Faire une digital detox à Paris, est-ce vraiment possible ?

Un peu comme certains profitent de l’automne pour détoxifier leur foie ou faire une cure de magnésium, d’autres pensent à reposer leurs yeux, leur cerveau et leurs nerfs en laissant quelque temps leur téléphone aux vestiaires. Mais se passer de son smartphone et des réseaux sociaux est-il vraiment envisageable dans la capitale ? Nous avons enquêté sur la digital detox pour le savoir.

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Digital detox, Photo by Daria Nepriakhina on Unsplash

 

« Qui saisit son téléphone au réveil avant tout autre objet, lève le doigt ! », demande fréquemment à son assemblée Thibaud Dumas de Into the Tribe, une entreprise proposant des formations et des séminaires digital detox. Une affirmation à laquelle environ 99% des personnes répondraient à chaque fois positivement. « Notre téléphone est souvent notre alarme. Donc on est tenté de démarrer la journée en se connectant aux mails professionnels, aux actualités ou aux réseaux sociaux », décrypte pour nous le directeur scientifique. Mais le matin est loin d’être le seul moment de la journée propice à susciter des tentations de connexions.

 

« En 2 jours, notre pensée est plus claire… »

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« Tout le monde sous-estime le temps qu’il passe sur les outils numériques, et surtout sur le téléphone », atteste Thibaud Dumas. Selon une étude Ipsos réalisée pour SFAM début 2019, nous sommes en effet 44% à utiliser plus de 2 heures par jour ce dernier. Alors Thibaud nous suggère de « reprendre le contrôle». Comment ? Dans un premier temps en achetant un vrai réveil pour enlever le téléphone de sa chambre. Puis en coupant les notifications des réseaux sociaux et sites d’informations, et déterminant à l’avance le temps durant lequel on va consulter ses mails, par exemple. S’il conseille donc d’y aller par étapes, le spécialiste juge également intéressant de tenter la digital detox complète pour « sentir davantage les bénéfices ». « En 2 jours déconnectés, notre pensée est plus claire, on se sent moins stressé, les idées nous viennent plus facilement, les interactions sont plus intenses », explique-t-il. Mais est-ce envisageable à Paris ?

« Plus on est dans une grande ville, plus c’est difficile », admet Yves Marry, co-fondateur du collectif Lève les yeux, qui sensibilise aux risques sanitaires et sociétaux liés à l’usage excessif des smartphones. Entre les démarches administratives réalisables aujourd’hui sur internet, les applications permettant de réserver son billet de train ou sa trottinette électrique, « tout y est organisé pour que ce ne soit plus trop possible ». Sans parler des trajets dans les transports en commun, durant lesquels chacun optimise son temps en répondant à des mails ou des SMS.

 

Des soirées déconnectées dans certains lieux de la capitale

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C’est d’ailleurs à cette dernière habitude que Wendy, tentée par la digital detox, redoute d’avoir à renoncer. « Je n’imagine pas faire 45 minutes dans le métro sans regarder mes messages », explique la rédactrice de 27 ans qui admet se protéger un peu derrière son téléphone. Pour Léa, 28 ans, qui a déjà tenté l’expérience, le plus dur à Paris est de donner rendez-vous à quelqu’un sans pouvoir l’appeler. « Quand j’ai dû retrouver une amie à Châtelet, et ses 17 sorties, ça a été un enfer ! ». Erin, lui, aurait peur de passer à côté de certaines informations ou possibilités de sorties : « comment réserver une table dans un resto, vérifier des horaires, et se rendre dans un nouveau lieu sans géolocalisation ? », interroge le jeune homme. Une seule réponse à toutes leurs craintes : l’anticipation !

Et cela vaut aussi pour un aspect inattendu : le temps libre que la digital detox va tout à coup nous permettre de libérer et qui « peut désarçonner », selon les termes de Thibaud Dumas. Alors pourquoi ne pas se prévoir un moment dans l’un des lieux parisiens encourageant la pratique ? Sous l’impulsion de Lève les yeux, une petite dizaine de restaurants et lieux culturels de la capitale se sont engagés pour la sauvegarde du lien social. Et ce, à travers des campagnes d’affichage et/ou l’organisation de soirées lors desquelles les téléphones sont laissés en consigne, ou bannis de certains espaces. Le Bar Commun, les Bancs publics, la Plage, le Chacun sait ou encore le Social Bar… participent. Mais difficile de convaincre d’autres lieux malgré une envie évidente. « Ils ne veulent pas avoir un discours culpabilisant », explique Yves. « Cela demande en plus une vraie logistique, et certains sont contents d’avoir des posts Instagram, donc c’est ambivalent »

Pour réussir sa digital detox à Paris, à chacun donc, lieux collectifs comme individus, de faire au préalable le point sur ses réels objectifs.