amoncellent et dévient de leur qualité rectiligne : de l’écriture initiale à la réception, c’est tout un roman qui s’énonce. Malgré les phrases-cliché – type « il fait beau ici » – et le contexte souvent hasardeux de la rédaction (sur un coin de table, entre deux balades) Mélodie est persuadée qu’au fond les cartes postales « sont quelque chose que tu gardes et qui te permettent d’extérioriser ». Ce n’est pas Manon qui la contredira. Les cartes qu’elle reçoit recouvrent le mur de sa chambre. « La plupart sont accrochées côté photo et non pas côté texte, au-dessus de mon bureau. J’aime les conserver car j’ai toujours été davantage touchée par les petits gestes que par les trop gros cadeaux » explique-t-elle.

« Un témoignage physique du temps »

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Postcards! par Vicki (Flickr Creative Commons)

 

La carte postale, c’est le plaisir d’offrir, et aussi celui de recevoir. A l’heure où seuls les colis Amazon et les papiers administratifs investissent nos boîtes aux lettres, Camille aime envoyer des petites cartes-surprises à sa sœur et ses ami.e.s pour mieux les étonner. « J’imagine leur bonheur en ouvrant leur boîte au lettres » dit-elle simplement. Plus la carte postale est passée de mode, plus elle s’avère précieuse et rassurante. « Cela représente un moment de ta vie, d’une époque, tu ne peux pas le changer » détaille Mélodie, qui voit en la carte postale l’équivalent cartonné d’une photo argentique. Depuis qu’elle est enfant, elle en garde près de soi comme autant de souvenirs. A contrario des messages Facebook qui noient sa timeline, « une carte peut garder éternellement, et c’est cela qui est beau« . Plus qu’un lien entre destinateur et destinataire, le papier instaure une relation sentimentale à durée indéterminée.

Ce n’est pas anodin si autant de cartes-postales noircies se retrouvent offertes ou vendues, des vides-greniers de quartiers aux brocanteurs des bords de Seine. Camille aime d’ailleurs les chiner, où qu’elle soit, quitte à passer par les librairies d’occasion. « J’en garde de belles et je fais des stocks pour en avoir toujours une sous la main » nous dit-elle.  Posséder une carte ancienne donne la sensation d’avoir entre les mains l’histoire d’un(e) autre. Mais pour Victoire, lettres et cartes la replongent directement dans son propre récit personnel, à savoir la correspondance qu’elle entretenait avec sa chère mamie Micha. Et ce durant plusieurs années, à raison de deux lettres par semaines pleines de stickers, griffonnées sur du joli papier. Aujourd’hui encore, elle perpétue cette tradition littéraire. Et protège les cartes qu’elle reçoit dans une petite boîte, sous sa table de nuit. Les retrouver au hasard lui procure la même sensation  que de replonger dans les pages de son journal intime. D’un air mélancolique, elle conclut doucement : « une carte postale est aussi un témoignage physique du temps ». 


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