Est-ce la fin des bars à concert à Paris ?

Plusieurs bars à concert parisiens sont sous le coup de fermetures administratives, voire définitives, pour certains. Les décibels sont de plus en plus contrôlés dans ces lieux de trouvailles musicales et les aménagements remis en question. Alors, pourra-t-on toujours faire la fête à Paris et trémousser nos corps sur des rythmes rock dans des caves bondées ?

 

Des cafés concerts sous le coup de fermetures administratives

Fermeture du rideau de l'Espace B dans le 19e
Fermeture du rideau de l’Espace B dans le 19e © Espace B

 

Les messages d’annulation ou de déplacement de concerts pleuvent sur la page Facebook de l’Espace B. La salle a suspendu ses évènements sur ordre de la préfecture de police, en raison « de problèmes concernant les conditions de sécurité ». Après une commission de sécurité passée fin avril, l’équipe de l’Espace B effectue les aménagements demandés. Mais cela ne semble pas suffire. Lors d’un second passage en juillet, la commission met en cause l’issue de secours. Ce lieu où les Parisiens avaient l’habitude de déguster un bon couscous avant de plonger dans l’arrière salle pour assister à un concert de rock indé, doit fermer, en attendant de pouvoir réaliser des travaux. Et ce bar à concerts n’est pas le seul. La Machine du Moulin Rouge a également été visée en raison de débordements lors d’une soirée rap ; mais aussi La Mécanique Ondulatoire, le Pop In, ou encore la Féline, de manière définitive, pour des raisons de sécurité.

 

Des chiffres sans appel

Le mythique bar rock du 20e La Féline a du fermer ses portes fin juillet. Usé par le flicage permanent, Pat, le patron résumait en chiffres à Télérama son quotidien : « 2 fermetures administratives, 1 000 passages de patrouilles de police, des dizaines de rendez-vous au commissariat et à la mairie, une vingtaine de visites de la préfecture, 4 études d’impact, plusieurs dizaines de milliers d’euros de mises en conformité… » Selon la Préfecture, 210 fermetures administratives d’établissements de nuit ont été ordonnées à Paris en 2017. Et l’année 2018 n’est pas en reste, puisque 171 fermetures administratives ont été effectuées pour les sept premiers mois de l’année.

 

Des bars qui résistent mais jusqu’à quand ?

La Comédia à Montreuil, bar à concerts sous le coup d'une fermeture administrative
La Comédia à Montreuil sous le coup d’une fermeture administrative © Comédia Montreuil

 

Si l’Espace B ne lâche pas l’affaire et entend bien réaliser les travaux nécessaires à sa réouverture, la résistance est rude. A Montreuil, la Comédia, lieu alternatif, est aussi sous le coup d’une fermeture administrative. Une cagnotte a été mise en ligne pour récolter une partie des 35 000 euros qu’avoisinent les travaux prévus pour être aux normes. Face à des cafés concerts qui tentent de rouvrir et d’autres qui jettent l’éponge, Frédéric Hocquard, adjoint à la maire de Paris chargé de la vie nocturne a annoncé un soutien financier de la Ville renforcé à la rentrée. La Mairie de Paris et le CNV (centre national de la chanson et des variétés) ont signé une convention 2016-2018 pour « soutenir et accompagner les investissements et activités des lieux de musiques actuelles à Paris. »

A ce jour, 37 projets d’investissement ont été soutenus (2,6M€) et 51 aides aux projets sur l’activité de ces lieux (755 k€) ont été octroyées. Le CNV estime que ces lieux de concert de petite jauge sont « fragilisées économiquement par l’ampleur des travaux ou des aménagements à réaliser pour les mises aux normes, que ce soit en matière d’insonorisation, d’accessibilité, de sécurité et de sûreté ». L’espoir est donc permis. En attendant, Christine, habituée du bar La Féline exprime son désarroi sur Facebook : « Je n’entendrai plus le pur son des Harley et autre Norton, je n’aurai plus l’écho des basses et batteries inlassablement rock’n roll, je ne verrai plus Pat laféline et ses gros tatouages tenir la rue Victor Letalle comme un des derniers bastions de la liberté. Si un endroit comme celui-ci n’est plus possible à Ménilmontant, alors où ? » Bonne question.