Existe-t-il un racisme anti-Parisien ?

Comme n’importe quels habitants d’autres régions françaises, les Parisiens trimbalent leur lot de clichés. Et autant se le dire, hormis leur sens de la mode, ils n’auraient d’après ces derniers que des défauts. Pas le genre de défauts qui les rendraient sympathiques, comme les Ch’tis un peu rustiques, les Bretons à la tête dure ou les Marseillais sanguins. Mais de vrais défauts qui les rendraient détestables. Sont-ils victimes d’un véritable « racisme » ?

 

Une mauvaise réputation même à l’international

Jeune femme à Paris
© MR WONG on Unsplash

 

Vus de province comme de l’international, les Parisiens seraient antipathiques. Et même les stars le disent ! A la télévision américaine, Scarlett Johansson n’a pas caché sa déception à l’égard de ces derniers. « Quand je suis arrivée, au début, je pensais que tout ce qu’on disait sur leur grossièreté et impolitesse était faux. Je me disais que les gens étaient merveilleux ! Mais ça, c’était avant que je ne m’installe à Paris. Depuis, les gens se sont dit que, puisque j’avais décidé de rester, ils pouvaient redevenir eux-mêmes, c’est-à-dire grossiers ! ».

Au site The Guardian, Natalie Portman, qui a vécu à Paris de 2014 à 2016, a elle dénoncé la forte propension des Parisiens à juger. « Ils sont très critiques sur leur état et leur apparence. Vous ne porterez jamais de vêtements de sport dans la rue, ni de sandales, ni de shorts, ni de couleurs vives ». Si les deux stars n’ont pas lésiné sur les généralités, force est de constater que leur verdict se base sur du vécu. Mais là où le bât blesse, c’est lorsque d’autres personnes s’approprient ces mauvaises expériences sans même vérifier.

 

Parisien prétentieux, le cliché qui a la vie dure

Parisienne assise à la terrasse d'un café
La Parisienne en terrasse © Photo by Kinga Cichewicz on Unsplash

 

« Il n’y a pas une fois où je n’ai pas entendu quelqu’un me dire ‘moi j’aime pas les Parisiens, ils font toujours la gueule‘, lorsque je lui disais que je vivais dans la capitale. Parfois, cela venait de personnes qui n’y avaient même jamais mis les pieds. Certes, on ne peut pas nier qu’il y ait une part de vérité. Mais cela est devenu la petite phrase qu’on répète sans réelle réflexion derrière », déplore Elsa, Parisienne de 38 ans.

Mais c’est surtout le préjugé sur le snobisme parisien qui a la dent dure selon elle. « Quand je parle un peu trop de mon amour pour Paris à des amis provinciaux, je vois parfois leur visage se fermer. Certains m’ont déjà rétorqué sèchement « oui enfin, Toulouse c’est sympa aussi ». Comme si aimer l’une me faisait dénigrer l’autre ». Une position défensive servant à anticiper une forme de condescendance à leur égard ? Peut-être bien. Lors d’un sondage Figaroscope de 2010, c’est en tout cas l’adjectif « prétentieux » qui a été choisi en premier (42%) par les personnes interrogées sur leur vision des Parisiens.

 

« Le mot ‘banlieue’ passe mal dans ma bouche »

Terrasse d'un café parisien
© Bram Naus on Unsplash

 

Loïc, trentenaire résidant à Bastille, avance que certains mots sont d’office mal perçus lorsqu’ils sortent de la bouche des Parisiens. « Il suffit que je prononce les mots « banlieue » ou « province » pour que l’on imagine un sentiment de supériorité derrière. Mais non. Quand je dis « elle habite en banlieue », ça ne veut pas dire « la pauvre, elle n’habite qu’aux portes de Paris ». Ce sont ceux qui entendent cela de cette façon qui devraient s’interroger sur leurs préjugés ou leurs éventuels complexes », fustige-t-il.

Originaire de Bordeaux, Loïc dit aussi avoir déjà entendu des critiques à l’égard du manque d’authenticité supposée des Parisiens. « Dès qu’ils débarquent en province, pour les vacances ou pour travailler, certains ont peur qu’ils viennent mettre à mal l’identité de la région. Comme s’ils venaient imposer leur mode de vie, leur façon de parler, etc ».

 

A Bordeaux, chocolatine à 1€, pain au chocolat à 1€50

Pains au chocolat en vitrine d'une boulangerie
© Mink Mingle on Unsplash

 

A Bordeaux justement, un boulanger fait parler de lui en affichant des viennoiseries identiques à des tarifs différents. 1€ pour les clients qui demanderaient « une chocolatine » contre 1€50 pour qui commanderait un « pain au chocolat » selon l’appellation du nord de la France. Une façon rigolote de montrer que les Bordelais ne céderont pas de terrain…

Et pour cause, suite à la mise en place de la ligne à grande vitesse qui a incité des Franciliens à venir s’installer ou travailler dans le Sud-Ouest, la tension est palpable. Fin 2017, des autocollants « Parisien, rentre chez toi » ont été placardés sur les murs de la ville et un « front de libération bordeluche » a même été créé. Mais pas d’emballement : cela n’aurait pour but, officiellement, que de lutter contre la flambée des prix de l’immobilier et la densification de la population…